Les mères d’étudiantes dont les photos ont été partagées au Séminaire des Pères Maristes ont témoigné hier de la souffrance vécue par leurs filles.

Pères Maristes: les mères témoignent des souffrances des filles

Les mères d’étudiantes dont les photos ont été partagées au Séminaire des Pères Maristes ont témoigné hier de la souffrance vécue par leurs filles.

Les représentations sur la peine de William*, 14 ans, qui a plaidé coupable au leurre informatique de trois jeunes filles et à la distribution de photo intimes sans le consentement, se sont déroulées dans un climat tendu.

D’un côté de la salle d’audience bondée, William avec son père, sa mère et les parents et les avocats d’autres accusés. De l’autre, les trois jeunes plaignantes avec leurs parents, qui attendent d’exprimer leur détresse devant la juge Judith Landry, en chambre de la jeunesse.

À coups de flatteries, William a réussi, comme quatre autres garçons, à convaincre trois jeunes filles de lui envoyer des photos de leurs seins et de leurs parties génitales. Il en a fait des captures d’écran. La preuve révèle que les photos ont circulé dans l’école secondaire.

Claudine* a vu sa fille fréquenter la même école que ceux qui avaient trahi sa confiance durant plusieurs mois. Ce n’est qu’en janvier que l’adolescente a décidé de quitter l’école qu’elle avait choisie pour en intégrer une autre.

«Elle n’en pouvait plus, explique sa mère, au bord des larmes. Le fait de cohabiter avec des garçons qui lui ont fait du mal lui a causé beaucoup de souffrances.»

L’étudiante vivait dans la peur de croiser les garçons aux casiers, à la cafétéria. Elle a eu des échecs scolaires, des problèmes de concentration, des maux de ventre, du stress, de l’anxiété et de l’angoisse.

Une autre mère, Aurélie*, a choisi de s’adresser directement à William, tout en gardant les yeux rivés sur la juge Landry.

La mère a d’abord rappelé au jeune homme des bons moments, lorsqu’il décorait des gâteaux avec sa fille à l’école primaire. Elle lui a ensuite dit sa stupéfaction d’apprendre que pendant des années, lui et d’autres jeunes avaient intimidé sa fille en la traitant de «grosse». «Elle était prête à faire n’importe quoi pour être acceptée de toi, dit Aurélie. Tu as brisé sa confiance. Comment un ami peux dire des mots comme salope et pute?»

Absolution conditionnelle demandée

La Couronne et la défense s’entendent pour que William entreprenne un processus de médiation avec les trois victimes. «Les jeunes filles veulent comprendre pourquoi ça s’est produit», indique le procureur de la Couronne Me Hugo Breton.

La poursuite laisse la cour choisir le «véhicule procédural» pour la peine. Me Breton aimerait toutefois voir la cour inclure à la peine des heures de travaux bénévoles.

L’avocate de défense Me Geneviève Bertrand ne voit pas l’utilité des travaux dans ce cas, pas plus que celle d’une interdiction de contact réclamée par l’une des mères. Son client devrait bénéficier d’une absolution conditionnelle d’une année, dit l’avocate.

Me Bertrand a plaidé qu’à ses yeux, son client doit bénéficier, à titre de facteur atténuant, de la grande médiatisation de toute l’affaire. «Quand il y a une chaîne humaine avec des banderoles contre la culture du viol à l’entrée de ton école, ça déborde de la médiatisation normale!», lance Me Bertrand.

La juge Judith Landry de la Cour du Québec rendra sa décision sur la peine dès mercredi prochain. «Il est temps et pour les victimes et pour l’accusé de passer à autre chose», a commenté la juge.

Au début février, un autre jeune, qui ne fréquente plus le Séminaire des Pères Maristes, a reçu une absolution conditionnelle pour une infraction de leurre sur une des jeunes filles. Il devra aussi verser un don de 350 $ à l’organisme SOS Suicide Jeunesse et participer à une séance de médiation avec la victime.

Les dossiers de trois autres jeunes sont toujours en cours. L’un a choisi de contester toutes les accusations lors d’un procès. Un autre a plaidé coupable et fera un débat sur les facteurs aggravants. Un dernier a plaidé coupable au leurre, mais subira un procès pour une accusation d’agression sexuelle (attouchements aux fesses).

* Prénoms fictifs