Poursuite de 1 M$ pour des abus sexuels allégués d’un prêtre de Saint-Lambert-de-Lauzon

Luc, 9 ans, voulait devenir enfant de choeur, mais il était trop «tannant» à l’école. L’abbé Eugène Garant de Saint-Lambert-de-Lauzon aurait alors proposé de faire sortir ses démons…

Une poursuite en dommages de 1010 752$ a été déposée lundi au palais de justice contre l’archevêque de Québec en raison de gestes d’abus sexuels allégués qui auraient été commis dans les années 1970 par l’abbé Eugène Garant, un prêtre de Saint-Lambert-de-Lauzon décédé en 1982.

Luc Vigneux affirme dans sa requête introductive d’instance avoir été agressé sexuellement à deux reprises en 1973 par l’abbé Garant.

L’écolier de troisième année voulait devenir enfant de choeur dans sa paroisse. Il s’est rendu à une première pratique de chant et de rituels avec d’autres aspirants.

L’abbé Eugène Garant aurait alors rassuré Luc en lui disant qu’il allait le débarrasser de son démon de l’hyperactivité. Ainsi, il serait plus tranquille en classe, réussirait mieux tout au long de sa vie et pourrait servir la messe.

Mais pour y arriver, aurait dit le prêtre, il fallait faire sortir le démon par les voies naturelles, soit par les orifices du corps.

Luc affirme qu’il n’avait alors pas vraiment compris la réponse du prêtre, mais qu’il avait confiance en lui. 

Lors de sa première rencontre individuelle à la sacristie de l’église, l’abbé Garant aurait demandé à Luc de mettre une soutane blanche en conservant seulement ses sous-vêtements. Il lui aurait aussi posé un voile blanc et or sur la tête. Le prêtre se serait alors approché en murmurant ce que le garçon croyait être des prières. Il a plus tard compris, dit-il, que le prêtre lui aurait alors fait une fellation.

Un bruit de craquement dans la sacristie aurait interrompu le geste. Luc dit s’être rhabillé et avoir annoncé à l’abbé Garant qu’il se sentait mieux. Le prêtre aurait rétorqué qu’il n’était pas guéri de son démon.

Luc dit être alors retourné à l’école, confus et terrorisé.

Lors d’une seconde rencontre, Luc aurait dû remettre les mêmes vêtements. Le prêtre aurait alors introduit un doigt dans son anus. L’enfant a réagi en lui demandant d’arrêter, disant être guéri. Il a quitté et n’est jamais devenu enfant de choeur.

L’abbé Eugène Garant a enseigné au Séminaire de Québec puis au Séminaire de Saint-Georges de Beauce avant d’être curé de Saint-Lambert-de-Lauzon de 1967 à 1982.

Autorité incontestable

Dans sa requête, Luc explique qu’en raison de la honte et du dégoût qu’il ressentait, il a choisi de souffrir en silence et a tenté d’oublier ces événements durant des décennies.

Luc a aussi longtemps craint de ne pas être cru. «L’abbé Garant représentait une autorité incontestable bénéficiant d’une crédibilité incontestable, de même qu’il déterminait ce qui est bien et ce qui est mal», écrit Me Simon St-Gelais, l’avocat de Luc, dans la requête. 

L’abbé Garant avait enseigné à Luc et aux autres paroissiens qu’il fallait craindre Dieu et que Lui les puniraient en cas de sottise. Dans sa requête, Luc n’hésite pas à qualifier le contexte des abus allégués de «manipulation spirituelle».

Ce serait seulement en 2018, à l’occasion d’une thérapie, que Luc a fait le lien entre les abus sexuels perpétrés par l’abbé Garant et les préjudices subis dans sa vie.  

Le Code civil fixe à 30 ans le délai pour poursuivre son agresseur, à partir du moment où la victime d’abus sexuels a connaissance que son préjudice est attribuable à l’acte commis.

Luc soutient que les agressions ont eu de graves conséquences dans sa vie, notamment l’échec de son mariage, la dépression et des problèmes de consommation, dit-il.

Responsabilité de l’archevêque

Luc Vigneux poursuit l’archevêque de Québec parce qu’il était le supérieur de l’abbé Garant et qu’il lui avait confié ses fonctions, dont l’éducation chrétienne des enfants. 

Dans sa requête, Luc affirme que l’archevêque a une responsabilité directe dans les abus subis. «Le défendeur a en effet omis de mettre en place des politiques et de mesures de sécurité et de surveillance afin de prévenir ou mettre fin aux abus et ayant volontairement fermé les yeux alors qu’il avait des raisons de croire que l’abbé Garant se livrait à de tels abus», peut-on lire dans la requête.

Au total, Luc réclame 1010 752$, dont 200 000$ à titre de dommages punitifs en raison d’une atteinte intentionnelle à la dignité et à l’intégrité physique et psychologique.

L’abbé Eugène Garant a enseigné au Séminaire de Québec puis au Séminaire de Saint-Georges de Beauce avant d’être curé de Saint-Lambert-de-Lauzon de 1967 à 1982.