Les six victimes de l'attentat de Québec, dans le sens d'une horloge: Ezzedine (Azzeddine) Soufiane, Boubaker (Aboubaker) Thabti, Ibrahima Barry, Abdelkrim Hassane, Khaled Belkacemi, Mamadou Tanou Barry

Portraits des six victimes

Ils étaient six. Des hommes. Réunis par leur foi au Centre culturel islamique de Québec un dimanche soir. Un autre homme est entré, l'arme à la main ; il les a fauchés.
Khaled Belkacemi, 60 ans
Le professeur de l'Université Laval Khaled Belkacemi
Le Département des sols et de génie agroalimentaire de l'Université Laval a été sonné lundi quand la rumeur du décès du professeur algérien Khaled Belkacemi s'est propagée. Le professeur titulaire à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation (FSAA) était aimé autant par ses confrères de travail que ses étudiants. «C'est une grande perte pour nous», déplore Hani Autoun, professeur retraité toujours actif. «Son épouse est aussi notre collègue. Il avait des enfants, c'est un grand choc.»
Formé au Québec et en Algérie, il détenait deux doctorats en génie chimique et s'apprêtait à dévoiler les résultats d'une recherche sur le remplacement des agents de conservation des aliments par des ingrédients naturels, a indiqué la directrice de l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF), Sylvie Turgeon. Le doyen de la FSAA, Jean-Claude Dufour, connaissait Khaled Belkacemi depuis 2002, année où il est entré à l'UL. Il évoque un homme attentionné «toujours souriant» et «vraiment performant».
Un ami de longue date de la famille également membre de la communauté algérienne, Nadir Belkhiter, se souvient de son partenaire de pétanque comme d'un homme affable et un bon vivant. Sa femme et collègue, Safia Hamoudi, était aussi présente à la mosquée dimanche soir mais a été isolée de longues heures et n'a reçu la confirmation de la nouvelle que très tard lundi. Au domicile du couple, on a préféré encaisser le choc en privé. «C'est que douleur et incompréhension», a néanmoins laissé tomber une dame avant de prendre congé de son interlocutrice.
Ezzedine (Azzeddine) Soufiane, 57 ans
Azzeddine Soufiane, 57 ans
Marocain d'origine, Azzedine Soufiane est arrivé au Québec en 1988. Il a vécu un moment à Montréal avant de faire des études en géologie à l'UQAM, et un doctorat à l'INRS sur l'étude de la croûte terrestre, en Nouvelle-Écosse, dans l'Arctique canadien et sur l'île d'Anticosti. M. Soufiane était une figure bien connue de la communauté maghrébine de Québec pour avoir été propriétaire pendant plusieurs années de l'épicerie Myrand Internationale puis de l'épicerie Assalam située à 900 mètres de la mosquée. Impossible lundi de parler à un membre de la communauté sans entendre un bon mot sur lui. «C'était une personne merveilleuse et pacifique. Il a toujours travaillé dur sans rien demander à personne», a témoigné un confrère possédant également une épicerie dans Vanier, Karim Elabed. Dans une entrevue au Soleil, en 2002, il confiait n'avoir jamais eu à subir de remarques déplacées en raison de son appartenance religieuse. Sauf une fois, à l'époque de la guerre du Golfe. Il était père de trois enfants.
Aboubaker Thabti, 44 ans
Aboubaker Thabti
Le Tunisien Aboubaker Thabti est arrivé à Québec en 2011. Technicien en pharmacie, il résidait dans le secteur de Sainte-Foy avec sa conjointe et leurs deux enfants, une fillette de 3 ans et un garçon de 11 ans. L'homme travaillait comme chef d'équipe chez Exceldor et sa femme tenait une garderie en milieu familial, selon nos informations.
Abdelkrim Hassane, 41 ans
Abdelkrim Hassane
Algérien d'origine, Abdelkrim Hassane travaillait en tant qu'analyste programmeur au Centre de services partagés du Québec depuis 2014. Ce père de trois filles, dont la plus jeune est âgée d'à peine quelques mois, avait immigré dans la Belle Province depuis cinq ou six ans. Avant de s'installer plus définitivement dans la capitale, il a habité à Montréal. Redha Laghrour jouait au soccer avec lui toutes les fins de semaine. «Même s'il y avait de l'animosité pendant les parties, il venait toujours nous saluer à la fin. Il ne gardait jamais de haine dans son coeur», témoigne-t-il. Abdelkrim Hassane avait récemment fait une réservation avec Air Canada pour aller passer ses prochaines vacances en famille en Algérie. «Malheureusement, son voyage sera plus tôt que prévu», conclut M. Laghrour tristement.
Mamadou Tanou Barry, 42 ans
Mamadou Tanou Barry
Père de deux enfants, un garçon de 3 ans et une fillette de 1 an et demi, Mamadou Tanou Barry oeuvrait comme comptable dans une compagnie au centre commercial Place de la Cité. Il avait quitté sa Guinée natale pour le Québec en 2011 et avait obtenu sa nationalité canadienne. Il demeurait dans un appartement sur la rue de La Pérade, à Sainte-Foy.
Ibrahima Barry, 39 ans
Ibrahima Barry, victime de la fusillade à la mosquée de Québec.
D'origine guinéenne, Ibrahima Barry travaillait chez Revenu Québec. Il était père de quatre enfants, deux filles de 14 et 7 ans, et deux garçons de 3 et 2 ans. Ibrahima Barry, qui était au Québec depuis 2011, était un ami proche de Mamadou Tanou Barry. Les deux hommes voyageaient souvent ensemble. Il détenait également sa nationalité canadienne. «Sa conjointe était déjà très dépressive et malade. C'est pourquoi nous attendions le soutien au niveau psychologique avant de lui faire l'annonce», a indiqué le président de l'Association des Guinéens à Québec, Souleymane Bah. Ibrahima Barry demeurait également sur la rue de La Pérade, à Sainte-Foy.  Avec Baptiste Ricard-Châtelain, Patricia Cloutier et Normand Provencher