Pour une rare fois, un père incestueux, Stéphan Joachim, 48 ans, a été condamné vendredi à la peine maximale: 14 ans de pénitencier. 
Pour une rare fois, un père incestueux, Stéphan Joachim, 48 ans, a été condamné vendredi à la peine maximale: 14 ans de pénitencier. 

Père incestueux: une peine maximale, un courage exemplaire de sa fille

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Pour une rare fois, un père incestueux, Stéphan Joachim, 48 ans, a été condamné vendredi à la peine maximale: 14 ans de pénitencier. Le chiffre frappe, mais pas autant que le courage de sa fille, Stéphanie Lapointe.

Stéphanie, 21 ans, attend ce jour-là depuis six ans. Le jour du châtiment pour son père, qui l’a violée le soir de ses 13 ans et qui l’a agressée sexuellement à une vingtaine de reprises durant les deux années suivantes. L’adolescente était devenue la partenaire sexuelle de son père, qui la droguait et la faisait boire avant de l’agresser dans des chambres de motel, sans jamais utiliser de moyens de protection. Le père avait même inventé un faux projet de film pornographique pour convaincre sa fille d’avoir des relations sexuelles.

Stéphanie a dénoncé les agressions à une amie, puis au personnel de son école en janvier 2015. Elle a alors 15 ans et ne retournera plus jamais chez son père. 

Stéphan Joachim, un homme de la Rive-Sud de Québec, a été déclaré coupable au terme de son procès. Il a porté sa condamnation en appel.

Le Soleil a déjà raconté l’histoire de la jeune femme, en utilisant «Gabrielle» comme prénom d’emprunt. Aujourd’hui, Stéphanie veut témoigner à visage découvert. Elle a fait lever l’ordonnance de non-publication qui couvrait son identité.

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Ses beaux yeux bleus rougis par les larmes, Stéphanie est visiblement fière d’elle. «Je savais que j’avais raison de me défendre, je savais qu’il fallait que je passe à travers cette étape-là pour repartir à neuf», confie-t-elle, d’une voix douce, mais ferme.

«Je savais que j’avais raison de me défendre, je savais qu’il fallait que je passe à travers cette étape-là pour repartir à neuf», a confié Stéphanie. 

La route judiciaire a été longue et ardue, d’autant plus que la jeune femme l’a parcourue sans personne de sa famille à ses côtés.

Stéphanie sait que sans le support des enquêteuses Sophie Bélisle et Isabelle Lafontaine et du procureur de la Couronne Me Michel Bérubé, il aurait été facile d’abandonner. D’autant plus qu’elle a attendu le procès durant près de quatre ans, en raison de délais causés par la défense.

«Mais il faut le faire, ça vaut la peine de le faire, insiste la jeune femme. Aujourd’hui, je l’ai su.»

Stéphanie veut continuer à se reconstruire et aussi aider les autres jeunes, qui hésiteraient à dénoncer un agresseur. «Le premier pas est difficile, le deuxième aussi, convient-elle. Les procédures qui viennent par la suite, ça peut paraître gros, ça peut paraître effrayant, mais une étape à la fois et on peut se rendre jusqu’à la fin.»


« Le premier pas est difficile, le deuxième aussi. Les procédures qui viennent par la suite, ça peut paraître gros, ça peut paraître effrayant, mais une étape à la fois et on peut se rendre jusqu’à la fin »
Stéphanie, en guise de conseil à des jeunes qui hésiteraient à dénoncer un agresseur

Pas un scénario abstrait

Les peines maximales prévues au Code criminel ne sont que timidement imposées par les tribunaux. La Cour suprême du Canada a toutefois réitéré en avril dernier, dans une décision concernant un agresseur sexuel d’enfant, que les peines maximales ne doivent pas être «un scénario abstrait du pire crime commis dans les pires circonstances», mais plutôt «être infligées chaque fois que les circonstances le justifient».

Le procureur de la Couronne MMichel Bérubé était convaincu d’être devant un pareil cas; il a donc réclamé la peine maximale prévue pour l’inceste, le plus grave abus de confiance possible, soit 14 ans de détention.

La défense plaidait en faveur d’une peine de détention de cinq ans, estimant que les tribunaux du Québec sanctionnaient déjà sévèrement les agressions sexuelles commises à l’égard de jeunes enfants.

Le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec a estimé que la peine maximale était la peine juste, tout à fait proportionnelle à la gravité de l’infraction et au degré de responsabilité de l’accusé. «Le prononcé de la peine maximale sur les chefs d’inceste se veut dissuasif et reflétera la forte réprobation sociale associée à son comportement odieux», insiste le juge Tremblay.

Le juge rappelle que Stéphan Joachim a profité d’une adolescente vulnérable, si heureuse d’aller vivre chez lui après une enfance difficile, passée aux côtés d’une mère, à ce moment, toxicomane.

Stéphan Joachim a été condamné à 71 reprises depuis 1991, surtout pour des crimes de malhonnêteté et des crimes contre les biens.

Après sa peine de détention, il sera inscrit à perpétuité au registre des délinquants sexuels.

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