Les requêtes déposées au dossier de la cour permettent d’en apprendre un peu plus sur le fil des événements qui ont conduit à la mort de la petite Rosalie, le 17 avril 2018.

Les dernières heures de Rosalie

Après-midi du 17 avril 2018. Quelques heures avant l’horreur. Rosalie, deux ans, s’est blessée au doigt. Elle pleure beaucoup. «La petite est fucking chiante», texte sa mère, Audrey Gagnon.

Le procès d’Audrey Gagnon n’aura jamais lieu. Personne ne viendra témoigner. Les requêtes déposées par la défense et la Couronne au dossier de la cour permettent d’en apprendre un peu plus sur le fil des terribles événements.

La jeune mère de 23 ans vit depuis quelques jours chez un nouvel ami de coeur, dans un logement de l’avenue Gaspard à Charlesbourg. Le 12 avril 2018, elle et sa fille ont été expulsées d’une maison d’hébergement où elles vivaient depuis un mois. Auparavant, Audrey avait habité chez sa mère, une femme qui souffre de problèmes psychiatriques. 

Dans l’après-midi du 17 avril 2018, Audrey Gagnon fume du cannabis et prend deux ou trois bières. Son ami quitte en milieu de soirée. À ce moment, Rosalie dort dans le salon. Audrey reste car elle n’a pas trouvé de gardienne. 

Le meurtre va se produire à une heure qui reste indéfinie. Audrey Gagnon va chercher ce qu’elle appelle une «dague nazie» et assène 32 coups de couteau à la tête et au dos de la petite. 

Le pathologiste ne pourra jamais être catégorique. Mais il n’est pas exclu que la mère a d’abord étranglé son enfant. Lorsque les coups sont portés, l’enfant est inconsciente, mais toujours vivante. 

Après avoir tué Rosalie, Audrey Gagnon enveloppe l’enfant dans une couverture bleue et la place dans sa poussette. La mère marche jusqu’au parc Terrasse Bon Air, non loin du logement. Elle abandonne rapidement la poussette, dont les roues sont bloquées par la neige.

Audrey reprend le corps de Rosalie dans ses bras. En sortant du parc, elle voit une poubelle verte sur l’avenue De Gaulle. Elle laisse tomber le corps de la petite au fond de la poubelle et déplace le bac jusqu’à l’arrière d’une résidence.

La mère revient ensuite au logement de l’avenue Gaspard. Elle nettoie toutes les traces de sang et jette la dague dans la poubelle extérieure de l’immeuble.

Vers minuit, Audrey texte son ami en lui écrivant que l’enfant est chez sa grand-mère et qu’elle voudrait qu’il revienne vite car elle a besoin de lui.

L’ami revient vers 4h du matin et constate l’absence de l’enfant, sans s’en alarmer. Audrey Gagnon est en train d’écouter de la musique. Elle a une petite blessure à la paume gauche. Audrey Gagnon dira plus tard s’être gravé une étoile de Jacob avec une lame de rasoir.

Selon la preuve du ministère public, l’homme et la femme auront une relation sexuelle puis s’endorment. 

Sur les traces d’Audrey Gagnon

À 7h15 le 18 avril, une employée des Loisirs Bourassa appelle le 9-1-1 pour rapporter la présence d’une poussette abandonnée dans le parc Bon Air. La dame ajoute que les images des caméras de surveillance de l’organisme permettent de voir une femme arriver avec un enfant dans la poussette et repartir avec l’enfant dans les bras.

À leur arrivée dans le parc, les policiers constatent que la poussette vide est maculée de taches de sang. Ils voient aussi un foulard d’enfant blanc et un toutou dalmatien, tous deux rougis. Les policiers trouvent le sac à main d’Audrey Gagnon, avec à l’intérieur son cellulaire et un petit papier indiquant le nom et le numéro de téléphone de l’intervenante de la DPJ qui suivait la mère et la fille.

Les policiers vont d’abord  voir la mère d’Audrey Gagnon. La dame leur confirme avoir parlé au téléphone à sa fille vers 21h la veille. Audrey Gagnon disait avoir besoin d’argent et voulait lui confier Rosalie pour la nuit. 

Les policiers rencontrent ensuite l’homme qui héberge Audrey Gagnon. Les enquêteurs se rendent finalement au logement de l’avenue Gaspard pour rencontrer Audrey Gagnon.

La jeune mère affirme que Rosalie est chez un oncle, dont elle est incapable de fournir l’adresse. Lorsque l’information se révèle fausse, Audrey Gagnon est arrêtée pour entrave. Elle accepte de monter à bord d’un véhicule policier et conduit les enquêteurs jusqu’à la résidence où elle a laissé le corps de la petite. Audrey Gagnon sera par la suite arrêtée pour homicide et conduite à la centrale de police. Elle fournira une déclaration incriminante entre 20h et minuit.

Six mois plus tard, alors qu’Audrey Gagnon est incarcérée à l’Établissement de détention Leclerc, les enquêteurs de la police de Québec vont la rencontrer avec un mandat de prélèvement d’échantillon sanguin.

La jeune femme fera alors plusieurs déclarations, en violation de son droit au silence, selon la défense.

Audrey Gagnon affirme qu’il y a vraiment eu une lacune de la part de la DPJ, qui aurait dû prendre son enfant en charge. 

Elle dit ne pas se souvenir de l’événement en tant que tel. Elle parle de blocages parce que «l’événement a été tellement intense». Audrey Gagnon ne peut pas croire que «quelque chose comme ça est arrivé», «que tout a été détruit du jour au lendemain, que tout allait bien».

Elle ne peut dire combien de coups elle a donnés. Elle identifie la dague sur une photo que lui montre l’enquêteur.

La jeune femme dit qu’au moment du drame, elle n’était pas intoxiquée, mais plutôt en manque de cannabis. 

Elle dira à l’enquêteur «qu’elle ne sait pas comment elle fait pour être encore en vie, qu’elle se fait beaucoup juger et, en plus, elle a perdu sa fille».

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