Lundi midi, le graffiti n’était plus visible sur la vitre. Mais les membres de l’association qui dînaient dans la pièce aux murs décorés de dessins d’enfants ne digéraient pas l’acte de vandalisme.

L’Université Laval enquête sur du vandalisme au local des parents étudiants

L’Université Laval (UL) a déclenché une enquête sur un acte de vandalisme perpétré contre le local de l’Association des parents étudiants de l’Université Laval (APÉtUL), dont la vitre a été barbouillée du mot-clic #BadDecision durant la semaine de lecture.

Le Service de sécurité et de prévention de l’Université Laval a commencé à recueillir des informations afin de retrouver le vandale, indique André-Anne Stewart, porte-parole de l’UL. Des témoins potentiels seront bientôt rencontrés et des images des caméras de surveillance seront analysées. 

«Les gestes de cette nature sont totalement inadmissibles dans notre établissement», dit Mme Stewart à propos de l’acte de vandalisme.

Mardi dernier, la coordonnatrice de l’APÉtUL, Annie-Pierre Bélanger, se rendait au local de l’association au pavillon Maurice-Pollack lorsqu’elle a remarqué le mot-clic #BadDecision inscrit en blanc sur la fenêtre extérieure. 

Outrée par cette insulte, elle l’a dénoncée le jour même sur la page Facebook de l’association. Les mots bad decision [«mauvaise décision»] «nous rappellent que, pour une partie de la population étudiante, avoir des enfants est synonyme de manquer de jugements ou d’être irresponsable, a-t-elle écrit. Même si ces préjugés ne sont pas généralisés, ils sont partagés par certain-e-s et blessent. Ils contribuent à dévaloriser les efforts des parents étudiants, leurs compétences à tout articuler. Ils contribuent au sentiment d’exclusion que plusieurs ressentent.»

Lundi midi, le graffiti n’était plus visible sur la vitre. Mais les trois membres de l’association qui dînaient dans la pièce aux murs bleus et jaunes décorés de dessins d’enfants ne digéraient pas l’acte de vandalisme. 

«Très blessant»

«C’est très blessant de trouver un message comme celui-ci apposé sur notre vitre», dit la présidente de l’APÉtUL, Ndeye Dieynaba Ndiaye, qui fait un doctorat en droit et est mère de trois enfants. 

Sur Twitter, le mot-clic #BadDecision ne semble pas avoir de signification précise, étant utilisé tant pour l’autodérision que pour critiquer les décisions de personnalités politiques, sportives ou artistiques. 

Mais pour l’APéTUL, le mot clic faisait écho à des commentaires souvent rapportés par les membres de l’association. «Ce sont des préjugés à l’encontre des parents étudiants comme quoi ils étaient irresponsables, en quelque sorte, de concilier famille-études-travail et de demander des accommodements», dit Mme Dieynaba Ndiaye. 

Le vice-président de l’APÉtUL, Pierre-Alexandre Desrosiers, s’interroge sur d’autres motifs possibles du vandale. «Est-ce que c’était simplement quelqu’un qui voulait faire du grabuge pour une raison qu’on ignore?»

Il se demande aussi l’acte de vandalisme a été perpétré en réaction aux démarches de financement de l’APÉtUL. L’association fait circuler en ce moment une pétition pour que la Confédération des Associations d’étudiants et étudiantes de l’Université Laval (CADEUL) lui verse une cotisation de 50 ¢ par étudiant afin de bonifier l’aide offerte aux parents étudiants, notamment une halte-garderie et un local moins exigu que le local actuel. 

Un choix réfléchi

Selon les chiffres de l’APÉtUL, l’Université Laval compte environ 20 % de parents étudiants, ce qui représente environ 8400 personnes. C’est donc près d’un étudiant sur cinq qui fait le choix d’étudier tout en élevant des enfants — et, souvent, en travaillant. 

Ana Rosa Dallaire Gagnon, vice-présidente aux communications de l’APÉtUL, souligne que les parents étudiants ne font pas ce choix à la légère. «On n’est pas tête en l’air, dit l’étudiante au certificat en journalisme, qui est aussi mère d’un bambin. Ça ne vient pas sans réfléchir, commencer des études et être parent en même temps. Ça peut aussi être un retour aux études». 

Selon l’APÉtUL, l’acte de vandalisme montre la nécessité de poursuivre la sensibilisation sur la réalité des parents étudiants. L’Université Laval pourrait donner un coup de pouce en ce sens en déposant ce printemps une politique sur les parents étudiants. Celle-ci devrait notamment clarifier les accommodements pouvant leur être consentis, au lieu que cela soit négocié au cas par cas. La politique serait une première dans les universités québécoises.