Panique au terminal

Les États-Unis ont été endeuillés vendredi par une nouvelle fusillade dans une foule paniquée, quand un homme a ouvert le feu à l'aéroport international de Fort Lauderdale en Floride, faisant cinq morts et 37 blessés avant d'être interpellé.
Le tireur a été identifié sous le nom d'Esteban Santiago. C'est un ancien soldat américain de la Garde nationale de Porto Rico et de l'Alaska, a indiqué à l'AFP un responsable du ministère de la Défense.
Le suspect a quitté l'armée en août dernier et était porteur d'une carte d'identité militaire. Il a été déployé en Irak d'avril 2010 à février 2011. Un porte-parole militaire a indiqué que Esteban Santiago avait été licencié de la garde nationale de l'Alaska en raison d'un «rendement insatisfaisant». Le lieutenant-colonel Candis Olmstead n'a pas fourni plus de détails sur le congédiement de l'individu de 26 ans, survenu en août 2016. 
Les autorités ne se sont pas avancées sur les motifs du tireur jusqu'à maintenant. Le frère du suspect a toutefois dit à l'Associated Press qu'il avait reçu des traitements psychologiques lorsqu'il résidait en Alaska.
Esteban Santiago est né au New Jersey, mais il a déménagé à Porto Rico lorsqu'il avait deux ans, selon son frère, Bryan.
Pas Canadien
Malgré des informations qui ont circulé, le tireur ne provenait pas du Canada et aucun transporteur canadien n'est impliqué dans les événements, a affirmé Affaires mondiales Canada.
Un responsable de la Floride avait confié plus tôt à l'Associated Press que le suspect était arrivé d'un vol canadien avec un fusil dans ses bagages enregistrés.
Le transporteur Air Canada a toutefois affirmé qu'il n'avait aucune donnée au nom du suspect dans ses dossiers et qu'il n'avait enregistré aucun fusil sur ses vols à destination de Fort Lauderdale.
Affaires mondiales Canada et le ministère de la Défense disent aussi n'avoir reçu aucune demande d'assistance de la part des autorités américaines.
Une porte-parole de l'ambassade canadienne a aussi affirmé dans un courriel transmis à l'Associated Press que le suspect n'avait aucun lien avec le Canada.
«Nous avons appris des responsables qu'il (le suspect) était à bord d'un vol en partance d'Anchorage (en Alaska), qui a transité par Minneapolis, et qui a atterri à Fort Lauderdale», a expliqué Christine Constantin.
Le commissaire du comté de Broward, en Floride, Chip LaMarca avait relaté que le suspect, après avoir ramassé son sac, aurait pris son fusil, qu'il aurait chargé dans la salle de bain, et aurait commencé à tirer sur la foule.
«Des tirs viennent de retentir»
Les témoins ont décrit des voyageurs fuyant en courant et en criant. «Des tirs viennent de retentir. Tout le monde court», a ainsi tweeté l'ancien porte-parole de George W. Bush, Ari Fleischer, qui se trouvait sur place.
Jorge Curiel était en train de déjeuner en compagnie de ses enfants dans un restaurant de l'aéroport quand les gens autour de lui se sont mis à courir. Il a d'abord voulu se réfugier avec d'autres voyageurs dans les cuisines de l'établissement.
Mais là, a-t-il relaté à l'AFP, «les gens tenaient des couteaux, alors j'ai fait sortir mes enfants par les escaliers de secours».
«Beaucoup de gens criaient, il n'y avait pas de policier ni de personnel aéroportuaire», a-t-il poursuivi. «Nous avons plongé sous un chariot à bagage car on ne savait pas ce qui se passait».
«Calme» du tireur
Un témoin a décrit avoir entendu ce qu'il a cru d'abord être des détonations de pétards, avant que n'éclatent les cris de passagers tentant frénétiquement de fuir l'auteur de l'attaque, dans la zone de récupération des bagages.
«Il tirait sur les gens au hasard», a relaté Mark Lea, sur l'antenne de MSNBC, en précisant que le tireur avait une arme de poing et plusieurs chargeurs.
«Il est resté calme tout le temps», a-t-il ajouté, en précisant que l'homme avait visé les personnes qui tentaient de se cacher.
Le suspect n'a selon lui pas cherché à fuir. Après avoir épuisé ses munitions, il a posé son arme et s'est laissé interpeller sans combattre.
«Aucun policier n'a fait feu», a confirmé le shérif du comté de Broward, Scott Israel, dans une conférence de presse dans l'aéroport.
