Le député Gerry Sklavounos

Pas d'accusation contre Gerry Sklavounos

Soulagé qu'aucune accusation ne soit déposée contre lui, le député Gerry Sklavounos entend reprendre son travail à l'Assemblée nationale «le plus rapidement possible». Reste à voir s'il retrouvera sa place au caucus libéral.
Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a conclu «qu'aucun acte criminel n'a été commis» par M. Sklavounos, visé par des allégations d'agression sexuelle.
Sur sa page Facebook, le député Sklavounos, qui a été exclu du caucus libéral l'automne dernier, a fait savoir qu'il comptait «reprendre pleinement, et le plus rapidement possible, [ses] activités au nom des citoyens de Laurier-Dorion». 
«Dès le premier instant, j'ai maintenu mon innocence qui se voit aujourd'hui confirmée par cette décision», écrit M. Sklavounos. 
Le DPCP indique que la plaignante, Alice Paquet, qui a soutenu avoir été agressée deux fois par le député au printemps 2014, a été informé du résultat de l'analyse du dossier pour «lui expliquer les motifs qui sous-tendent cette décision». 
«C'est vrai»
En entrevue au journal Le Devoir, Alice Paquet a exprimé hier sa déception. «Ce que j'ai vécu, de A à Z, c'est vrai. Et c'est ça qui est aberrant, c'est ce qui me choque.»
La présidente du caucus libéral, la députée Nicole Ménard, a indiqué que la décision de réintégrer ou non M. Sklavounos au sein du caucus sera prise par les députés «la semaine prochaine». 
La députée péquiste Carole Poirier, porte-parole en matière de condition féminine, demande aux libéraux de s'assurer que le cas Sklavounos respecte les politiques de l'Assemblée nationale en matière de harcèlement. Elle laisse par contre au PLQ le soin de décider s'il doit être réintégré dans le caucus. 
«Une femme qui prend la parole pour dire qu'elle a subi des sévices, qu'elle a été violentée, je vais lui témoigner ma solidarité», a déclaré Mme Poirier. 
La réaction de la Coalition avenir Québec a été laconique. «Le DPCP a fait son travail et nous ne ferons pas d'autres commentaires», a dit le porte-parole Samuel Poulin. 
La solidaire Manon Massé continue de croire Alice Paquet. «J'en réfère à la conscience du premier ministre, a-t-elle déclaré. Ils [les libéraux] ne cessent de répéter qu'ils sont pour l'égalité entre les hommes et les femmes, qu'ils sont prêts à agir pour que cesse la culture du viol...»
Déclaration originale
Le 19 octobre, dans le cadre de la vigile en soutien aux victimes de la série d'agressions sexuelles survenues dans une résidence de l'Université Laval, Mme Paquet a pris le micro pour faire une dénonciation. Elle a soutenu avoir été agressée par un député. «On a voulu protéger l'agresseur parce qu'il a un siège à l'Assemblée nationale, parce que c'est un homme important, parce que sa carrière est plus importante que ce que j'ai vécu», a-t-elle lancé. 
Dès le lendemain, M. Sklavounos a été exclu du caucus du PLQ. Des contradictions ont été soulevées dans les différents témoignages offerts par Mme Paquet aux médias.
Le regroupement CALACS qualifie la décision de recul important
La décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales de ne pas porter d'accusations contre Gerry Sklavounos marque un recul au Québec dans la lutte contre les agressions sexuelles, selon le regroupement québécois CALACS.
«C'est toujours des nouvelles qui sont reçues difficilement», avoue au bout du fil Stéphanie Trembay, porte-parole du Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). «On en a soutenu une et une autre survivante qui a eu ce genre de verdict ou aucune accusation n'a été posée. On persiste avec le même message : on vous croit.»
Il ne faut surtout pas confondre absence d'accusation et innocence dans des cas comme celui d'Alice Paquet et Gerry Sklavounos, met en garde Mme Tremblay. 
«Il n'y a pas d'accusations pour la simple et unique raison que les procureurs n'ont pas assez de preuves. Dans bien des cas comme celui-ci, les procureurs de la Couronne vont prendre la peine de rencontrer la victime pour lui dire qu'ils la croient, mais que ça ne sert à rien d'amener la cause en Cour», explique la porte-parole du Regroupement CALACS, qui chapeaute notamment Viol-Secours, à Québec. 
La nouvelle de jeudi n'a donc pas été accueillie avec beaucoup de surprise, dans les CALACS. On croit tout de même qu'en raison du caractère très public de l'histoire d'Alice Paquet, le dénouement risque d'avoir des conséquences graves. 
«Quel effet pensez-vous que ça va avoir sur les survivantes qui pensaient dénoncer leur agresseur? Ça a vraiment un effet dissuasif», pointe Stéphanie Tremblay. Sans compter l'impact sur les autres victimes qui ont tenté sans succès d'accuser ou condamner leur agresseur, ajoute-t-elle.
Parallèle avec le cas Ghomeshi 
C'est que déjà jeudi, sur les réseaux sociaux, Gerry Sklavounos était désormais dépeint par plusieurs comme la vraie victime d'une dénonciation mensongère. 
«La réaction de la population en général, c'est terrible. Même dans le cas de Jian Ghomeshi, il y a eu des accusations, et les gens doutaient encore de la véracité du témoignage des victimes. Quel message envoie-t-on aux autres survivantes? C'est ça la culture du viol.» (Ghomeshi a été reconnu non coupable de tous les chefs d'accusation d'agression sexuelle pesant contre lui.)
Le Regroupement québécois CALACS respecte le travail du Directeur des poursuites criminelles et pénales, précise la porte-parole. Le principe de présomption d'innocence ne doit pas disparaître non plus. «Mais notre système de justice n'est vraiment pas adapté à la violence sexuelle. C'est vraiment la parole de l'un contre la parole de l'autre. Fondamentalement, il y a quelque chose qui ne fonctionne pas.»  Guillaume Piedboeuf