Yves «Colosse» Plamondon, un trafiquant de drogue notoire, poursuit l’État québécois pour 35 millions $.

Procès de «colosse» Plamondon: deux déclarations, une seule version

Même s’il a donné deux déclarations aux policiers, Jean-Noël Daley maintient n’avoir toujours eu qu’une seule version de l’histoire.

En 2013, alors que Yves Plamondon réclamait un second procès parce que la Couronne avait omis de divulguer deux déclarations à la défense, les policiers de la Sûreté du Québec ont réinterrogé les témoins en question, Jean-Noël Daley et Pierre Gaudreault.

Les deux interrogatoires ont été présentés à la cour cette semaine à l’occasion du procès civil de Plamondon. Daley et Gaudreault étaient présents à la taverne Desrosiers le soir du meurtre de Claude Simard, le 13 août 1985.

Au printemps 1986, Yves Plamondon, un trafiquant de drogue notoire, a été déclaré coupable par un jury des meurtres de Claude Simard, Denis Ouellet et Armand Sanschagrin, trois vendeurs de stupéfiants.

Vingt-huit ans après avoir rencontré les policiers, Jean-Noël Daley confirme qu’il avait signé deux déclarations. Il n’y a toutefois aucune différence selon lui entre les deux déclarations, si ce n’est que des heures sont plus précises dans la deuxième parce qu’entre les deux, il avait pu en parler à sa conjointe. «Mais y a pas deux versions. C’est exactement la même version», répète Daley.

Ce n’est donc pas étonnant, dit-il, qu’il ait répondu avoir fait «une déclaration» lorsque l’avocat de Plamondon l’a interrogé au procès.

Celui qui était travailleur social à l’époque du meurtre maintient avoir vu Claude Simard à la taverne Desrosiers dans la soirée du 13 août 1985. Ce soir-là, Daley s’était installé au bout du bar. C’était l’endroit habituel de Colosse Plamondon, dit-il, car le téléphone de l’établissement était tout près. Plamondon et son groupe étaient assis à la grande table, avec Simard.

Jean-Noël Daley précise que sa déclaration d’époque n’incriminait personne. «Je ne peux pas dire c’est Yves Plamondon qui a fait ci ou fait ça.»

Après sa première déclaration, Daley et sa famille avaient été mis en protection par la police pour deux semaines. Il avait fait sa deuxième rencontre avec les policiers à la fin de cette période.

Des ajouts?

En août 1985, le témoin Pierre Gaudreault avait 19 ans. Il jouait les commissionnaires pour Plamondon.

Durant son laborieux interrogatoire de 2013, Gaudreault finit par confirmer qu’il a rencontré les policiers à deux reprises en août 1985 et a donc signé deux déclarations.

Il dira que les policiers qui enquêtaient sur le meurtre de Claude Simard en ont «rajouté un peu là» en transcrivant sa déclaration. «Y ont voulu que l’histoire se complète», dit-il.

Dans sa deuxième déclaration, il dit avoir vu partir Plamondon avec André Bull Desbiens et Claude Simard vers 23h, une information absente de la première déclaration. 

En 2013, Pierre Gaudreault se demande si les policiers ont pu «changer des choses». 

Yves Plamondon, qui a passé 28 ans en détention, poursuit l’État québécois pour 35 millions $ en alléguant de graves erreurs dans la divulgation de preuve à l’époque et une conduite malveillante des policiers et procureurs.

Le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure qui entend le procès aura à déterminer si les omissions du ministère public auraient pu changer l’issue du procès et constituent des fautes civiles.