Les six élèves du Séminaire des Pères Maristes de 12 et 13 ans soupçonnés d’avoir partagé des photos explicites de jeunes filles de leur école pourront reprendre leurs cours en septembre prochain.

Partage de photos explicites: les fautifs pas expulsés du Séminaire des Pères Maristes

Mettre définitivement à la porte du Séminaire des Pères Maristes les six garçons de 12 et 13 ans soupçonnés d’avoir partagé des photos explicites de jeunes filles n’aurait pas été la solution, selon le directeur François Sylvain. Il estime aussi qu’une telle politique serait difficilement applicable dans l’ensemble des écoles du Québec.

«Une situation inacceptable est survenue et la priorité était que ce comportement inadmissible cesse, ce qui a été le cas. Mais est-ce que ça prend à tout prix une expulsion permanente?» se demandait M. Sylvain mardi.

Le directeur a rediscuté du dossier avec Le Soleil quelques jours après l’annonce de la réintégration des garçons l’an prochain, qui a soulevé la colère de quelques parents, mais aussi amené des félicitations de la part d’autres. «La solution facile aurait été de mettre les élèves à la porte, mais j’ai une inquiétude. Je me demande si, dès qu’il y aura une victime dans une situation X, il faudra mettre l’agresseur à la porte? Si c’est le cas, ce sera difficile d’appliquer cette mesure-là dans l’ensemble des écoles du Québec», a-t-il déclaré.

Il ajoute que s’il avait mis les garçons à la porte et qu’en fin de compte, aucune accusation criminelle n’était déposée contre eux, leurs parents blâmeraient le Séminaire de ne pas avoir respecté la présomption d’innocence.

Opinions divergentes

Dans ce dossier, la Direction de la protection de la jeunesse a estimé que les garçons ne devaient pas être en contact avec les jeunes filles, sauf dans le contexte scolaire. «Nous sommes allés plus loin pour donner un break aux filles et, pendant les deux derniers mois de l’année scolaire, les garçons ont été scolarisés dans une annexe du Séminaire pour qu’ils ne soient pas en contact avec les filles», explique François Sylvain.

Le directeur avoue qu’en plus des parents des trois jeunes filles, deux autres l’avaient contacté pour critiquer la décision du Séminaire de réintégrer les garçons l’an prochain en plus de trois qui s’étaient inquiétés de cette possibilité quand les événements ont éclaté. 

Il précise cependant que trois ou quatre parents ont salué la décision. «Un parent m’a écrit qu’il était totalement en accord avec notre orientation et affirmait que ça le confortait dans son choix d’envoyer son enfant au Séminaire. Il était heureux d’avoir choisi une école qui choisit d’éduquer au lieu d’exclure.» 

Malaise

Même s’il sait qu’un malaise subsistera à la rentrée, le directeur croit que le Séminaire sera capable d’y faire face. «Je pense qu’on pourra relever le défi de faire cohabiter tout ce monde-là ensemble en 2018-2019. Cependant, si jamais le tribunal prononçait un interdit de contact, nous le respecterions», assure-t-il.

«On peut imaginer qu’il y aura un inconfort la première fois qu’une des filles croisera l’un des garçons dans le corridor en août, mais je ne pense pas qu’il sera impossible à surmonter. C’est un peu comme pour une personne qui a eu un accident de la route et qui a de la difficulté à conduire par la suite. Il y a un exercice de désensibilisation à faire auprès des victimes par rapport aux suspects», poursuit-il.

Mandat

M. Sylvain croit fermement que le Séminaire a un mandat à remplir non seulement envers les jeunes filles, mais aussi envers les garçons impliqués dans cette affaire. «Notre mandat est d’aider ces jeunes-là à devenir de bons citoyens», explique-t-il, ajoutant que les six garçons seront suivis de près et qu’il s’attend d’eux qu’ils aient un comportement exemplaire. 

«Leurs parents collaborent bien avec nous. On sera aux aguets dès la première journée et par la suite aussi. Ils seront surveillés par les membres du personnel», assure-t-il, rappelant cependant que ces jeunes habitent presque tous le même quartier et qu’ils étaient amis avant les événements. 

Enfin, François Sylvain admet que, tant du côté des parents des garçons que de ceux des filles, certains sont en réflexion à savoir s’ils inscriront de nouveau leur adolescent au Séminaire l’an prochain. «Cependant, à ma connaissance, personne n’a encore pris de décision finale à ce sujet», conclut-il.