L'accusée Isabelle Morin et son avocat, Me Jean-François Bertrand

Procès d'Isabelle Morin: la policière rentrait au poste de la Haute-Saint-Charles

Isabelle Morin et son partenaire de patrouille rentraient tout simplement au poste de police de la Haute-Saint-Charles le soir du 10 septembre 2015, lorsque la policière a décidé d’effectuer un virage sur l’autoroute Laurentienne, manœuvre qui allait se révéler fatale pour le motocycliste Jessy Drolet.

L’agent Christian Simard, 13 ans de service, agissait comme copilote durant ce quart de travail. Isabelle Morin n’était pas sa partenaire habituelle, mais ils avaient déjà travaillé ensemble. 

«Était-elle une conductrice prudente?» a voulu savoir l’avocat de la policière, Me Jean-François Bertrand. «Durant les quelques shifts que j’ai faits avec elle, je ne la trouvais pas imprudente», répond le policier. «Mais elle était prudente?» insiste l’avocat. «Oui, elle était prudente», répète l’agent Simard.

Isabelle Morin et Christian Simard venaient de passer quelques heures sur le cas d’un jeune contrevenant qu’ils avaient dû aller reconduire au centre jeunesse Le Gouvernail à Beauport. 

Vers 23h, ils sont sur le chemin du retour vers le poste de police de la Haute-Saint-Charles, rue De la Faune. Leur quart de travail se termine à minuit.

Christian Simard est absorbé par la rédaction de son dossier sur l’ordinateur du véhicule patrouille. Lorsqu’il relève la tête, il voit que la voiture de police est rendue dans une zone de travaux routiers, sur l’autoroute Laurentienne.

Isabelle Morin lance à son partenaire que les sorties De La Faune et Georges-Muir sont probablement fermées. Environ 150 mètres avant le lieu de l’accident, Christian Simard répond qu’il y a aura probablement un chemin prévu pour tourner un peu plus loin. Il se replonge dans sa paperasse.

À ce moment, l’agent Simard ne prête pas attention aux discussions sur les ondes entre répartiteurs et policiers. L’avocat d’Isabelle Morin lui demande s’il se rappelle d’un appel pour un cas de violence conjugale à Wendake. Réponse : non.

Le policier Simard relève la tête lorsqu’il sent l’auto-patrouille ralentir. Il voit les phares de voitures qui filent en direction sud, à côté d’eux. 

La suite se passe très rapidement. Isabelle Morin met les gyrophares et son clignotant, crampe le volant à gauche et passe entre les deux balises de signalisation. «Je vois un phare jaune, je comprends que c’est une moto, raconte Christian Simard. Je crie "attention, attention!" mais c’était inévitable, c’était déjà fait, la collision est en même temps.»

La moto Suzuki et Jessy Drolet viennent percuter l’auto-patrouille du côté du passager arrière. 

L’agent Simard voit le motocycliste qui gît au sol. Le policer veut sortir, mais sa portière est bloquée. Il sort du côté conducteur, à la suite d’Isabelle Morin.

Sa collègue était clairement en état de choc, dit le policier. Contrairement à lui, elle réussit quand même à prendre les ondes pour signaler leur position. 

Christian Simard va au chevet du motocycliste, la tête toujours recouverte de son casque. Il prend le pouls à la carotide et ne sent rien. Le policier commence le massage cardiaque. Il n’arrêtera que lorsque les ambulanciers viennent prendre la relève.

Le policier en état de choc est conduit à l’hôpital pour soigner des douleurs à la tête et au dos. Il sera en arrêt de travail pour trois jours.

Un accident?

Au lendemain de la collision, il écrit un courriel à sa collègue. «Je veux que tu saches que je suis avec toi à 100 % là-dedans et je pense à toi. Il s’agit d’un ACCIDENT et j’espère qu’ils le comprendront. Tu ne méritais pas ça.»

Deux ans et demi plus tard, l’avocat d’Isabelle Morin a voulu savoir si le policier qualifiait toujours la collision d’accidentelle. Le procureur de la Couronne Me Guy Loisel s’est opposé — avec succès — à cette opinion faite par un témoin factuel. 

Pause avant la défense

Le procès reprendra le 28 mai. Les parties débattront du dépôt en preuve du rapport d’événement de la policière Morin. La défense commencera ensuite sa preuve avec notamment le témoignage de l’expert ingénieur Jean Grandbois, qui a fait une reconstitution en réalité virtuelle de la collision, et celui de la policière accusée.