Les patrouilleurs Jérôme Gaudreault et Keven Tremblay ont écouté leur instinct de policier, mardi soir, pour secourir une femme prise au piège de son appartement. Ils seront de retour au travail dès vendredi, bien qu’ils ne refuseraient pas des petites vacances !

«On a fait notre travail»

« On voyait ça comme un shift comme les autres. » Au lendemain de l’incendie qui a ravagé un immeuble à logements à Chicoutimi mardi soir, les policiers Keven Tremblay et Jérôme Gaudreault, qui ont sauvé une dame prisonnière à l’étage, voient leur intervention comme un travail d’équipe plutôt qu’un geste héroïque.

Le duo de patrouilleurs a rencontré les médias mercredi après-midi en compagnie de leurs supérieurs, au quartier général de la Sécurité publique de Saguenay, à Arvida. Les deux hommes originaires de la région semblaient presque étonnés de l’intérêt des journalistes envers ce sauvetage sur la rue Gendron, dans le secteur de la côte de la Réserve.

« On a juste fait notre travail. N’importe quel policier aurait agi comme ça. N’importe quel citoyen aurait tout tenté pour aider la femme », répond modestement l’agent Tremblay, qui travaille pour le service depuis sept ans. Pourtant, l’initiative de son collègue et lui a certainement été cruciale pour la sexagénaire, qui était restée dans son appartement pour chercher son chat. L’escalier qui menait au logement a rapidement été l’assaut des flammes.

« Nous avons reçu l’appel vers 23 h 35. Les témoins mentionnaient de la fumée et des flammes, pas trop de détails. Nous étions déjà près de La Pulperie pour un appel de bruit, relatent les policiers. Nous nous sommes mis en direction. Sur place, il y avait à peu près 10 personnes qui couraient, en panique. Tout le monde était sorti sauf une dame, qui ne donnait pas signe de vie. On avait aussi le goût de courir partout, mais nous étions en contrôle. »

Le brasier était déjà généralisé. « En passant par le côté, sur la rue Alain, on pouvait voir des flammes de 15 pieds », décrit l’agent Gaudreault, embauché il y a un an. Il a auparavant travaillé quatre ans dans le Grand Nord comme policier. Ce dernier a lancé un appel à tous, et deux citoyens lui ont apporté une échelle. Pendant qu’ils étaient en train de l’installer pour être en mesure d’atteindre l’appartement, la femme est sortie sur son balcon.

« Elle nous criait de venir pour l’aider à chercher son chat », se remémore Keven Tremblay, qui est monté dans l’échelle pour secourir la sexagénaire, très inquiète. Le sort de la pauvre bête demeure inconnu. L’image de la femme émergeant d’un épais nuage noir de fumée a marqué son esprit. « Je me suis dit ‘‘ayoye’’, elle est encore debout. Ça s’annonçait très mal… »

Si la locataire était restée plus longtemps à l’intérieur, elle aurait probablement perdu conscience. Elle a été confiée aux ambulanciers, qui n’ont remarqué aucune blessure grave, mais surtout un état de choc. La dame a attendu les services de la Croix-Rouge canadienne quelques heures avec les agents, qui ont terminé leur quart de travail vers 4 h mercredi matin.

Devoir d’aide

« Nous avons une obligation d’agir, mais normalement il ne faut pas mettre sa vie en danger. Notre instinct d’aide de policier a été très fort. Même les voisins voulaient aider. Ils ont déjà fait beaucoup en appelant le 911 et en réveillant les autres occupants. C’était un gros travail d’équipe », résument les patrouilleurs. Ils n’auraient probablement pas hésité à entrer dans l’appartement, si la dame ne s’était pas montrée, puisque le feu était surtout concentré à l’arrière.

En pareille situation, l’évaluation des risques est primordiale. « Il faut se demander si on est capable de sauver la personne, ou si on va rester pris à l’intérieur et donner plus de travail aux pompiers, explique Jérôme Gaudreault. On ne s’est pas mis en danger outre mesure. »

« On ne se considère pas comme des héros », renchérit son partenaire, qui rappelle l’importance de garder son sang-froid. 

Le chef aux opérations du Service de sécurité incendie est arrivé quelques minutes après que le sauvetage se soit déroulé. Sa première posée aux policiers était : « Est-ce qu’il reste des gens à l’intérieur ? »

Les patrouilleurs Jérôme Gaudreault et Keven Tremblay pouvaient être fiers de répondre que non.

La jeune Tayna Lacasse a aidé ses voisines à évacuer le bâtiment.

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TANYA A LANCÉ L'ALARME

Voisine arrière du bâtiment incendié, Tayna Lacasse, 15 ans, a perçu en premier la fumée du brasier en croissance et a réveillé les occupants du logement au rez-de-chaussée, faisant preuve d’une grande persévérance.

«J’étais dehors et j’ai senti l’odeur de la fumée. Je suis entrée le dire à mon père, mais il me disait que j’hallucinais. J’y suis retournée et là, j’ai vu les flammes. On a appelé les policiers et on a procédé au début de l’évacuation», raconte celle qui commence à avoir l’habitude des entrevues, après cette intense nuit.

L’adolescente s’est rendue à la porte de l’appartement au rez-de-chaussée. «J’ai cogné, cogné, cogné... Si on ne me répondait pas, je rentrais!»

Finalement, une mère et sa petite fille, qui dormaient, se sont réveillées et sont sorties. Pour la locataire du haut, il aura fallu attendre les policiers pour l’évacuer. Tayna se remémore leur travail avec admiration. «Ils ont gardé leur sang-froid et été très dynamiques.»

L’étudiante de l’école secondaire Charles-Gravel n’a pas dormi de la nuit, avoue-t-elle. Elle a dû se rendre à l’hôpital après avoir été incommodée par la fumée. Mercredi après-midi, après son quart de travail dans un restaurant du centre commercial, elle se sentait beaucoup plus légère.

«Je me sens bien en pensant que j’ai aidé à sauver des vies. Sans moi, ces personnes seraient peut-être mortes. Elles s’en sont sorties sans une égratignure. Les infirmières m’ont dit que j’avais fait quelque chose d’extraordinaire.»

Son père, Éric Potvin, est bien fier de sa fille. «Il a fallu qu’elle me convainque un peu, admet-il. Le principal, c’est que tout le monde soit en santé. C’est assez exceptionnel ce qu’on a vécu. La prochaine nuit va faire du bien!»