L’Autorité des marchés financiers mène depuis un peu plus d’un an une enquête au sujet de Dominic Lacroix, créateur d’une prétendue cryptomonnaie, le Plexcoin.

Pas d’argent, mais une piscine en vue

Le financier Dominic Lacroix le dit lui-même : sa conjointe et lui n’ont plus accès à quelque somme d’argent que ce soit depuis que l’AMF a fait bloquer leurs avoirs. Pourtant, ils ont demandé et obtenu un permis de la Ville de Québec pour faire creuser une piscine derrière leur luxueuse demeure de la Montagne-des-Roches à Charlesbourg.

Depuis un peu plus d’un an, l’Autorité des marchés financiers (AMF) mène une enquête au sujet de Dominic Lacroix, un financier de Québec âgé de 35 ans, créateur d’une prétendue cryptomonnaie, le Plexcoin, qu’il a vendu à des dizaines de milliers d’investisseurs, récoltant environ 15 millions $. Lacroix n’a jamais été inscrit comme courtier en valeurs mobilières.

Depuis juin 2017, l’AMF a obtenu diverses ordonnances de la cour pour bloquer les biens de Lacroix, de sa conjointe Sabrina Paradis-Royer et de leurs diverses sociétés afin de protéger les investisseurs.

Lacroix s’est fait construire une fastueuse maison valant 2,5 millions $ à Charlesbourg et a notamment eu l’usage d’une voiture Tesla, d’une Mercedes GLE et d’un T-Rex.

Le 3 août dernier, la Ville de Québec lui a octroyé un permis pour faire installer une piscine creusée dans sa cour arrière. Selon le permis, les entreprises MRA paysagistes sont mandatées pour faire les travaux.

Des travailleurs ont d’ailleurs été vus sur place au cours des derniers jours.

Dominic Lacroix se dit sans emploi. Ses deux entreprises, DL Innov et Micro-Prêts, ont été déclarées en faillite le 21 juin dernier.

Chasser l’administrateur provisoire

Depuis le 5 juillet, un administrateur provisoire, Emmanuel Phaneuf de l’étude Raymond Chabot, est chargé, par ordre de la cour, de garder l’œil sur les actifs, virtuels et réels, de Dominic Lacroix.

Les avocats du financier tenteront de convaincre la Cour supérieure mercredi de chasser cet administrateur qui est en conflit d’intérêt, allèguent-ils.

La maison-mère Raymond Chabot Grant Thornton possède la firme Conseil Catallaxy inc., une entreprise qui développe la technologie Blockchain et fait la promotion du Bitcoin, disent les avocats de Lacroix.

Cette entreprise se trouve donc à être un concurrent du Plexcoin de Dominic Lacroix, ce qui place Raymond Chabot Grant Thornton et toutes ses filiales en situation de conflit d’intérêt réel, ajoutent-ils.

Selon les plus récentes données, le Bitcoin vaut 6000 $US. Le Plexcoin serait évalué à 0,09 $US.

Dominic Lacroix réclame aussi l’éviction de l’administrateur provisoire pour protéger ses droits à un éventuel procès juste et équitable. Aucune accusation criminelle ni pénale n’a encore été déposée.

Avec la nomination de l’administrateur provisoire, l’AMF cherche de façon détournée à obtenir des éléments de preuve incriminants, croient les avocats de Lacroix.

Dominic Lacroix rappelle qu’il bénéficie d’une protection contre l’auto-incrimination et qu’il a le droit de ne pas aider l’État à le poursuivre.

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REVERS AUX ÉTATS-UNIS

Dominic Lacroix n’aura pas le choix de se défendre des deux côtés de la frontière.

Dans une décision rendue le 8 août à Brooklyn dans l’État de New York, la juge Carol Bagley Amon a donné raison à la Securities and Exchange Commission (SEC), le chien de garde des marchés financiers, et conclut que les tribunaux américains avaient juridiction pour poursuivre le Canadien Dominic Lacroix, ses sociétés ainsi que sa conjointe Sabrina Paradis-Royer, 26 ans.

Selon les enquêtes de la SEC et de l’Autorité des marchés financiers (AMF), Lacroix a amassé 15 millions $ en vendant sur le Web sa cryptomonnaie, le Plexcoin, à 90 000 investisseurs, dont un bon nombre aux États-Unis.

Dans ses documents de cour, la SEC qualifie la manœuvre de stratagème frauduleux. 

Contacts suffisants

Dominic Lacroix a eu suffisamment de contacts avec le pays de l’Oncle Sam pour donner juridiction aux tribunaux américains, estime la juge. 

Lacroix s’est rendu à Boston avec sa conjointe au début de la levée de fonds virtuelle, en 2017. Il a ouvert plusieurs comptes dans des services de paiement basés aux États-Unis et a fait connaître sa cryptomonnaie aux Américains grâce à Internet.

La juge américaine note que Facebook a été l’allié principal de Lacroix pour faire connaître le Plexcoin au plus grand nombre de personnes possible.