Prison pour amendes impayées: Labeaume reste ferme

Alors que Montréal a cessé d’emprisonner des itinérants pour non-paiement d’amendes, le maire de Québec, Régis Labeaume, n’est pas tenté d’emprunter cette avenue, même après l’emprisonnement pour 101 jours d’une mère monoparentale.

«Je peux seulement vous dire que nous, on n’annule pas les contraventions, car on a créé un programme qui s’appelle IMPAC [Intervention multisectorielle programme d’accompagnement à la cour municipale] où on aide les gens à se refaire, à tenter de se rebâtir une vie», a expliqué le maire en point de presse.

Valérie Brière, 35 ans, mère d’une fille de 7 ans et d’un garçon de 4 ans, avait pour 2120,88 $ en contraventions impayées. Elle avait participé à IMPAC, mais en a été exclue pour avoir omis de remplir ses obligations. Ses mandats d’incarcération ont donc été réactivés.

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«La dame a participé, elle a lâché et puis on a tenté d’aller la rechercher, on a vraiment tout fait. Je pense qu’il faut que les gens se forcent pour tenter de se refaire, qu’ils participent», a résumé le maire.

Un peu de volonté

Le maire ne croit toujours pas qu’il serait souhaitable d’annuler les amendes des itinérants ou ex-itinérants comme Mme Brière. «Pourquoi on n’annule pas les amendes? Parce qu’on pense que ce n’est pas une bonne idée, parce qu’il faut que les gens sentent qu’il faut qu’ils se forcent pour tenter de se refaire, qu’ils se forcent pour participer au programme. On pense aussi que pour la société en général, c’est bien de faire ça.

«On pense que ça prend un petit peu de volonté de leur part. Quand on a décidé d’investir dans IMPAC, on a décidé de ne pas laisser tomber les amendes, car il faut que les gens sentent qu’ils ont comme une responsabilité s’ils ne veulent pas avoir la conséquence des amendes», poursuit-il.

Le maire jure que la Ville de Québec et les organismes communautaires ont fait beaucoup d’efforts dans le dossier de Mme Brière et que si celle-ci avait respecté les conditions imposées par IMPAC, notamment le retour aux études et les travaux communautaires, elle n’aurait pas eu à payer ses amendes. «Le reste, c’est un juge qui a pris la décision et je ne veux pas embarquer là-dedans», a-t-il ajouté au sujet de la peine de prison imposée à Mme Brière pour ses amendes impayées.

«Montréal, y a pas de problème, tu donnes ton adresse pis c’est fini, ils ne te donnent pas d’amende. Nous, on investit dans les individus, on investit dans IMPAC. Chacun sa façon de faire, mais nous on a fait ce choix-là il y a plusieurs années», conclut-il.

Florence Boucher, Josiane Mondou et Maxime Couillard, de la Clinique Droit de cité, ont lancé une campagne sur les médias sociaux pour l’adoption d’un moratoire sur l’emprisonnement pour amendes impayées.

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DES LECTEURS OFFRENT LEUR AIDE

Le cas de Valérie Brière, cette mère monoparentale de deux enfants emprisonnée pour des amendes impayées à l’époque où elle était itinérante, a touché plusieurs personnes. Deux ont même levé la main pour payer ses amendes de 2120,88 $ et lui permettre de retrouver sa famille.

«Je veux l’aider, car je trouve ça aberrant qu’elle ait été mise en prison et ses enfants, confiés à la Direction de la protection de la jeunesse, en raison d’amendes impayées émises entre 2001 et 2006. Si les humains n’apprennent pas à mieux se traiter que ça, je ne sais pas où s’en va la société!» a confié au Soleil le Dr Éric Lacoste, un parodontiste de Laval.

Avouant ne lire que très peu les journaux et n’écouter que rarement les nouvelles, le Dr Lacoste est tombé sur l’histoire de Mme Brière par hasard, en ouvrant l’application du Soleil sur sa tablette électronique. «C’est le titre qui avait attiré mon attention, alors j’ai décidé de lire l’article.»

Très touché par la situation de cette mère monoparentale, Éric Lacoste a l’intention de contacter l’avocate de Mme Brière afin de vérifier comment il pourrait payer ses amendes pour qu’elle sorte de prison et retrouve ses enfants. «Je veux aussi m’assurer que c’est quelqu’un de bien intentionné, mais de ce qu’on devine, elle a essayé de s’en sortir.»

Très engagé auprès du Centre de pédiatrie sociale de Laval, le Dr Lacoste a été particulièrement ému par le sort des enfants de Valérie Brière. «Ce sont deux enfants qui paient le prix de tout ça en étant confiés à la DPJ alors qu’il y a bien d’autres choses qui auraient pu être faites. C’est un peu ridicule qu’un juge l’ait envoyée en prison pour ça!»

Une enseignante ontarienne a aussi contacté Le Soleil par courrier électronique afin de s’enquérir de la possibilité de payer les amendes de Valérie Brière. 

«J’aimerais payer son amende et lui permettre de reprendre ses petits enfants et vivre une vie normale. Je suis Québécoise de souche et je travaille en Ontario depuis 27 ans et je vais prendre ma retraite sous peu. Je trouve inconcevable cette décision et je voudrais aider cette jeune fille aux prises avec ce problème. C’est renversant et je suis prête à lui donner cette chance», conclut la dame.