La Ville a acquis en avril 2016 pour 2,6 millions $ un terrain de 15 000 mètres carrés situé à l’angle nord-ouest du boulevard Pierre-Bertrand et de la rue des Rocailles et voisin du quartier général de la Sûreté du Québec.

Les policiers déjà à l'étroit dans leur future centrale

EXCLUSIF / L’emplacement choisi dans Lebourgneuf pour y construire la nouvelle centrale de police ne peut accueillir que la moitié des véhicules prévus en période de pointe dans un stationnement en surface. La Ville de Québec convoite maintenant des pieds carrés du centre administratif du Réseau de transport de la Capitale (RTC), rue des Rocailles, pour y garer les automobiles d’une partie du personnel du service de police.

Le terrain de 15 000 mètres carrés acquis en avril 2016 pour 2,6 millions $ à l’angle nord-ouest du boulevard Pierre-Bertrand et de la rue des Rocailles, voisin du quartier général de la Sûreté du Québec, serait-il trop étroit pour répondre correctement aux besoins du service de police de Québec?

Le site a une capacité maximale en surface de 325 cases de stationnement pour les autopatrouilles, les véhicules banalisés, ceux des employés et les visiteurs. Écart considérable, il devrait pouvoir accueillir jusqu’à 700 automobiles pendant certaines périodes de pointe comme les changements de quart de travail.

Le conseiller Jonatan Julien, responsable de la gestion des immeubles, admet que le nombre d’espaces de stationnement nécessaires est «supérieur à ce que permet le terrain», mais refuse de dire que les lieux sont trop petits. «Je ne suis pas d’accord avec vous», répond-il au représentant du Soleil.

Pour lui, la question est de savoir «comment minimiser les inconvénients en fonction du coût-bénéfice». «On a pensé faire un stationnement étagé, mais à 25 000 $ la case de stationnement, c’est beaucoup trop cher», explique-t-il. De 40 000 $ à 45 000 $ la case, l’idée d’un stationnement souterrain est encore moins envisageable.

Le plan C consiste à stationner les véhicules d’une partie des employés au centre administratif du RTC sur la rue des Rocailles, un demi-kilomètre plus à l’est. «C’est une décision purement économique. Au prix d’un effort raisonnable, je vais faire des économies», soutient-il.

Coûts mal évalués

«Il y a eu une mauvaise évaluation des coûts et des besoins. On a l’impression de subir le contrecoup de tout ça.» Le président de la Fraternité des policiers de la Ville de Québec, Marc Richard, évoque l’aveu du maire Régis Labeaume en décembre 2017 lorsqu’on apprenait avec surprise que la réorganisation de la desserte policière coûterait 72 millions $ plutôt que les 40 millions annoncées au printemps 2016.

«Je pense qu’on l’a fait entre nous autres sans en parler à la police et aux avocats. On en a échappé quelques-unes. Nos espoirs étaient vraiment exagérés», avait alors admis le maire Labeaume lors de la présentation du budget. La direction de la gestion des immeubles avait fait des coupures importantes et une interprétation des besoins de la nouvelle centrale sans consulter la police pour obtenir un coût de construction le plus bas possible.

Au même moment, le directeur de police, Robert Pigeon, mentionnait que le site de formation, qui devait initialement déménager à Lebourgneuf, demeurerait dans des locaux loués par la Ville, rue Saint-Sacrement. Une décision prise pour ne pas faire gonfler davantage la facture. Le chef aurait aussi souhaité déménager l’état-major de Sainte-Foy à Lebourgneuf. Mais la capacité de payer des contribuables, avait-il dit, oblige la haute direction à rester dans l’édifice Andrée-P.-Boucher.

Sécurité et perte de temps

La question du stationnement tracasse M. Richard. Il soulève un enjeu de sécurité lié au fait que des policiers doivent garer leur véhicule personnel au RTC, puis se rendre à pied jusqu’à la centrale. 

«L’employeur doit offrir un stationnement sécuritaire. Il y a deux ans, un policier a subi des dommages à son véhicule qui était garé dans le stationnement public du parc Victoria (près du stade Canac), rapporte-t-il, pour illustrer les risques potentiels. 

Le président y voit aussi un danger à l’intégrité physique des policiers qui pourraient se faire reconnaître en marchant vers leur lieu de travail.

Enfin, il ne comprend pas que la Ville refuse d’offrir un stationnement couvert pour les autopatrouilles, comme le désire aussi le directeur Pigeon. 

«La plupart des autobus, les camions de pompiers, même les camions de la voirie sont à l’abri dans des garages. C’est extrêmement dommage de considérer l’avenue d’une nouvelle centrale qui va être là pendant 50, 60 ans en pensant qu’on va laisser les véhicules d’urgence dans les intempéries. On ne demande pas un stationnement chauffé, mais qu’il soit couvert. C’est une perte de temps de déneiger les véhicules d’urgence», conclut-il.

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CHRONOLOGIE

2014: Un premier projet d’une nouvelle centrale au coût de 85,2 millions $ sur l’actuel site du parc Victoria avait été mis sur la glace après avoir été jugé trop onéreux. La construction devait être complétée en 2018. 

2016: La Ville annonce la réorganisation de son service de police pour 40 millions $, comprenant la construction d’une nouvelle centrale dans Lebourgneuf et un poste de quartier dans l’édifice F.-X.-Drolet.

2017: La facture du projet de 2016 passe de 40 à 72 millions $. On apprend que le manque de communication entre le Service de police et celui de la gestion des immeubles explique cette hausse vertigineuse. À lui seul, l’ajout d’équipements liés à la sécurité a fait grimper le prix de construction au mètre carré. L’édifice devrait être prêt en 2021.