Depuis lundi, la policière Isabelle Morin subit son procès pour conduite dangereuse causant la mort d’un motocycliste qui n’a jamais pu éviter l’auto-patrouille apparue devant lui.

Procès d'Isabelle Morin: le virage sur l'autoroute décortiqué

Le soir du 10 septembre 2015, la policière Isabelle Morin a fait un virage sur l’autoroute Laurentienne, en zone de travaux, entre deux balises de signalisation. Elle subit depuis lundi son procès pour conduite dangereuse causant la mort d’un motocycliste qui n’a jamais pu éviter l’auto-patrouille apparue devant lui.

Vers 23h, Jessy Drolet, 38 ans, roule en direction sud sur l’autoroute Laurentienne, à la hauteur de la sortie Georges-Muir. Ce soir-là, il a décidé de prendre sa moto Suzuki plutôt que sa camionnette pour aller au restaurant.

Dans toute cette portion de l’autoroute Laurentienne, la circulation se fait à ce moment à contresens sur les voies en direction sud. Les voies en direction nord sont fermées pour permettre des travaux de pavage.

Selon les images des caméras de surveillance du ministère des Transports du Québec, la policière Isabelle Morin, du Service de police de la Ville de Québec, fait un virage à gauche entre des balises de signalisation pour accéder à la bretelle menant à Georges-Muir.

La Sûreté du Québec, qui a mené l’enquête, a affirmé à l’époque que la policière et sa collègue ne répondaient pas à un appel d’urgence.

Lorsqu’il voit l’auto-patrouille surgir devant lui, Jessy Drolet se met à freiner. Sa moto chute sur le côté et il continue de glisser pour ensuite percuter le véhicule de police. Sur les photos déposées en preuve, le juge Pierre L. Rousseau pourra voir les marques laissées sur la portière blanche par le manteau de Jessy Drolet.

Le soir du 10 septembre, il fait encore 15 °C. La chaussée est sèche, la visibilité, bonne. Tous les lampadaires du MTQ sont fonctionnels. Le pneu avant de la moto est usé. L’état mécanique des véhicules ne révélera rien de particulier.

La scène de l'accident mortel survenu dans une zone de chantier routier de l'autoroute Laurentienne.

Premier témoin de la Couronne, l’ingénieur civil Dannick Gaudette du MTQ explique avoir conçu pour ce chantier un plan de sécurité prudent. Les balises — les gros cônes blancs et orange — seront disposées à tous les 10 mètres près des sorties de l’autoroute. 

Son collègue technicien Denis Granger, qui représentait le surveillant de chantier ce soir-là, explique que les balises sont «resserrées» près des sorties pour dissuader les automobilistes et éviter de tels accidents. Denis Granger lui-même n’a pas traversé entre deux cônes pour aller voir l’accident. «Je n’ai pas le droit», précise-t-il à la cour.

Pas de pardon

La mère du motocycliste, Marlène Drolet, assiste au procès, avec un calepin et un crayon. Cette fois-ci, elle n’a pas voulu regarder les images de l’accident, captées de loin par les caméras du MTQ.

Elle pense à son fils unique tous les matins en se réveillant. Mais elle ne pleure pas, «pour garder ma force», glisse-t-elle. Dimanche, Jessy n’était pas là pour lui souhaiter une bonne fête des Mères, avec des fleurs et une bouteille de vin.

Marlène Drolet affirme qu’elle ne pardonnera jamais à la policière. «Je me dis qu’il va falloir qu’elle assume, lance Mme Drolet, d’un ton dur. Une autre personne qui aurait agi de la même manière, ça fait longtemps qu’elle serait coupable. On ne fait pas un demi-tour sur l’autoroute, on ne peut pas faire ça, on n’a pas le droit. Surtout par une policière, c’est encore pire. Ça ne donne pas l’exemple.»