Peine crève-coeur pour un père de victime

John* vient de voir un trafiquant de drogue condamné à cinq ans de pénitencier et un fraudeur à presque quatre ans. Le pédophile récidiviste qui a touché sa fille de neuf ans écope, lui, de trois ans de prison.
Le père de famille avait bien besoin d'aller griller une cigarette, devant la façade du palais de justice de Québec, après avoir entendu la peine de Jean-Guy Thibaudeau.
L'accusé de 34 ans, résident de Portneuf, a reconnu que le 30 juin dernier, il a touché les fesses, la poitrine et les parties génitales de deux fillettes de neuf et cinq ans.
Il était alors en visite à Donnacona chez une amie, gardienne d'enfants.
Sara*, 9 ans, a compris tout de suite que l'homme n'avait pas le droit de la toucher ainsi. Elle lui a donné des claques pour qu'il enlève ses mains de sur elle. Sara en a tout de suite parlé à ses parents.
John est fier de la réaction de sa fille et content que le cauchemar se termine rapidement, sans que la petite ait à venir témoigner, «à faire partie de ce cirque-là», commente le père.
John lève son chapeau à la Sûreté du Québec et au procureur de la Couronne, qui ont travaillé vite et bien, estime-t-il.
Il est seulement découragé de vivre dans une société où les paramètres légaux font qu'un abuseur d'enfants écope, à ses yeux, d'une peine bien légère.
Depuis 2013, Jean-Guy Thibaudeau a fait cinq victimes. Il y a deux ans, il avait écopé d'une peine de 15 mois pour des attouchements sur trois jeunes filles.
Cette fois-ci, il a tout de suite avoué son crime à sa mère et réclamé de l'aide.
Thibaudeau vivait près d'une école, d'un CPE et d'un site de baignade. Au moment des dernières infractions, il lui était interdit de communiquer avec des jeunes de moins de 16 ans sans supervision.
Juge hésitant
Le juge Gilles Charest a longuement hésité. Il trouve la peine suggérée par la défense et la Couronne très clémente, même si le délinquant sera encadré et inscrit au registre des délinquants sexuels.
La jurisprudence enseigne toutefois qu'un juge doit entériner une suggestion commune à moins qu'elle ne soit déraisonnable.
Ce n'est pas le cas, finit-il par trancher, l'air sombre. 
Mais avant d'accepter, le juge Charest demande à John de se lever dans la salle d'audience. Il veut savoir ce que le père en pense. John comprend les limites légales, mais dit avoir le même malaise que le juge.
Le juge Charest formule à haute voix le souhait que la fillette n'ait pas trop de séquelles. «On travaille là-dessus tous les jours», répond John.
Le père sait qu'il en a pour longtemps encore à rassurer sa fille. «Elle me pose la question à tous les jours si le méchant est en prison, si elle va rencontrer d'autres méchants», témoigne John.
Et lui se demande maintenant comment faire confiance. Et à qui.
* Les prénoms ont été modifiés.