Yves Plamondon accuse les policiers et procureurs d’avoir fait preuve de malveillance en lui cachant plusieurs éléments de preuve, favorables à sa défense selon lui. Il a passé 28 ans en détention.

Poursuite d’Yves «Colosse» Plamondon: souvenirs de 1986

Le 27 mars 1986. Le trafiquant Jean-Pierre Boudreault, 36 ans, s’avance à la barre pour témoigner contre Yves «Colosse» Plamondon. Du box de détention, l’accusé le regarde et fait le geste de tirer une balle de revolver sur sa tempe. Boudreault se met à trembler comme une feuille.

«Ça, je m’en rappelle comme si c’était hier», glisse le juge René de la Sablonnière, après avoir raconté l’anecdote. «Je pensais qu’il allait me faire un infarctus.»

Celui qui a fait condamner Plamondon pour les meurtres de trois trafiquants a oublié beaucoup de choses du procès devant jury qui s’est étiré durant un mois de la mi-mars à la mi-avril 1986. Personne ne lui en tiendra rigueur : les notes sténographiques du procès tiennent sur pas moins de 2992 pages.

Le témoignage de Jean-Pierre Boudreault, partenaire de trafic de la victime Claude Simard, avait été décidé à la dernière minute. Boudreault avait refusé de faire une déclaration écrite et le procureur de la Couronne craignait qu’il nie ce qu’il avait dit aux policiers.

Malgré sa nervosité, Boudreault a fini par dire aux jurés ce qu’il savait du trafic de Plamondon. Il a aussi expliqué à quel point il était sur ses gardes en août 1985, alors qu’il avait des dettes envers Colosse. Boudreault sait qu’il aurait pu être abattu à la place de Simard.

Pas de témoin en défense

L’avocat de Plamondon, le criminaliste réputé Léo-René Maranda, n’a fait entendre aucun témoin en défense.

Il misait plutôt sur des contre-interrogatoires poussés des témoins de la Couronne. En particulier du témoin-vedette, le délateur André «Bull» Desbiens, complice de Plamondon dans les crimes.

Me Maranda, qui a notamment représenté la braqueuse de banque «Monica-la-Mitraille», a questionné Desbiens pendant deux jours.

L’avocat de défense voulait convaincre les jurés que Desbiens, un criminel d’habitude, était le seul et unique tireur. Voyant que son véhicule, qui avait servi au crime, avait été repéré, il avait décidé de collaborer avec les policiers et d’incriminer Plamondon.

Le délateur a répété qu’il avait choisi de collaborer parce qu’il craignait d’être tué par Plamondon en raison d’une dette de 5500 $ pour du haschich.

«Il y a eu des précisions par rapport à son interrogatoire, mais pas de grandes contradictions, affirme M. de la Sablonnière. J’ai été très surpris de voir la constance de ce témoin-là.»

Le témoignage de l’ancien procureur de la Couronne se poursuit toute la semaine.

Yves Plamondon, 69 ans, accuse les policiers et procureurs d’avoir fait preuve de malveillance en lui cachant plusieurs éléments de preuve, potentiellement favorable à la défense selon lui. Il réclame 35 millions $ en dédommagement pour les 28 ans passés en détention.