Même s'il a reçu 290 000 $ en compensation des Rédemptoristes, Frank Tremblay indique qu'il avait des dettes totalisant un demi-million de dollars, une fois complétée cette saga judiciaire en novembre 2014.

Pris à la gorge après sa victoire contre les Rédemptoristes

Cinq semaines après avoir lancé une campagne de sociofinancement visant à amasser 120 000 $ pour compenser les pertes subies durant son recours collectif contre les pères rédemptoristes, Frank Tremblay n'a même pas atteint 5 % de son objectif.
Seulement 39 personnes ont fait un don pour un total de 5615 $, ce qui inclut un montant de 2000 $ d'un donateur anonyme et un autre de 1000 $ d'Alain Fortier et d'autres contributeurs. M. Fortier est président de l'organisme Victimes d'agressions sexuelles au masculin (VASAM), dont Frank Tremblay agit comme vice-président.
«C'est certain que c'est décevant un peu, mais je suis conscient du fait que j'ai lancé ma campagne au même moment où des inondations frappaient partout au Québec et où plusieurs autres personnes lançaient des campagnes semblables pour compenser les pertes subies durant les inondations», explique celui qui a mené durant plus de six ans un combat judiciaire pour faire reconnaître les abus, dont lui et 112 autres personnes ont été victimes durant leur jeunesse.
C'est que même s'il a reçu 290 000 $ en compensation des Rédemptoristes, le conseiller financier et père de deux enfants de 11 et 13 ans indique qu'il avait des dettes totalisant un demi-million de dollars, une fois complétée cette saga judiciaire en novembre 2014.
«Je suis travailleur autonome, alors toutes les journées que j'ai prises pour ce dossier, toutes les dépenses que j'ai engagées constituent des pertes puisqu'on n'est pas remboursés pour ça», explique-t-il. 
Dettes
De mai 2008, quand il a parlé à son psychologue pour la première fois des abus dont il a été victime dans sa jeunesse, jusqu'à la conclusion du procès en 2014, il dit avoir emprunté plus de 100 000 $ à des prêteurs privés et davantage à des institutions financières en plus d'avoir investi dans la cause environ 40 % du temps qu'il consacrait normalement à son travail.
«Quand le procès a été complété, mes dettes étaient de 200 000 $ plus élevées qu'avant 2008, sans compter les pertes de revenus. J'ai dû hypothéquer ma maison de nouveau», poursuit celui qui dit toutefois ne pas regretter les démarches faites pour obtenir justice.
«En fin de compte, 112 personnes ont été indemnisées à raison de 100 000 $ à 200 000 $ chacune. Nous avons reçu 20 millions $, dont 5 millions $ seulement pour les honoraires d'avocats», rappelle-t-il.
Il avoue que ce n'est pas de gaieté de coeur qu'il a lancé sa campagne de sociofinancement, qui l'a replongé dans le dur combat qu'il a dû livrer pendant plusieurs années. «Je l'ai fait parce que je voulais que ça se sache, que le requérant n'est jamais dédommagé pour ses dépenses dans un recours collectif, et aussi parce que mon travail et mes efforts ont rapporté à plusieurs autres victimes.»
Délai de prescription
M. Tremblay pointe aussi du doigt le fait que le Québec demeure encore la seule province canadienne à maintenir un délai de prescription pour les recours civils dans les dossiers d'agressions sexuelles.
«Ce délai de prescription empêche une poursuite au civil trois ans après les gestes posés et c'est pour ça qu'il a fallu que je me batte, pour faire reconnaître que ce délai ne devait pas s'appliquer. Si ce n'avait pas été du délai de prescription, il n'y aurait jamais eu de procès et je n'aurais pas engagé toutes ces dépenses et perdu tous ces revenus, car les pères rédemptoristes n'ont pas nié les faits», résume-t-il.
Les personnes intéressées à donner un coup de pouce à Frank Tremblay peuvent consulter sa page sur la plateforme de sociofinancement gofundme.com à l'adresse www.gofundme.com/frank-tremblay