Presque trois ans après l’incendie à la Résidence du Havre de L’Isle-Verte, qui a coûté la vie à 32 personnes, bon nombre de résidences pour aînés ne sont toujours pas équipées de gicleurs.

Les ressources intermédiaires réclament à leur tour l'installation de gicleurs

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec (ARIHQ) réclame que ses membres aient aussi accès à des subventions pour l’installation de gicleurs, actuellement réservées aux résidences privées pour aînés (RPA).

La semaine dernière, Québec a annoncé une bonification de 40 % de son programme de subvention pour l’installation de gicleurs de façon à permettre à toutes les RPA d’être giclées d’ici 2020 et de se conformer à un règlement de la Régie du bâtiment du Québec (RBQ). 

Les ressources intermédiaires n’étant pas visées par ce règlement, elles ne sont donc pas ciblées par le programme de subvention, explique une porte-parole du ministère de la Santé, Noémie Vanheuverzwijn. Ces ressources d’hébergement sont toutefois tenues de se conformer aux réglementations de la RBQ qui s’appliquent à elles, ajoute Mme Vanheuverzwijn. «Ces réglementations n’incluent pas l’obligation légale de se gicler», précise la porte-parole. 

Selon le directeur du service aux membres et des communications de l’ARIHQ, Luc Vallerand, seules les ressources intermédiaires de 15 places et moins qui n’occupent que le rez-de-chaussée d’un bâtiment ne sont pas obligées d’être giclées. «Si demain, je construis une ressource intermédiaire de 20 places sur deux étages, je serais obligé d’installer des gicleurs», illustre M. Vallerand. 

À l’heure actuelle, environ la moitié des 900 contrats de ressources intermédiaires sont des contrats de moins de 10 places. Au-dessus de 10 places, c’est le code de la RBQ qui s’applique, mais en deçà, ce sont les municipalités qui dictent les règles en sécurité incendie, précise Luc Vallerand. 

«Or, si la règle dit que tout le monde doit être évacué en moins de sept minutes en cas d’incendie et que la ressource n’est pas capable parce que ses résidents sont atteints de déficience intellectuelle ou que leur mobilité est réduite, par exemple, la municipalité pourrait l’obliger à installer des gicleurs. Il y a des villes qui y pensent à l’heure actuelle, dont Laval. Et s’il y a des villes qui veulent obliger ces petites ressources à installer des gicleurs, ça va leur prendre de l’aide parce qu’elles n’en ont pas les moyens», plaide M. Vallerand, qui souhaite un programme adapté à la réalité des ressources intermédiaires. 

«On voudrait nous aussi avoir plus de sécurité dans nos ressources, mais il faut en avoir les moyens», insiste le porte-parole de l’ARIHQ, qui rappelle que les ressources intermédiaires, qui hébergent autour de 14 000 personnes vulnérables, sont une voie privilégiée par le gouvernement pour désengorger les hôpitaux. 

Un lit en centre hospitalier coûte 1200 $ par jour, une place en CHSLD, 300 $, et un lit en ressource intermédiaire, 108 $. En 17 mois, soit entre le 1er janvier 2016 et le 1er août 2017, il s’est ouvert pas moins de 1083 places dans ces ressources d’hébergement, dont 80% destinées aux personnes âgées en perte d’autonomie. 

Encore récemment, le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a annoncé un investissement de plus de 20 millions $ pour ajouter 350 places en ressource intermédiaire et désengorger les hôpitaux du grand Montréal. 

Augmentation du salaire minimum

L’Association est toujours en négociation pour le renouvellement de son entente avec le gouvernement, échue depuis mars 2015. Selon Luc Vallerand, Québec devra tenir compte de l’augmentation du salaire minimum, qui connaîtra une hausse de 0,75 $ au lieu de 0,50 $ à compter du 1er mai, pour atteindre 12 $ l’heure. 

«Pour être capable d’être attractif et de retenir notre personnel, il nous faut des augmentations proportionnelles à cette hausse pour nos employés, qui gagnent en moyenne 13 $ l’heure. On vit une pénurie de préposés, qui sont beaucoup mieux payés dans les CHSLD [jusqu’à 10 $ de plus par heure pour moins de responsabilités]», rappelle le porte-parole de l’ARIHQ, qui évalue le taux de roulement du personnel dans les ressources intermédiaires entre 30% et 40%. 

L’ARIHQ réclame un réinvestissement de 15 millions $ par année sur cinq ans pour remplir les responsabilités qui lui sont confiées par le gouvernement.