Bernard et Carl Huot lors de leur comparution au palais de justice de Québec
Bernard et Carl Huot lors de leur comparution au palais de justice de Québec

Plusieurs lacunes dans la sécurité de Boucherie Huot

Retrait de dispositif de sécurité, outils vieillissants, formation limitée; des ex-employés de la Boucherie Huot pointent plusieurs lacunes dans l’entreprise dont l’ancien propriétaire est en procès pour négligence criminelle causant des lésions à un jeune assistant-boucher.

«On savait que c’est dangereux, c’est puissant, ça peut mélanger 450 livres de viande et ça hache de la viande congelée.»

Jean-François Fortier parle du hachoir industriel dans lequel Olivier Bouchard, 18 ans, est tombé et a eu le bras et la tête coincée le 10 novembre 2016.

Deux ans plus tôt, le gros hachoir industriel avait été réparé par un électricien. Pour le faire fonctionner à nouveau, l’électricien a dû désactiver le système de sécurité qui fait que l’hélice au fond de la cuve arrête de tourner dès qu’on soulève le couvercle.

L’électricien a témoigné à la cour avoir avisé le patron de la boucherie commerciale, Bernard Huot, que dorénavant, il fallait toujours arrêter le hachoir avant de soulever le couvercle.

Le gros hachoir peut s’éteindre avec trois boutons distincts, dont deux sont facilement accessibles par les employés.

Olivier Bouchard, qui travaillait à la Boucherie Huot depuis quelques semaines seulement, connaissait l’existence des boutons d’arrêt de la machine, croit Jean-François Fortier. «Il y avait une consigne générale : à la seconde où tu dois transférer de la viande, tu pèses sur le piton d’arrêt», résume M. Fortier.

Du pot et de la distraction

Olivier Bouchard pouvait être distrait et faire des erreurs dans les bons de commande, avait remarqué l’employé. Le jeune homme avait dit à son collègue qu’il fumait du pot à l’occasion. Jean-François Fortier a d’ailleurs le sentiment de l’avoir vu intoxiqué au travail à quelques occasions. «Mais je travaille avec du monde à ma job qui ne consomme même pas et qui font des erreurs, philosophe M. Fortier, en haussant les épaules. Il pouvait juste être lunatique.»

La Couronne a mis en preuve que le jeune Bouchard avait été formé par un employé maîtrisant mal la langue française. Cet employé a témoigné qu’il ne laissait jamais son jeune collègue travailler seul à remplir la machine.

Selon Jean-François Fortier, un autre hachoir, servant pour le porc, fonctionnait aussi même si le couvercle était ouvert.

Aujourd’hui, M. Fortier travaille dans Limoilou pour Viandex, l’entreprise qui a acheté Boucherie Huot  à l’été 2016. Il utilise le même hachoir industriel. «Tout est conforme, témoigne-t-il. Quand j’ouvre le couvercle, ça arrête.»

Le boucher Mario Bernier a encore en mémoire l’horrible scène des jambes de son jeune collègue qui dépassent du hachoir. «Pour moi, c’était inconcevable», témoigne avec émotion M. Bernier, qui a dû consulter un psychologue pendant un mois à l’automne 2016. 

Mario Bernier a été enragé par l’événement. «J’étais choqué parce que c’est de la machinerie industrielle, c’est sûr et certain qu’il y a un mécanisme qui fait que quand on ouvre le couvercle, ça arrête!»

Chez Boucherie Huot, Mario Bernier a refusé de travailler avec un tranche-viande qu’il estimait dangereux. Il a aussi demandé aux patrons de faire réparer une scie à viande dont le système d’arrêt de la lame était défectueux.

Ni Jean-François Fortier ni Mario Bernier n’ont eu accès chez Boucherie Huot à des formations en santé et sécurité au travail.

Mario Bernier décrit Bernard Huot comme un «bon patron», «exigeant côté qualité et rendement».

Le procès se poursuit pour encore un peu plus d’une semaine. Bernard Huot et son fils Carl, qui a travaillé officiellement à la maintenance jusqu’en septembre 2014, sont accusés de négligence criminelle causant des lésions corporelles.