Boufeldja Benabdallah, du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), s’est adressé aux médias jeudi après-midi, quelques heures après que la décision de la cour soit rendue publique. Il parlait au nom de la Mosquée de Québec.  
Boufeldja Benabdallah, du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), s’est adressé aux médias jeudi après-midi, quelques heures après que la décision de la cour soit rendue publique. Il parlait au nom de la Mosquée de Québec.  

Peine de Bissonnette: la Mosquée de Québec «déçue»                

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
La Mosquée de Québec se dit déçue devant la décision de la Cour d’appel concernant Alexandre Bissonnette. «Ne me questionnez pas sur le pardon, le pardon n’est pas pour aujourd’hui, ça prend beaucoup, beaucoup de temps.»

Boufeldja Benabdallah, du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ), s’est adressé aux médias jeudi après-midi, quelques heures après que la décision de la cour soit rendue publique. Il parlait au nom de la Mosquée de Québec.  

«Tout le monde pense qu’il va passer sa peine, mais après 25 ans, il va ressortir et la vie continue. Ceux qui sont partis ne reviennent plus.» 

M. Benabdallah s’attendait à au moins 40 ans de prison ferme pour celui qui aura enlevé la vie de six personnes. 

Le tueur de la Grande Mosquée de Québec pourra présenter une demande de libération conditionnelle après 25 ans d’emprisonnement. La Cour d’appel vient d’accueillir son appel et de déclarer inconstitutionnel l’article de loi sur les peines consécutives. 

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«On se remet encore une fois à la justice, mais déception, c’est le mot qui nous vient à la bouche, au-delà du drame et de la gravité du geste qui a terrorisé notre communauté et qui a basculé gravement notre société dans son entièreté», a exprimé M. Benabdallah.  

«Nous respectons la justice, mais nous ne sommes pas convaincus qu’elle a rendu justice à la hauteur du drame, de ce crime haineux qui dépasse toute écriture et interprétation. […] Nous aurions aimé que la décision en soit une définitive, pour éviter que d’autres gestes dramatiques arrivent dans la société. Elle n’est pas dissuasive, je suis convaincu. C’est ce qui nous peine, ça ne va pas calmer les familles.» 

La Mosquée de Québec laissera le soin aux familles des personnes tuées de se prononcer. Pour l’instant, elle ne souhaite pas les «bousculer». 

«Quand on discute, les familles nous disent “on veut tourner la page”, je vous assure. On veut revivre avec nos enfants, on veut les faire grandir. Mais quand il y a une annonce comme aujourd’hui, ils n’ont pas le choix d’ouvrir la télé et se rappeler [du drame].» 

La Mosquée de Québec est peinée de la décision, son porte-parole croit que la peine devait être à la hauteur du crime commis envers la société. Il souhaite que ce cas serve d’exemple pour les actes de violence semblables qui pourraient être commis dans le futur. 

«Ce n’est pas par égoïsme qu’on est déçus, c’est par empathie envers la société québécoise qui nous a acceptés et dans laquelle nous vivons. Que les gens le sachent, nous ne sommes pas amers contre la société, nous sommes amers contre des décisions qui nous font reculer et qui font que la société risque de revivre des désastres plus tard», a martelé M. Benabdallah. 

Un recours devant la Cour suprême n’est pas écarté pour la Mosquée de Québec, toutefois, il est bien trop tôt pour se prononcer sur le sujet. 

«La Mosquée de Québec prendra le temps pour lire la décision et [demander] conseils auprès de spécialistes de la chose pour ensuite donner une suite à la décision. […] S’il faut aller jusqu’en haut, on va aller jusqu’en haut. Il faut que ce cas ne soit pas le cas d’un individu, c’est un cas sociétal», termine Boufeldja Benabdallah.