Tôt lundi matin, un piéton s’est fait happer par une voiture sur la rue Amsterdam dans le parc industriel de Saint-Augustin-de-Desmaures. L’accident soulève des questions quant à l’absence de trottoirs où les piétons partagent notamment la route avec des véhicules lourds.

Péril pour les piétons dans les parcs industriels

Peu avant l’aube, un travailleur se rendait à pied au boulot dans le parc industriel de Saint-Augustin-de-Desmaures. Dans un froid glacial, il marchait sur l’accotement enneigé de la rue Amsterdam, sous l’éclairage épars des lampadaires.

Il était environ 6h20, lundi matin, lorsque le piéton de 23 ans a été happé par une voiture qui arrivait derrière lui, conduite par un autre travailleur du parc industriel. 

Blessé grièvement, il était «semi-conscient» à l’arrivée des policiers de nuit, indique Cyndi Paré, porte-parole du Service de police de Québec de la Ville de Québec (SPVQ). Il a été transporté à l’hôpital, où on ne craindrait pas pour sa vie. 

Dans la noirceur, le conducteur de 18 ans n’aurait tout simplement «pas vu le piéton», explique Mme Paré. Il n’aurait rien fait de criminel. 

L’accident, qui aurait pu être fatal, soulève toutefois des questions sur la sécurité des piétons dans les parcs industriels, des déserts de trottoirs où les piétons partagent notamment la route avec des véhicules lourds. 

«Ça ne devrait pas être risqué de marcher sur des rues où il est possible de marcher», dit Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables. «Si, selon l’ensoleillement, ça devient plus à risque pour le piéton, c’est qu’il y a un problème avec la conception de la rue». 

Selon M. Grandmont, l’absence de trottoir rend la marche particulièrement dangereuse sur la rue d’Amsterdam. Or, dans un parc industriel, où de nombreux travailleurs se rendent chaque jour, «on devrait pouvoir se déplacer, peu importe le mode de transport, et de façon sécuritaire, dit-il. Il ne semble pas que ce soit le cas actuellement.»

Selon le SPVQ, la victime de l’accident se rendait chaque jour au travail à pied. Des travailleurs rencontrés sur la rue d’Amsterdam ont affirmé au Soleil qu’il était loin d’être le seul piéton. Plusieurs débarquent à l’arrêt de bus et marchent jusqu’au travail. D’autres vont prendre une marche le midi. 

Et sans trottoir, les piétons sont très vulnérables. «Ça roule vite, dans le parc!» dit Josée Roberge, employée chez Prodimax, une entreprise sur la rue d’Amsterdam. 

Le maire Juneau réagit

Le maire de Saint-Augustin-de-Desmaures, Sylvain Juneau, était attristé, lundi, par le grave accident subi par le piéton. «On est désolé de ce qui est arrivé ce [lundi] matin, c’est regrettable», dit-il. 

Sauf sur la route Fossambault pour se rendre au Complexe sportif multifonctionnel, aucune des rues du parc industriel de Saint-Augustin ne dispose d’un trottoir, indique le maire. 

«C’est comme ça depuis la construction du parc», dit-il, soulignant que les trottoirs sont en général très rares dans les parcs industriels au Québec. 


« Ça ne devrait pas être risqué de marcher sur des rues où il est possible de marcher »
Étienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables

Pour favoriser la circulation des véhicules lourds, les rues sont néanmoins plus larges dans le parc industriel, ce qui protège en partie les piétons, estime M. Juneau. Plus étroite que les autres, la rue d’Amsterdam est en quelque sorte une anomalie. 

Le maire Juneau dit que la Ville travaille actuellement sur le «transport actif», c’est-à-dire autre qu’en voiture. Un budget annuel de 150 000 $ par année est prévu pour des «équipements» liés à ce type de transport.

Mais avec ce budget limité, «on ne fait pas de millions de kilomètres de trottoirs et de pistes cyclables», dit le maire, qui dit privilégier les secteurs scolaires et familiaux.  

Même s’il n’en fait pas une priorité, M. Juneau croit que la Ville pourrait tout de même explorer les manières de mieux protéger les piétons dans le parc industriel. D’autant plus qu’elle souhaite encourager les travailleurs à prendre davantage le transport en commun, ce qui augmente le nombre de piétons entre les arrêts et lieux de travail. 

«C’est quelque chose qu’on pourra éventuellement regarder», dit le maire.

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OBLIGÉ DE MARCHER EN SENS CONTRAIRE?

Les lieux de l'accident, peu de temps après l'événement, lundi matin

Le piéton qui a été renversé par une voiture, lundi matin, dans le parc industriel de Saint-Augustin-de-Desmaures, marchait dans le même sens que le conducteur qui l’a happé, selon le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). 

Or, même s’il est plus sécuritaire pour les piétons de circuler à sens contraire des véhicules, la victime n’était pas en tort. 

Depuis avril 2018, les piétons n’ont plus l’obligation de circuler en sens contraire en l’absence de trottoir, indique Cyndi Paré, porte-parole du SPVQ.  

Selon le Code de la sécurité routière, en l’absence de trottoir, le piéton peut circuler au bord de la route ou sur l’accotement. «Bien qu’il soit préférable de voir venir les véhicules, le piéton peut circuler dans les deux sens, en privilégiant l’option la plus sécuritaire», indique la Société de l’assurance automobile du Québec sur son site.