Guillaume Giguère a plaidé coupable en août et en décembre 2014 à des accusations de trafic de cocaïne commis durant deux ans sur le territoire de Sainte-Anne-de-Beaupré.

Le trafiquant Tanguy

Dans sa chambre, Guillaume Giguère a encore son prénom écrit en grosses lettres joyeuses sur la porte. Et, dans la cour de la maison familiale, il a enfoui des bocaux de cocaine, en prévision de la prochaine pénurie. Portrait d'un trafiquant Tanguy.
Court sur jambes, mais très musclé, la mâchoire encadrée par un fin collier de barbe et les cheveux relevés en chignon, Guillaume Giguère, 37 ans, écoute un énième débat judiciaire. C'est sa 79e visite au tribunal en trois ans et demi. Sur son visage, sa perpétuelle moue piteuse.
Dans la salle d'audience, son père et sa mère, calepin en mains, attendent de connaître la peine que la justice réservera à leur garçon.
Les parents ont visité leur fils en prison deux fois par semaine depuis son arrestation. Fiston leur téléphone à tous les jours.
Giguère a plaidé coupable en août et en décembre 2014 à des accusations de trafic de cocaïne commis durant deux ans sur le territoire de Sainte-Anne-de-Beaupré. L'homme est certainement le trafiquant le plus casanier jamais arrêté par l'enquêteur Frédéric Roussel de la Sûreté du Québec. «M. Giguère restait dans le 4-5 kilomètres carré autour de Sainte-Anne-de-Beaupré», confirme l'enquêteur Roussel devant le tribunal. 
Giguère habite depuis toujours la coquette maison de briques rouges de ses parents, qui lui payent le téléphone, l'Internet et un ordinateur.
Il travaille comme électricien pour un entrepreneur général du coin. La rumeur veut qu'il n'ait jamais manqué une journée de travail. Son patron se dit prêt à le reprendre dès sa sortie de prison.
Giguère s'entraîne au gymnase tous les jours. Ce cuisinier doué, selon son père, va ensuite aider sa copine à préparer son souper. 
Le couple passe la soirée ensemble puis, Giguère rentre chez lui. Chaque soir. «C'est un choix qu'ils ont fait», précise le père au tribunal.
Avant de rentrer dormir, Guillaume Giguère va livrer des onces de cocaïne à une douzaine de revendeurs. Une balise de géolocalisation cachée sous la voiture de Giguère permettra aux policiers de le suivre jusqu'à ses clients, arrêtés en même temps que lui, le 26 septembre 2013. 
Giguère achète la poudre blanche au kilogramme d'une organisation criminelle. En fouillant les entrailles des trois téléphones cellulaire du trafiquant, les policiers trouvent, parmi les 18 000 textos, des messages où Giguère parle des «gars de bicycle» et des «petits clubs». Assez pour que l'expert en motards et sergent-détective Roger Ferland comprenne que Giguère avait l'aval des Dark Souls pour mener son commerce. «C'était un individu respecté par les membres des Dark Souls parce qu'il faisait du bon travail sur la Côte-de-Beaupré», a témoigné l'expert Ferland.
En deux ans, Giguère aurait revendu, selon l'évaluation de la poursuite, 36 kg de cocaïne, 7 kg de haschich et 6 kg de marijuana. Des transactions d'une valeur de plus de 2 millions $.
Des chiffres qui font bondir la défense. «Trente-six kilos dans une population de 5000 habitants, ça ne se peut pas!», s'emporte l'avocat de Giguère, Me Michel Barrette. «M. Giguère rayonnait bien au-delà de la Côte de Beaupré», rétorque le procureur de la Couronne Me Daniel Bélanger.
Provisions et pot mason
Guillaume Giguère a appris jeune les rudiments du métier. Il a été condamné une première fois pour trafic en 1999 puis en 2001. 
Cette fois-ci, il avait pris soin de donner un faux nom et une fausse adresse, celle d'un centre de loisirs de Charlesbourg, en prenant l'abonnement pour son iPhone de «commerçant».
Et il utilisait, comme tous les trafiquants, un langage codé plus ou moins obscur. Une «fille blanche» pour de la cocaïne, de «l'oseille» pour de l'argent, du «chocolat» pour du haschich et du «thé vert» pour de la marijuana. Entre autres variantes.
Guillaume Giguère avait enterré des pots Mason contenant de la cocaïne sous le cabanon familial. Prévoyant, il avait aussi enfoui des contenants de drogue à divers endroits sur le terrain de ses parents. En les déterrant, il pouvait ainsi approvisionner le marché en cas de pénurie.
Les policiers l'ont d'ailleurs vu se promener avec un détecteur de métal, à la recherche de ses provisions.
Une lettre d'excuse de Guillaume Giguère déposée au dossier de la cour
Des compliments 
Du box des détenus, Guillaume Giguère exerce son droit au silence, bien à l'abri des questions incisives du procureur de la Couronne. Il n'a rien dit depuis le mot «coupable», il y a deux ans et demi. Son père parle pour lui.
Le père explique au tribunal avoir fait une demande d'accès à l'information pour obtenir une recension de tous les commentaires positifs entendus au sujet de son garçon à l'intérieur des murs. L'Établissement de détention de Québec a répondu qu'il ne fournissait pas ce genre de document.
Le père témoigne ensuite des bons résultats scolaires de son fils en prison, de son travail à l'entretien ménager. Du chagrin que Guillaume a eu de rater les funérailles de sa grand-mère.
Le juge Christian Boulet, qui aura à imposer une peine à Guillaume Giguère, écoute les nombreuses démarches du père d'une oreille bienveillante. «C'est son fils, il veut l'aider, note le juge. Comme parent, on fait bien, bien des choses pour nos enfants...»