Sylvie Dionne, la veuve du camionneur Albert Paradis, a raconté en cour que son mari se plaignait chaque soir des problèmes mécaniques de son véhicule de travail.

Procès de CFG Construction: un dernier «je t'aime» avant l'accident

Sylvie Dionne a dit à Albert Paradis qu’elle l’aimait pendant 25 ans. Et elle est la dernière à le lui avoir répété juste avant sa mort, dans une côte du parc éolien de Beaupré, le 11 septembre 2012.

La veuve du camionneur a témoigné mercredi au procès de CFG Construction, la compagnie accusée de négligence criminelle ayant causé la mort de son mari.

Enfin, se disait-elle sûrement, en arrivant à la barre des témoins, après deux nuits à mal dormir.

Les filles de Sylvie Dionne et Albert Paradis, Jessie, 29 ans, et Caroline, 26 ans, encouragent leur mère du regard. Leur frère Tommy, 23 ans, qui témoignera lui aussi, doit attendre son tour dans le corridor. Le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques fait de son mieux pour mettre la veuve à l’aise. Sylvie Dionne rit poliment.

Albert Paradis, 50 ans, camionneur depuis sa jeunesse, aimait son emploi lorsqu’il a été engagé chez CFG Construction, en 2008, dit Mme Dionne. Mais un an avant son accident mortel, le camionneur a commencé à se plaindre chaque soir, lorsqu’il s’asseyait à la table familiale, dans Duberger, des problèmes mécaniques de son vieux Volvo 1997.

Les pneus, les freins, les lumières; il y avait toujours quelque chose à réparer, se rappelle Sylvie Dionne, et le camionneur s’en plaignait à son employeur, dit-elle.

Le plancher de la cabine du conducteur était devenu tellement chaud que Albert Paradis a vu la semelle de caoutchouc de ses bottes de travail fondre. Il a d’ailleurs montré ses bottes à sa femme et à ses enfants.

Sylvie Dionne dit avoir déjà suggéré à son mari de changer d’emploi parce qu’elle craignait qu’un malheur lui arrive au volant. «Il me disait "oui", mais il n’a rien fait.», regrette-t-elle.

La veille de sa mort, Albert Paradis s’est plaint d’un bris du boyau à l’huile des freins de son camion.

Dernières paroles

Le 11 septembre, le camionneur appelle sa femme en après-midi. Sylvie Dionne se souvient du ton de voix découragé de son mari. Albert Paradis lui explique que le fameux boyau a été recollé par un mécanicien. «J’ai pas beaucoup de temps pour te parler, je descends la côte, lui aurait dit le camionneur. Si je ne suis pas à la maison à 17h30, c’est parce que je vais être mort.»

En rapportant ces propos, les derniers qu’elle a entendus de son mari, Sylvie Dionne éclate en sanglots. Elle refuse l’offre de la juge Hélène Bouillon de prendre une pause.

Ce jour fatidique, Albert Paradis était pressé, affirme sa veuve. «Il devait dîner dans son camion parce que Franky lui avait dit de se dépêcher parce qu’il avait perdu du temps au garage le matin pour vérifier les réparations», explique Sylvie Dionne. Assis non loin d’elle, Franky Glode, président de CFG Construction, arrête de prendre des notes pour la regarder longuement.

En contre-interrogatoire, l’avocat de CFG Construction Me Charles Levasseur, a fait confirmer à Sylvie Dionne que son mari prenait parfois des stupéfiants. Un joint de haschich chaque soir pour dormir et un peu de cocaïne certaines fins de semaine, a dit la veuve.

Comme pour la majorité des témoins de la poursuite, les réponses de la veuve du camionneur ont été prises sous réserve par la juge, le temps que leur admissibilité en preuve soit tranchée.