La police a précisé avoir été alertée à 12h55 et a demandé au public de ne plus appeler le numéro d'urgence 911, saturé, pour tenter d'avoir des nouvelles.
Les blessés ont été évacués vers des hôpitaux de la région, selon les autorités.
Selon des enquêteurs fédéraux cités par CBS News, un homme correspondant au signalement d'Esteban Santiago est entré il y a deux mois dans un bureau du FBI à Anchorage, affirmant que les autorités l'avaient contraint à regarder des vidéos de l'État islamique.
Préoccupés par son état mental, les agents du FBI avaient conduit l'individu dans un hôpital psychiatrique.
Trump et Obama informés
«Ce genre de tragédies s'est produit trop souvent durant les années où j'ai été président», a déploré Barack Obama dans une entrevue à ABC News, disant avoir «le coeur brisé» en pensant aux familles des victimes. «Je pense que nous saurons d'ici 24 heures exactement comment c'est arrivé et ce qui a motivé cet individu».
«Je suis la situation horrible en Floride», a tweeté le président élu Donald Trump. «Pensées et prières. Faites attention!»
Le gouverneur républicain de Floride Rick Scott s'est rendu à Fort Lauderdale, a-t-il indiqué dans des tweets en anglais et en espagnol, compte tenu de l'importante population d'origine hispanique vivant en Floride.
Le bureau du ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a indiqué qu'il n'avait aucune information selon laquelle il y aurait des victimes ou des blessés canadiens.
Aucun employé ou client d'Air Canada ne fait partie des victimes, a indiqué un porte-parole de l'entreprise, Peter Fitzpatick. Tous les passagers devant embarquer sur un vol de la compagnie ont été évacués en toute sécurité sur le tarmac.  Avec AP
La fusillade de l'aéroport de Fort Lauderdale a semé la panique parmi les voyageurs. Certains ont évacué vers le tarmac, d'autres se sont cachés comme ils ont pu.
Des échos jusqu'à Québec
«C'est sûr que ça nous touche, quelque part. On a des vols directs entre l'aéroport de Québec et celui de Fort Lauderdale, et c'est une destination très populaire des Québécois.»
La fusillade à Fort Lauderdale n'a pas concrètement affecté les opérations à l'aéroport de Québec, vendredi, mais le drame est loin d'avoir été accueilli avec indifférence, expliquait le porte-parole de l'établissement, Mathieu Claise, en fin de journée. 
Heureusement, aucun vol ne quittait Québec pour Fort Lauderdale, vendredi. Des départs de Sunwing et d'Air Transat sont toutefois prévus vers l'aéroport floridien, samedi matin. «Pour l'instant, les départs sont maintenus. Je ne crois pas que ça change, mais on invite les gens à contacter leur compagnie aérienne demain pour s'en assurer.»
La tragédie de vendredi a affecté le personnel de l'aéroport de Québec, reconnaît Mathieu Claise. La sécurité, par contre, demeure inchangée. C'est que l'établissement aérien était déjà en état de «vigilance accrue» depuis les attentats de Paris, en novembre 2015. 
«Ce qui est important de dire aux gens, c'est que l'on continue d'être vigilants, avec de la sécurité et des caméras 24 heures sur 24.»
Transport aérien d'armes : «pas hors du commun»
L'attaque de vendredi commençait déjà à faire des vagues, en fin de journée, aux États-Unis, à propos de la réglementation pour le transport aérien d'armes à feu.
Même au Canada, il n'est pas rare que les passagers voyagent avec une arme dans leurs bagages, explique le porte-parole de l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) Mathieu Larocque. «Ce n'est pas hors du commun, loin de là. Il y a des chasseurs qui vont dans le Nord ou aux États-Unis. Des policiers et des militaires, aussi. Même des gens qui vont faire des concours de tir.» 
Qu'en est-il de la réglementation canadienne pour le transport de ces armes? «Ce sont les compagnies aériennes qui sont responsables d'établir la procédure à suivre pour leurs passagers, selon les directives que l'on émet», explique Mathieu Larocque. 
La partie imposée dans la marche à suivre est la suivante. D'abord, le passager doit déclarer son arme au comptoir. L'arme doit ensuite être placée dans un boîtier verrouillé, et les munitions, s'il y a lieu, dans un autre boîtier séparé. 
Pour ce qui est de la récupération de l'arme une fois à destination, l'ACSTA n'a pas de mot à dire sur la marche à suivre. «Nous, on régit l'embarquement. À l'arrivée, c'est la responsabilité des compagnies aériennes et des aéroports.»  Guillaume Piedboeuf