Procès de l’avocat Jean-Roch Parent: l’interrogatoire présenté en cour [VIDÉO]

Jean-Roch Parent regarde la caméra droit dans la lentille. Dans la salle d’interrogatoire où il est interrogé, l’avocat se lance dans une plaidoirie de près de quatre minutes relatant les événements qui ont mené à son arrestation le 4 mai 2017.

La Couronne a conclu sa preuve en présentant la pièce vidéo d’une heure, au palais de justice de Québec, durant le témoignage du sergent Martin Genest, celui qui a interrogé l’homme de 41 ans. Parent subit son procès devant jury pour des accusations d’entrave au travail des policiers, menaces de causer la mort ou des lésions corporelles, entrave à la justice en intimidant un agent afin qu’il cesse son intervention et intimidation à l’endroit d’une personne associée au système de justice.

L’intervention au cours de laquelle les policiers de la Sûreté du Québec (SQ) Damien Bélanger et Bruno Turgeon devaient lui remettre un constat pour une infraction au Code de la sécurité routière a dégénéré et mené à son arrestation.

Dès son entrée dans la salle d’interrogatoire, Jean-Roch Parent exige d’être libéré dans les plus brefs délais et de rencontrer des enquêteurs de la Direction des normes professionnelles (DNP), communément appelée les «affaires internes», pour pouvoir porter plainte contre les policiers impliqués et l’enquêteur présent à ses côtés.

«Les policiers ont commis des voies de fait à mon endroit», déclare-t-il avant d’expliquer que l’agent Bélanger voulait lui faire monter sa voiture sur le trottoir pour lui émettre son constat.

«Je lui ai dit qu’il n’en était pas question parce que j’allais briser mon véhicule qui est un Trans Am. Il m’a demandé de sortir du véhicule, j’ai sorti du véhicule et son collègue est arrivé derrière moi et m’a poussé. Je me suis retourné vers lui et j’y dis : “T’as pas le droit de faire ça, c’est un voie de fait et si tu le refais, je vais me défendre : je vais te cogner”. Et il m’a arrêté pour entrave, menaces et je suis ici détenu depuis ce moment-là, c’est-à-dire depuis 8h [du matin]», a-t-il poursuivi sur un ton dans lequel on perçoit toute son irritation.

À LIRE AUSSI: L'avocat Jean-Roch Parent accusé de menaces envers des policiers [VIDÉO]

Il déplore également ses conditions de détention en attendant de rencontrer l’enquêteur, soit «dans un local fermé où je sais qu’on augmente la température pour faire perdre patience au prévenu», une technique, dit-il, bien connue des policiers.

Lorsque le sergent Genest reprend la parole, il demande à Parent s’il a mis en garde le patrouilleur Bruno Turgeon de se «checker 24h sur 24». 

L’avocat rectifie qu’il aurait plutôt dit : «Tu vas avoir des huissiers qui vont venir te voir à chaque jour. Je vais utiliser tous les moyens légaux, je vais te poursuivre au civil, je vais te poursuivre en déontologie, je vais te poursuivre au criminel. T’auras pas de répit.»

«Depuis le début, vous me mentez. Vous me détenez dans des conditions complètement illégales, tout ça pour cautionner l’intervention qui a été faite tout croche par Bruno Turgeon», déclare-t-il au sergent Genest.

«Je vois les choses aller et je ne sais pas qu’est-ce qui s’est passé avec toi, Jean-Roch», s’interroge l’enquêteur sur la bande vidéo.

Après avoir fait part de ses appréhensions face au système de justice et expliqué avoir l’impression qu’on s’acharne sur lui, Parent signera une promesse de comparaître fixée en juillet 2017.

À la fin de l’interrogatoire, sur un ton calme et dans une ambiance presque décontractée, les deux hommes discutent de voitures et des procédures à suivre lors de la signature de documents. 

Force excessive?

Plus tôt dans la journée, l’avocat de défense Me Mathieu Giroux a questionné l’agent Turgeon sur la force utilisée par les policiers durant l’intervention. Le policier explique qu’il s’est d’abord approché de Parent et de son collègue Damien Bélanger, qui était en discussion près de la circulation, pour «désamorcer» la situation.

Pour inciter l’avocat à se rendre sur le trottoir, le patrouilleur dit lui avoir pris le bras «mollement», l’objectif étant que Parent se rende par lui-même sur l’espace de pavés. M. Turgeon raconte que Parent aurait alors fait un bond vers l’arrière et se serait placé dans une position «défensive» comme s’il était prêt pour un «affrontement» avant de lancer «Touche-moi pas, je te cogne!».

La défense prétend que les policiers ont utilisé une force inappropriée pour procéder à l’arrestation de Parent, puisque celui-ci leur aurait tourné le dos pour se diriger vers le trottoir, mais que les agents de la paix se sont rués sur lui. Ils auraient alors pratiqué des contrôles articulaires pour l’amener au sol. 

Me Giroux soutient qu’il s’agit d’une technique qui peut faire mal au prévenu si le policier exerce une force, tandis que l’agent Turgeon estime que le mal provient de la résistance de l’individu.

L’avocat de Parent a également questionné le policier sur le fait que les rapports des agents Bélanger et Turgeon aient été rédigés dans la même pièce. Le patrouilleur a rétorqué que son collègue et lui ne s’étaient pas consultés pendant la rédaction qui s’est faite de façon individuelle.

À l’instar de Damien Bélanger, qu’il considère comme son ami, l’agent Turgeon a reconnu que cette intervention l’a marqué et l’a suivi pendant un bon moment. Ce dernier n’est pas retourné faire des opérations à cet endroit pendant un an suivant les événements et dit avoir toujours une crainte de recevoir une mise en demeure. «Ça m’a atteint, la confiance a diminué. Dans les jours qui ont suivi, quand j’interceptais un véhicule, j’avais toujours cette intervention-là derrière la tête», a-t-il confié.