Sur l'avenue de Gaulle, plusieurs citoyens se sont rendus à l'endroit où a été retrouvée la petite Rosalie pour déposer toutous, fleurs et autres pensées pour l'enfant et ses proches.

Ne pas tenter de cacher le drame aux enfants

Un drame comme la mort violente de la petite Rosalie Gagnon, deux ans, qui aurait reçu une dizaine de coups de couteau, et l’arrestation de sa mère Audrey Gagnon a tout pour bouleverser une communauté. Il ne faut pas pour autant tenter de le cacher aux enfants qui s’interrogent, selon Josée Masson, présidente et directrice générale de l’organisme Deuil-Jeunesse.

Combien d’enfants ont demandé à leurs parents pourquoi plusieurs animaux en peluche se trouvaient à l’endroit où a été découvert le corps de la petite Rosalie? Selon Mme Masson, il faut répondre avec simplicité et vérité et, surtout, ne pas tenter de cacher le drame. «On peut leur dire que dans la vie, il y a de belles choses et de mauvaises choses et que malheureusement, une petite fille a été tuée et que sa maman a été arrêtée», explique-t-elle, ajoutant qu’on peut aussi en profiter pour les rassurer.

«On en profite pour leur dire qu’on les aime, on leur explique qu’heureusement, dans notre pays, ce sont des choses qui arrivent très rarement. On peut aussi leur dire que s’ils ont d’autres questions, s’ils entendent des choses qui leur font peur, on est là pour les écouter et en parler avec eux», poursuit-elle en indiquant que les enfants ne sont pas dupes et entendront de toute manière parler du drame, surtout en cette époque où les réseaux sociaux sont omniprésents.

Peur du trauma

«Ma fille est arrivée de l’école primaire et m’a dit qu’un enfant avait été charcuté et mis dans une poubelle... Alors si papa ou maman n’en parle pas, ce sera peut-être le grand frère ou la grande sœur du primaire ou du secondaire qui va le dire. En s’assoyant avec eux et en en parlant calmement, ça ne les traumatisera pas. Et il est important que ce soient les parents qui répondent aux questions des enfants plutôt que les médias sociaux!» poursuit celle qui considère que cette «peur du trauma» très présente chez les parents d’aujourd’hui n’est pas nécessairement une bonne chose.

«On a de la difficulté à avouer à nos enfants que dans la vie, il n’y a pas juste du beau. Pourtant, on lit Blanche-Neige et la Reine demande au chasseur de lui rapporter le cœur de Blanche-Neige et dans le Roi Lion, il y a un personnage qui lance son propre frère en pâture aux hyènes! On n’aide pas nos enfants en faisant comme si les drames n’existaient pas», avance Mme Masson.

Celle-ci se souvient d’ailleurs très bien que, durant sa propre enfance, la disparition de la petite Mélanie Decamps, cinq ans, enlevée et retrouvée morte en 1983 à Drummondville, avait retenu l’attention de tout le Québec. «Mes parents ne fermaient pas la télé durant les bulletins de nouvelles, j’étais au courant. Il suffit d’en parler et de l’expliquer avec les bons mots. Comme ça, ça peut aider nos enfants à réaliser que la vie, ce n’est pas toujours des bonbons et de la ouate.»

Josée Masson indique que, pas plus tard que vendredi, elle a entendu un jeune garçon aborder le sujet avec son père dans la salle d’attente. «N’oublions pas que le pire drame est celui qui nous arrive et nous touche directement. C’est plus simple de parler d’un drame comme ça que d’aborder un sujet comme la mort d’un parent ou d’un proche. Les enfants qui fréquentent Deuil-Jeunesse ont tous vécu de gros drames. Il n’y a pas un décès qui soit pire ou moins pire», conclut Mme Masson.