Alexandre Bissonnette (en blanc) est accusé d'avoir tué six membres de la communauté musulmane le soir du 29 janvier.

Menaces de mort contre Bissonnette: Ben-Faras plaide coupable

Le neveu d'une victime de la tuerie à la Grande Mosquée de Québec a plaidé coupable à l'accusation d'avoir menacé de mort Alexandre Bissonnette.
Après six jours de détention, Mohamed-Amine Ben-Faras, 33 ans, de nationalité italienne, a explosé de colère dans le box des accusés. «Je suis venu pour comprendre ce qui s'est passé [le 29 janvier] et c'est moi maintenant qui est devenu le terroriste, tempêtait-il. C'est parce que je m'appelle Mohamed?»
L'homme d'allure juvénile, vêtu d'un polo Lacoste boutonné avec soin, s'est calmé un peu lorsque le procureur de la Couronne a accepté de modifier l'accusation.
Ben-Faras a reconnu avoir - «sous le coup de la colère» - transmis à des membres du Centre culturel islamique une menace de causer la mort d'Alexandre Bissonnette, accusé d'avoir tué six membres de la communauté musulmane le soir du 29 janvier et d'avoir tenté d'en tuer cinq autres.
Mais il n'est plus question de menaces à la famille de Bissonnette. «J'ai de la peine pour sa famille, ils ont un enfant qui était peut-être malade», dit l'accusé.
L'avocat de Ben-Faras, Me Benoît Labrecque, insiste sur le fait que son client n'a jamais eu l'intention de passer à l'acte. «Sa colère a fait que ses paroles ont dépassé sa pensée», affirme Me Labrecque.
Mohamed-Amine Ben-Faras est arrivé au Canada le 12 avril. L'homme, qui vit en Italie, a pris un vol Londres-Montréal avant d'arriver à Québec.
Selon le récit fait à la cour, Ben-Faras s'est d'abord rendu à l'épicerie de son défunt oncle, Azzedine Soufiane, rue Myrand, où il a tenu des propos menaçants envers Alexandre Bissonnette.
Il est ensuite allé au Centre culturel islamique, chemin Sainte-Foy, où il aurait reproché aux responsables de n'avoir rien fait «pour les martyrs morts dans la mosquée».
Très en colère, Ben-Faras parlait de venger son oncle et demandait où était emprisonné Bissonnette, ajoutant que la prison ne lui faisait pas peur.
Les responsables de la mosquée, inquiets de son attitude et de ses paroles, ont demandé à Ben-Faras de revenir le lendemain pour continuer la discussion.
Lorsque l'homme d'origine marocaine a fait faux bond le 14 avril, les responsables du Centre culturel islamique ont décidé d'avertir la police de Québec.
«Je n'ai pas de haine»
Ben-Faras a été arrêté 24 heures plus tard, lorsque des patrouilleurs l'ont repéré près de Myrand.
Ses parents, venus de New York, ont aussi été questionnés par les policiers. Ils attendaient leur garçon, hier, à bonne distance de la salle d'audience et des caméras.
Prenant la parole devant le juge Alain Morand, Mohamed-Amine Ben-Faras jure n'entretenir aucune rancoeur envers les Occidentaux. «Je n'ai pas de haine, pas de problème, répétait-il. Ma femme était une occidentale et je n'ai pas d'arme.»
L'homme était visiblement ulcéré de voir l'ampleur que son arrestation a prise dans les médias. «On dirait que c'est moi qui est devenu Bissonnette!» protestait-il, sous l'oeil des nombreux journalistes venus couvrir son retour à la cour.
Le ministère public et la défense ont convenu de reporter le dossier à vendredi pour expliquer au tribunal leur suggestion commune sur la peine.