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La Sûreté du Québec avait établi un périmètre de sécurité autour de la scène du crime.
La Sûreté du Québec avait établi un périmètre de sécurité autour de la scène du crime.

Pas de prison pour un ex-militaire en choc post-traumatique

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
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Un ex-militaire en choc post-traumatique coupable d’un grave cas de rage au volant évite la prison; sa responsabilité était diminuée par des problèmes psychiatriques, tranche le tribunal, qui impose plutôt un sursis de peine à Alexandre Legault, 35 ans.

Le 28 mars 2015, à la hauteur de Saint-Marc-des-Carrières dans Portneuf, l’ancien militaire s’est engagé dans une poursuite sur plusieurs kilomètres avec un autre automobiliste fâché de s’être fait éblouir par des phares.

Ulcéré par des manoeuvres qu’il juge agressives, Alexandre Legault va tirer une décharge de plomb de calibre .410 en direction du pneu de l’autre conducteur.

L’autre véhicule n’est pas atteint, mais c’est la panique à bord; les trois enfants assis à l’arrière sont en larmes.

Le deuxième conducteur force Legault à s’arrêter dans une sortie de l’autoroute 40. Lorsqu’il voit son opposant s’approcher pour lui parler, le militaire pointe le bout du canon de l’arme .410 dans sa direction en lui ordonnant de reculer. Le militaire va ensuite faire marche arrière et repart en trombes. Il heurte l’autre conducteur, qui sera gravement blessé à une jambe. À ce jour, le père de famille garde encore des séquelles de cette blessure. 

Au terme de son procès, Alexandre Legault a été déclaré coupable de conduite dangereuse et de port d’arme dans un dessin dangereux. Pour toutes les autres accusations, le tribunal a prononcé un verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Alexandre Legault, membre des Forces armées canadiennes de 2002 à 2014, a été déployé lors de la dangereuse mission à Kandahar, en Afghanistan. Le militaire a fait des dépressions et a commencé à prendre une forte médication en 2014. Il a depuis reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique du combattant.

Ses avocats demandaient une absolution inconditionnelle. Legault a dû être détenu, a par la suite observé de strictes conditions de mise en liberté provisoire et a beaucoup cheminé grâce à des traitements, disaient-ils.

Le ministère public réclamait pour sa part 60 jours de détention. Il s’opposait à l’octroi d’une absolution, plaidant que pour un crime si violent, cette mesure nuirait gravement à l’intérêt public.

Le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec est d’accord qu’une absolution dans un tel cas risquerait de miner la confiance du public en l’administration de la justice.

Durant les mois qui ont précédé les délits, Alexandre Legault sombrait par moment dans la paranoïa, passant de longues heures sur les réseaux sociaux à s’inquiéter des manifestations parfois violentes au Québec. Il accumulait des grenades, des armes à feu et des munitions.

«Grenade prête à exploser»

Le soir de son altercation avec un autre automobiliste, Legault avait quitté Gatineau pour aller consulter son médecin à Québec, son arme chargée à portée de main. «Il savait qu’il était souffrant ce soir-là et conservait son arme avec lui», note le juge Tremblay.

En raison de ses troubles mentaux, une simple escarmouche sur la route, comme il s’en produit chaque jour, a eu des effets dévastateurs chez Alexandre Legault, évoque le juge Tremblay, comme si on avait «retiré la goupille d’une grenade prête à exploser».

Il serait contre-indiqué, estime le juge, de prononcer une peine d’emprisonnement, même courte. Le tribunal doit tenir compte de la longue lutte contre la maladie de Legault, un homme sans antécédent judiciaire, ainsi que de ses efforts soutenus pour se réinsérer socialement et se réadapter au monde civil.

Le tribunal accepte donc de surseoir à l’imposition de la peine durant une période de probation de deux ans. L’ex-militaire aura de plus l’interdiction de posséder des armes à feu et armes à autorisation restreinte pour dix ans et une interdiction à perpétuité pour les armes prohibées.