Mandats d’arrestation contre les présumées victimes d’un proxénète

La Cour interrompt le procès d’un homme accusé de proxénétisme et lance des mandats d’arrestation contre les trois plaignantes qui refusent de se présenter devant le tribunal.

Il est plutôt rare de voir le tribunal envoyer les policiers aux trousses des victimes alléguées d’un proxénète. Le juge David Simon l’a fait le printemps dernier, à Montréal, pour forcer une jeune femme de 18 ans à témoigner devant lui. La présumée victime et ex-amoureuse de Julien Leblanc a finalement témoigné les menottes aux chevilles, dans le box de détention. Elle a été libérée tout de suite après son témoignage. Leblanc a été déclaré coupable de proxénétisme.

Romuald-Andy Aman, 28 ans, devait commencer à subir son procès lundi, à Québec. Il est accusé de divers chefs de proxénétisme à l’endroit de trois jeunes plaignantes, aujourd’hui âgées d’environ 20 ans. Deux des trois étaient mineures au moment des infractions alléguées.

Les trois plaignantes ont déposé leur plainte à la police il y a trois ans. Aujourd’hui, elles ne veulent plus témoigner.

Les enquêteurs de la police de Québec leur ont envoyé les convocations à la cour par messagerie texte. Ils ont communiqué avec les jeunes femmes au cours des derniers jours pour leur rappeler que la présence à la cour était essentielle. Et qu’il y aurait des conséquences si elles faisaient faux bond à la justice. 

En plus des conversations téléphoniques, des enquêteurs ont réussi à retrouver des plaignantes dans des motels pour tenter de les convaincre de venir témoigner. 

Dans les trois cas, les jeunes femmes ont signifié clairement qu’elles ne se présenteraient pas au palais de justice de Québec.

C’est dans ce contexte bien particulier que la procureure de la Couronne Me Valérie Lahaie a dû se résoudre à demander à la juge Annie Trudel de la Cour du Québec des mandats d’arrestation pour forcer la présence à la cour de ses témoins.

L’avocat de Romuald-Andy Aman, Me Yves-André Lebouthillier, estimait pour sa part que la juge n’avait pas le pouvoir de lancer des mandats, car les premières convocations à la cour n’avaient pas été dûment signifiées.

La juge Trudel n’était pas de cet avis. «Il s’avère évident que la signification par voie électronique est valide, affirme la juge. Les trois plaignantes sont des personnes susceptibles de fournir des preuves substantielles dans la présente affaire.»

Sept à dix clients par soir

En septembre 2018, Emmanuel Kanane, un homme qui disait être le chauffeur de Romuald-Andy Aman, a plaidé coupable à diverses infractions de proxénétisme et a été condamné à une peine de cinq ans de pénitencier.

Selon le récit des faits de la poursuite, Kanane et Aman auraient promené les deux filles mineures dans des hôtels de Montréal, Drummondville, Sherbrooke et Québec pendant une période de 10 jours, à l’été 2016.

Une adolescente confiera avoir servi en moyenne entre 7 et 10 clients par soir. Les tarifs varient selon la durée, en commençant à 80 $ le 15 minutes. Les jeunes femmes ne toucheront à aucun sou; tout l’argent est remis à Aman, allèguent-elles. La jeune femme de 18 ans, elle, aurait été forcée à se prostituer lors d’une fête.

Le procès de Romuald-Andy Aman a été suspendu pour une durée indéterminée, le temps que les mandats d’arrestation soient exécutés.