Albert Paradis s’était souvent plaint de l’état mécanique déficient du camion Volvo 1997 qu’il conduisait pour CFG Construction. En plus de sa femme, son fils, son gendre, son ami et des collègues de travail avaient recueilli ses confidences.

Procès CFG Construction: les déclarations du camionneur acceptées en preuve

CFG Construction a perdu sur presque toute la ligne en tentant de rendre inadmissibles des preuves incriminantes, telles que les déclarations du camionneur Albert Paradis, mort dans un accident au volant de son vieux camion, sur un chantier éolien de Beaupré.

Le procès de l’entreprise de Québec spécialisée dans la démolition est dans son dernier droit, avec la présentation de la preuve de la défense. L’entreprise est accusée de négligence criminelle ayant causé la mort et risque une amende considérable si elle est déclarée coupable.

Avant de continuer, la juge Hélène Bouillon de la Cour du Québec a rendu une série de décisions, largement défavorables à la défense.

Après avoir analysé tous les témoignages entendus jusqu’ici, la juge Bouillon a en effet accepté plusieurs preuves de ouï-dire — normalement inadmissibles —, notamment les déclarations au téléphone d’Albert Paradis à sa femme, quelques minutes avant que le camionneur perde la maîtrise de son véhicule lourd. «J’ai pas beaucoup de temps pour te parler, je descends la côte», aurait dit le camionneur de 50 ans à sa femme Sylvie Dionne. «Si je ne suis pas à la maison à 17h30, c’est parce que je vais être mort.»

Albert Paradis s’était souvent plaint de l’état mécanique déficient du camion Volvo 1997 qu’il conduisait pour CFG Construction. En plus de sa femme, son fils, son gendre, son ami et des collègues de travail avaient recueilli ses confidences.

CFG Construction s’opposait au dépôt en preuve des déclarations de la victime, alléguant qu’elles n’étaient pas nécessaires puisque la poursuite avait d’autres éléments, comme les rapports mécaniques du camion. La défense ajoute que, puisque Albert Paradis ne pourra jamais être contre-interrogé, ses déclarations ne sont pas assez fiables.

La juge Hélène Bouillon estime au contraire que les déclarations d’Albert Paradis, quelques minutes et dans les mois précédant sa mort, sont «un élément de preuve unique» puisque lui seul était le conducteur du camion.

«Albert Paradis n’avait rien à gagner à raconter à un collègue une fausse histoire de bris mécanique», croit la juge Bouillon. «On ne peut imaginer qu’il aurait inventé les problèmes de son camion pour se rendre intéressant.»

Propension

La juge a aussi accepté des preuves dites «de propension criminelle», qui tendent à démontrer que le comportement négligent de CFG Construction durait depuis plusieurs années. 

Elle accueille ainsi en preuve les témoignages de plusieurs ex-employés qui ont déploré les problèmes généraux d’entretien.

La juge pourra aussi tenir compte des rapports d’intervention des contrôleurs routiers sur les véhicules de l’entreprise poursuivie.

Ces éléments ont une valeur probante plus grande que l’effet préjudiciable sur la défense de l’entreprise, a estimé la juge.