Annabelle Giroux-Fortin connaissait bien Maïté. Mardi soir, son coeur balançait entre la joie et la tristesse. «Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle. Ça devient comme vrai maintenant», lance-t-elle, dans un cocktail d'émotions.

Maïté enfin retrouvée

La famille de Maïté Viens disparue dans les chutes Jean-Larose à Beaupré aura gardé espoir jusqu'à la toute dernière pelletée de sédiments. Au 24e jour des recherches, mardi, le corps de la jeune fille de 21 ans a été retrouvé dans le second bassin.
Un hélicoptère avait été mis à contribution pour retrouver le corps de Maïté Viens.
Le travail amorcé samedi a porté fruit. Les trois bassins, d'une profondeur variant de 15 pieds à 24 pieds, ont été vidées de leur terre à l'aide d'une excavatrice, puis à la pelle. Perché au milieu de la cascade, le second bassin, plus difficilement accessible, était devenu le tombeau de la malheureuse. Elle avait glissé sur des roches le dimanche 21 mai à quelques mètres en amont lors d'une promenade avec une amie.
Les parents de Maïté, Lancy Cummings et Simon Viens, qui avaient fait pression sur les autorités pour poursuivre les recherches en dépit des obstacles, pourront enfin vivre leur deuil et ramener la dépouille de leur fille jusqu'aux Îles-de-la-Madeleine d'où est originaire la famille, aussi composée de trois frères.
La fébrilité était palpable vers 17h à l'annonce de la nouvelle au poste de commandement. Les équipes de bénévoles et les policiers de la Sûreté du Québec se félicitaient mutuellement, tout sourire, multipliant les poignées de main.
Peu après la découverte du corps, les parents de la défunte se sont recueillis près du bassin. Pendant ce temps, des proches et quelques curieux convergeaient sur le site de rassemblement des équipes de recherche. La dépouille a été transportée loin des regards.
Fred Carrier, propriétaire de l'entreprise Héli-Carrier, est de ceux qui a facilité les recherches en offrant à un prix abordable son hélicoptère pour transporter des excavatrices aux bassins et ramener dans des bâches la terre pelletée par l'équipe au sol lorsque la pelle mécanique ne pouvait plus atteindre le fond des bassins.
«On est tellement content pour eux. On approchait la fin sans l'avoir trouvée. Il fallait qu'elle soit là», raconte M. Carrier. Il fait référence au fait que la presque totalité de la terre du bassin d'une vingtaine de pieds de profondeur avait été enlevée lorsque Maïté est apparue.
Fred Carrier parle en connaissance de cause lorsqu'il dit comprendre la volonté sans faille qu'avaient les Viens-Cummings de retrouver leur fille. Il a lui-même perdu trois membres de sa famille dans un attentat au Burkina Faso en janvier 2015.
«Je sais ce que c'est. J'ai attendu deux semaines avant que les corps soient rapatriés. La famille de Maité peut maintenant vivre son deuil», ajoute-t-il.
Bénévoles, sauveteurs et proches de la victime étaient soulagés de retrouver le corps de la jeune Maïté Viens après 24 jours de  recherches intensives.
Une amie de la famille, Marie-Claude, n'avait que de bons mots pour le courage des parents. «Je ne les ai jamais vus fléchir.» Elle garde quand même un soupçon de colère contre la SQ, qui a été hésitante par moments sur les efforts à mettre pour retrouver Maïté. Il y a un peu plus d'une semaine, la famille mettait d'ailleurs en ligne une pétition pour obliger la police à reprendre les recherches dans les bassins après quelques jours de suspension, invoquant des raisons de sécurité.
Annabelle Giroux-Fortin connaissait bien Maïté. Mardi soir, son coeur balançait entre la joie et la tristesse. «Je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle. Ça devient comme vrai maintenant», lance-t-elle, dans un cocktail d'émotions.
Il y a deux semaines, un proche disait que chaque matin «amenait un nouvel espoir, chaque soir, une nouvelle déception». Mardi soir, elle avait cédé sa place à un sentiment d'accomplissement.
Chronologie
Maïté Viens, 21 ans, était disparue dans les chutes Jean-Larose à Beaupré après y être tombée. Elle a été retrouvée après 24 jours de recherches.
21 mai : Vers 15h, Maïté Viens, 21 ans, glisse sur des roches lors d'une randonnée avec une amie et est emportée dans les flots tumultueux de la rivière Jean-Larose. Rapidement, les autorités supposent que son corps est prisonnier d'un des trois bassins d'une cascade située en aval.
25 mai : La Sûreté du Québec fait ouvrir un barrage situé en amont des chutes pour vider un lac près de la route, espérant réduire le débit du cours d'eau. Mais l'eau apporte avec elle des tonnes de sédiments dans les bassins, recouvrant la dépouille sous plusieurs pieds de terre.
1er juin : Après les plongeurs, les scaphandres et le détournement de la rivière à l'aide de pompes géantes pour assécher le cours d'eau, le bassin situé au bas de la cascade est enfin vidé par une excavatrice. Aucune trace de Maïté même s'il s'agissait de l'endroit le plus plausible où elle pouvait se trouver.
3 juin : La Sûreté du Québec évoque les dangers d'un coup d'eau pour suspendre les recherches débutées dans le deuxième bassin. Les proches de Maïté sont sous le choc, comme les dizaines de bénévoles qui ont offert temps et matériel pour aider la famille.
5 juin Après un rassemblement tenu le 4 juin, les parents de la disparue mette en ligne une pétition pour réclamer la reprise des recherches dans les bassins un et deux. Ils croient possible d'effectuer des fouilles de façon sécuritaire. Au moins 16 000 signataires ont appuyé leur demande.
10 juin : Les recherches reprennent avec un hélicoptère qui transportent la terre provenant du second bassin, le dernier à explorer. Le travail s'effectue à la pelle lorsque l'excavatrice ne peut atteindre le fond.
13 juin : Après 24 jours de recherches, le corps de Maïté est enfin retrouvé en fin d'après-midi dans le deuxième bassin. La dépouille se trouvait sous une vingtaine de pieds de sédiments.