Quelle que soit leur expérience de la motoneige, les touristes qui veulent pratiquer ce sport au Québec n’ont pas l’obligation d’être accompagnés d’un guide. La Fédération des clubs de motoneige du Québec conseille toutefois aux débutants de s’entourer de gens expérimentés.

Location de motoneige: un guide pas obligatoire pour les touristes

La loi en vigueur n’oblige pas les entreprises touristiques qui font de la location de motoneiges à forcer leurs clients à avoir un guide. L’entreprise peut le suggérer fortement, mais c’est toujours le client qui a le dernier mot.

La question est redevenue d’actualité après le décès de Marion Rigaud, une touriste française de 25 ans qui a trouvé la mort jeudi quand la motoneige louée qu’elle conduisait a heurté un arbre dans un sentier de la Pourvoirie du Lac-Beauport. En moins de trois ans, c’était la deuxième touriste française à décéder en motoneige dans le même secteur.

À la Fédération des clubs de motoneige du Québec, la porte-parole Marie-Lou Perreault rappelle que les touristes n’ont pas l’obligation d’être accompagnés d’un guide. «La Fédération suggère fortement aux conducteurs moins expérimentés de s’entourer de gens expérimentés, mais la loi n’oblige personne à avoir un guide», souligne-t-elle.

Mme Perreault assure toutefois que les quelque 90 entreprises qui font de la location de motoneiges à des fins touristiques au Québec encadrent bien l’activité et accueillent les touristes de façon à ce que ceux-ci se sentent en sécurité. «Je sais qu’ils recommandent pour la plupart de prendre un guide, mais ils ne peuvent rien faire si la personne ne veut pas en prendre un.»

L’industrie de la motoneige rapporte beaucoup au Québec, 3,27 milliards $ par année selon la Fédération. «Malheureusement, il y a eu un décès hier [jeudi] et on en compte une vingtaine cette année. Cependant, c’est une légère baisse par rapport à l’an dernier et une baisse importante comparativement à certaines années où on en a compté jusqu’à 35», indique Marie-Lou Perreault.

Responsabilisation

Philippe Benoît, propriétaire depuis six ans de l’entreprise Aventure Laurentienne de Baie-Saint-Paul, ne croit pas qu’un resserrement de la réglementation serait souhaitable, mais prêche en faveur de la responsabilisation des entreprises. «Je ne crois pas qu’il faudrait exiger un permis de conduire particulier seulement pour la motoneige, car ça détruirait l’industrie touristique entourant cette activité. Cependant, il y a malheureusement encore trop d’entreprises qui sont de l’ancienne école et pour qui la motoneige n’est que de la location d’équipement, qui ne considèrent pas le côté humain», affirme-t-il en entrevue avec Le Soleil.

M. Benoît indique que son entreprise, comme cinq autres sur les dizaines qui font de la location de motoneiges au Québec, a reçu l’attestation Qualité Sécurité de l’organisme Aventure Écotourisme Québec. «Cette attestation vient avec une quarantaine de normes à respecter, notamment en ce qui a trait à la gestion du risque. Les entreprises de plein air professionnelles, jeunes et modernes, tentent généralement de l’obtenir», poursuit-il.

Ainsi, lorsqu’il rencontre des touristes, M. Benoît leur fait passer une entrevue afin de vérifier leur expérience de la motoneige. «S’ils n’ont pas une expérience solide, je leur offre un tour guidé, qui est une leçon déguisée avec un guide. Ce n’est pas vrai qu’un touriste qui a déjà tourné en rond une demi-heure en motoneige sur un terrain plat en Europe est nécessairement capable de circuler sans danger dans les pistes du Québec. Il y a des entreprises qui donnent une demi-heure d’instructions alors que nous considérons que le minimum devrait être de deux heures.»

Motoneige moins stable

Philippe Benoît insiste aussi sur l’importance de louer aux personnes moins expérimentées des motoneiges de sentiers, comme le Ski Doo Grand Touring 600, plutôt que des motoneiges hybrides comme le Ski Doo Expédition, sur lequel prenait place Marion Rigaud. «L’Expédition est une machine polyvalente et c’est pour ça que de nombreuses entreprises en ont plusieurs dans leur parc. Cependant, elle réagit de façon différente: elle se renverse plus facilement, elle peut cambrer et tourne moins bien. C’est pour cette raison que sur 11 motoneiges, je n’en ai que deux de ce modèle et je ne les loue pas à n’importe qui. Je donne aussi une formation à ceux qui la conduisent pour la première fois.»

Quant aux sentiers du Lac-Beauport, réputés difficiles et montagneux, Philippe Benoît souligne que les entreprises n’ont pas le choix de faire circuler les clients sur les sentiers situés près de leurs installations. «Cependant, avec plus de guides, plus de formation et des machines plus stables, je crois qu’on diminue de façon importante les risques d’accident de motoneige pour les touristes», conclut-il.