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Image tirée de l'interrogatoire du 10 novembre 2014, où Jean-François Roy avoue avoir tué Hygin Veilleux. 
Image tirée de l'interrogatoire du 10 novembre 2014, où Jean-François Roy avoue avoir tué Hygin Veilleux. 

Meurtre d’un chauffeur de taxi beauceron: l’accusé témoigne

Judith Desmeules
Judith Desmeules
Le Soleil
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«Il y avait un combat dans ma tête, comme si j’avais deux personnes dans ma tête.» Jean-François Roy, accusé d’avoir tué le chauffeur de taxi beauceron Hygin Veilleux en 2014, témoigne pour une deuxième fois.

L’accusé de 37 ans a témoigné devant le juge François Huot, lundi. Il reconnaît avoir poignardé puis étouffé Hygin Veilleux le 7 novembre 2014, mais contredit qu’il s’agisse d’un meurtre au premier degré. Il soutient que son geste n’était pas prémédité.  

La santé mentale et l’état d’intoxication de Roy se sont retrouvés au cœur de cette journée de procès.  

Le «combat» dont il fait mention se déroule le 6 novembre 2014, la veille du meurtre. Roy n’a d’ailleurs pas dormi de la nuit parce qu’il n’avait plus de cannabis, il avait fumé toutes ses provisions dans la journée, raconte-t-il dans son interrogatoire. 

«Une des deux idées a pris le dessus, j’avais deux pensées, il fallait que je passe un test et ma pensée normale. C’est l’autre idée qui a pris le dessus», témoigne Jean-François Roy. 

Cette idée était celle de tuer quelqu’un afin de prouver qu’il était un criminel de renommée internationale. Roy avoue pendant son témoignage que cette idée était «démesurée», comme il l’avait fait lors du premier procès.  

La vidéo de l’aveu déposé comme preuve 

En réponse aux questions de son avocat Me Alain Dumas, Roy indique qu’il n’a aucun clair souvenir de son aveu du 10 novembre 2014, où il explique dans les moindres détails aux policiers qu’il a tué Hygin Veilleux.

La vidéo de cet interrogatoire a été diffusée en cour la semaine dernière. Après s’être vu à l’écran, Roy se décrit comme dans un «épisode de délire». Il indique qu’il n’est pas dans son état normal au moment de l’aveu. 

Il dit n’avoir aucun souvenir de cet interrogatoire ni du moment où il a tué Hygin Veilleux. Quelques «flashs» seraient toutefois revenus après le premier procès de 2017. 

«Ça fait un effet légèrement dévastateur. C’est dégradant, tu te vois dans un contexte dont tu ne te souviens même pas», dit-il à propos de la vidéo.  

Comme il l’avait fait lors de son premier procès devant jury, Roy raconte aussi au juge les souvenirs sombres des dernières années de sa vie. Il doit vivre avec d’énormes problèmes d’anxiété qui l’empêchent de travailler, ainsi qu’avec des problèmes de consommation de cannabis et de médicaments.  

Roy revient sur sa première tentative de suicide à 16 ans, il avait essayé de s’empoisonner avec du monoxyde de carbone derrière la cabane à sucre de son grand-père. Il a tenté de mettre fin à ses jours une deuxième fois à 19 ans, par pendaison cette fois.  

Puis, il raconte les événements de sa tentative de suicide du 21 octobre 2014, quelques jours avant de prendre la décision d’assassiner un chauffeur de taxi. Il avait alors ingéré une grande quantité de médicaments volés à sa mère. 

L’événement l’a envoyé directement à l’hôpital, où il a éventuellement refusé d’y rester pour subir des soins psychiatriques.  

Deux tantes de Jean-François Roy se trouvaient dans la salle d’audience lundi.  

Des excuses 

Comme il l’avait fait lors du premier procès, pendant son témoignage, Jean-François Roy a adressé quelques mots à la famille de la victime. Avec l’autorisation du juge Huot, il s’est tourné vers Serge Veilleux, le fils de Hygin, pour sa déclaration. 

«Je suis vraiment désolé. Je sais que c’est irréparable. Si je pouvais donner ma vie pour qu’il revienne, je le ferais sans hésiter. […] Je sais que vous ne me pardonnerez jamais. Je vous souhaite que vous soyez capable d’avoir un apaisement par rapport à ça un jour», a-t-il soufflé.  

Serge Veilleux est resté de marbre, sans bouger, pendant que le meurtrier de son père lui adressait des excuses. Son épouse Nicole Dulac a pour sa part essuyé quelques larmes.  

Chaque fois que les avocats ou l’accusé faisaient référence aux actions du meurtre, elle plaçait aussi ses mains sur ses oreilles, il s’agit de détails qu’elle ne souhaite pas entendre.  

Contre-interrogatoire 

L’avocat de la Couronne MFrançois Godin s’est attaqué à la crédibilité de Roy. Il essaie notamment de démontrer que l’accusé avait des souvenirs du meurtre avant le premier procès. 

MGodin indique entre autres que Roy s’est confié à deux psychiatres (novembre et avril 2016) au sujet de ces fameux «flashs».  

Le procès se poursuit mardi. Après le témoignage de Roy, on doit entendre les experts-psychiatres, qui parleront notamment de l’état mental de l’accusé et de leurs analyses.