Le service de police de la Ville de Gatineau est visé par une plainte en déontologie.

Le SPVG visé par une plainte en déontologie

Une plainte en déontologie policière a été déposée par un professeur de cégep de la région de Montréal qui considère «abusive et illégale» l’arrestation récente du journaliste de Radio-Canada Antoine Trépanier par le Service de police de la Ville de Gatineau (SPVG).

Professeur de microbiologie au Cégep Gérald-Godin, dans l’ouest de l’île de Montréal, Vania Atudorei ne digère pas qu’un journaliste ait été arrêté dans le cadre de son travail. «Ça me révolte», dit l’homme qui a déposé une plainte en déontologie policière dans l’espoir qu’une enquête soit faite sur l’arrestation de M. Trépanier. Cette arrestation est survenue le 13 mars dernier, après que la directrice des Grands frères Grandes sœurs de l’Outaouais (GFGSO), Yvonne Dubé, eut porté plainte contre lui pour harcèlement criminel. Mme Dubé faisait l’objet d’une enquête journalistique ayant révélé qu’elle «s’est faussement présentée comme avocate et a pratiqué le droit sans autorisation», en 2011 et 2012.

Même si le Directeur des poursuites criminelles et pénales a déterminé qu’il n’y avait eu «aucun acte criminel» et qu’il n’y aura pas conséquent aucune accusation contre le reporter de Radio-Canada Ottawa-Gatineau, M. Atudorei souhaite faire bouger les choses.

«J’ai envoyé ma plainte à la déontologie policière, mais aussi à tous les conseillers et à l’ombudsman de la Ville de Gatineau, pour leur dire que c’est une honte nationale et que leur policier a compromis la réputation pas juste d’une ville, mais de tout un pays, parce que l’histoire s’est rendue à l’étranger, a-t-il dit en entrevue avec Le Droit. C’est inconcevable et inadmissible que dans un état de droit, un policier […] se comporte de la sorte.»

Alors que le chef du SPVG, Mario Harel, a admis la semaine dernière que le policier ayant arrêté Antoine Trépanier «n’a pas évalué correctement la situation», Vania Atudorei affirme dans sa plainte qu’il s’agit d’une «grosse gaffe impardonnable digne des pays de dictature».

M. Atudorei, qui a fui le régime dictatorial roumain il y a de cela près de 30 ans, affirme qu’il se devait d’agir même s’il n’est aucunement impliqué dans le dossier de l’arrestation du journaliste.

«Ça passe dans les nouvelles, il y a des gens révoltés, mais il n’y en a pas beaucoup qui vont agir, déplore-t-il. […] Je connais Antoine [Trépanier] personnellement, il a été notre étudiant au cégep, et je sais comme il est intègre et compétent, alors en voyant ça, pour moi, c’était une gifle, une insulte pour la démocratie, parce que les journalistes représentent une classe professionnelle indispensable pour notre société.»

Il espère que sa démarche mènera à une «réprimande» pour le policier impliqué, et souhaite une «mise à jour» de la formation des policiers, pas seulement à Gatineau, mais partout au pays.

Dans son accusé de réception à la plainte déposée par M. Atudorei, le Bureau du Commissaire à la déontologie policière explique que le dossier sera analysé «soigneusement au cours des prochaines semaines».

Il est également expliqué que trois décisions sont possibles au terme cette étude, soit la proposition d’une rencontre de conciliation avec le policier concerné, le déclenchement d’une enquête pour «faire la lumière sur les reproches faits contre un policier» ou encore le refus de la plainte. Le document précise également que les enquêtes ont lieu «dans les cas d’intérêt public: décès ou blessures, infractions criminelles reprochées au policier ou autres événements graves, etc.».

De son côté, le Bureau de l’ombudsman de la Ville de Gatineau a répondu à M. Atudorei qu’en vertu de sa constitution, il n’a «pas le pouvoir d’enquêter sur les décisions d’un agent de la paix».