Claudette Servant et Victorien Vallée ont été assassinés il y a 25 ans. Le meurtre n'a toujours pas été résolu.
Claudette Servant et Victorien Vallée ont été assassinés il y a 25 ans. Le meurtre n'a toujours pas été résolu.

Meurtre non résolu du couple Servant-Vallée: 25 ans plus tard, le chagrin toujours aussi vif

Pour Johanne Vallée, la douleur est toujours aussi vive, 25 ans après l’assassinat de ses parents, Claudette Servant et Victorien Vallée. Son deuil est d’autant plus difficile à faire, puisque ce crime survenu dans le secteur de Tourelle à Sainte-Anne-des-Monts, en Haute-Gaspésie, est demeuré impuni. Témoignage poignant de l’aînée des trois enfants du couple qui dit être en choc post-traumatique depuis le 29 mai 1995, premier jour de cette sordide histoire.

Pour Johanne Vallée, cet événement est comme une plaie qui ne s'est jamais refermée, même après un quart de siècle. «Ça ne change pas. Cette semaine, j'avais un motton dans la gorge. Je savais que la journée s'en venait, puis je l'appréhendais parce que c'est vraiment triste. On se sent mal. Ça fait une semaine et plus que je fais des crises d'angoisse et que je manque d'air. Ça a détruit toute ma vie parce que j'ai trop eu de peine, j'ai trop cherché, j'ai trop pleuré et je pleure encore. Ce n'est pas une vie facile à vivre! C'est une vie qu'il faut gérer, malgré les difficultés, pour avoir une vie normale à travers tout ça.»

Pour se consoler, la femme aujourd'hui âgée de 59 ans apprécie les petits bonheurs qui, à travers son chagrin qui ne s'est jamais atténué avec le temps, surviennent à l'occasion. «Mes parents nous font vivre de belles choses, même s'ils sont décédés, croit-elle. Ils ont une permission spéciale pour être là pour nous aider et pour nous faire vivre des choses que personne ne pourrait vivre à part nous autres.» À titre d'exemple, Mme Vallée raconte l'histoire de sa nièce Claudia qui, pour souligner ce triste anniversaire, a acheté des roses pour sa mère Manon. Sans le savoir, elle a placé les fleurs dans une théière qui avait appartenu à ses grands-parents qu'elle n'a pas connus, étant née deux ans après leur décès. «Ma sœur, quand elle a vu ça, elle a pleuré, mentionne Johanne Vallée. On a toujours eu des choses comme ça: des petits bonheurs à travers notre malheur.» Les plus beaux moments sont aussi ceux qu'elle vit avec ses petits-enfants. «Mes petits-enfants me gardent en vie!»

Révolte

Tous ces petits bonheurs ne parviennent toutefois pas à atténuer la colère que Johanne Vallée ressent. «J'ai de la révolte parce qu'ils ne reposent pas en paix, aujourd'hui encore, et moi non plus, confie-t-elle, la voix étranglée par l'émotion. Ça me détruit à petit feu parce que ça fait mal, ce qu'on a vécu, et on est toujours obligés de revivre la même chose. Toutes les fois, c'est sûr qu'on a de la peine, puis on pleure. Après 25 ans, c'est aussi dur. C'est comme si c'était la première année qu'on passait sans nos parents. Je vis ça de même et ma sœur le vit comme ça aussi.»

La quinquagénaire estime que si le ou les meurtriers étaient enfin arrêtés, elle se sentirait beaucoup plus résiliente. «J'irais au cimetière et je dirais que mes parents peuvent reposer en paix. De trouver les assassins, ce serait le plus beau cadeau que je ne pourrais pas avoir de toute ma vie parce qu'après ça, ce serait fini.»

C'est dans cette maison de la rue Champlain, dans le secteur de Tourelle à Sainte-Anne-des-Monts, que se serait joué le drame.

Incompréhension

Même si le ou les auteurs du double homicide étaient accusés, «l'incompréhension reste là», selon Johanne Vallée, d'autant plus qu'elle dit les connaître et qu'ils sont tous vivants. «Quand on sait qui ont commis ces gestes-là, c'est encore pire pour nous autres.» C'est d'ailleurs l'une des raisons qui, ajoute-t-elle, l'ont poussée à quitter la localité où est survenu le double meurtre. «Quand je suis partie de Tourelle, c'était parce que je n'étais plus capable de vivre à la même place que les assassins, indique la dame qui habite aujourd'hui à Rimouski. Mes parents sont enterrés, mais les assassins sont toujours en liberté.»

Johanne Vallée affirme n'accorder aucune confiance aux policiers chargés de l'enquête à la Sûreté du Québec (SQ). «J'ai tellement eu d'indices que j'ai donnés à des enquêteurs! Je ne crois plus en eux. Ça fait mal de savoir que la police ne peut rien faire. J'ai de la misère à vivre avec ça.» Elle croit que le mobile du crime tourne autour d'une question d'argent. «La seule erreur que mes parents ont pu faire dans cette histoire-là, c'est de prêter des sous.»

Publication d'un livre

Johanne Vallée a écrit un ouvrage intitulé Ma vie, mon enfer, paru le 28 novembre 2017, jour de l'anniversaire de mariage de ses parents. Si son livre n'a pas eu les échos escomptés, il a au moins eu un effet cathartique. Outre l'histoire de sa vie qui a suivi l'assassinat de ses parents, elle a pu, pour la première fois, révéler les abus sexuels dont elle aurait été victime lorsqu'elle était enfant. «J'ai porté plainte et 50 ans après, j'ai réussi à faire condamner quelqu'un. Ça prouve que j'avais raison, que je n'étais pas folle!»

Même si l'espoir de retrouver le ou les meurtriers de ses parents s'estompe avec le temps, Johanne Vallée continue tout de même à croire qu'un jour, des langues se délieront. Elle est persuadée que certaines personnes savent quelque chose, mais que les menaces les contraignent au silence. «Quand on a du coeur, il me semble qu'on devrait mal vivre avec ce qu'on a fait de mal dans notre vie!» Si ce jour arrive, Mme Vallée pourra terminer son deuxième livre qui lui permettra «de mettre une fin, de fermer la boucle».

Le mystère plane

Le matin du 29 mai 1995, Claudette Servant et Victorien Vallée, un couple sans histoire du secteur de Tourelle, à Sainte-Anne-des-Monts, sont portés disparus. Le cadre de la porte arrière de leur maison a été forcé. Des traces de sang et les lunettes cassées de M. Vallée témoignent d'une certaine violence. Son porte-monnaie est sur les lieux, avec son contenu. La voiture du couple n'est plus au garage, dont la grande porte est ouverte.

La SQ demande l'aide du public pour les assister dans ses recherches. Le jour même, sur l'heure du dîner, l'auto est retrouvée dans un chemin peu fréquenté, à proximité du havre de pêche de l'endroit. Elle est vide. Le coffre est maculé de sang.

Un mois plus tard, de jeunes pêcheurs aperçoivent les corps de la femme et de l'homme gisant dans le ruisseau Vallée, situé à Cap-au-Renard, à 19 km de leur résidence. Les dépouilles auraient été jetées d'un pont qui enjambe le cours d'eau. Dans son rapport d'autopsie, le coroner Benoît Parrot révèle qu'ils sont morts de projectiles d'arme à feu tirés à la tête.

Toute personne qui croit posséder une information liée à cette affaire est priée de communiquer en toute confidentialité au 1 800 659-4264 ou de consulter www.crimesnonresolus.com