Le pasteur Paul Mukendi au palais de justice de Québec, jeudi matin
Le pasteur Paul Mukendi au palais de justice de Québec, jeudi matin

Le révérend Mukendi condamné à huit ans de pénitencier [VIDÉO]

À coups de manipulation, de menaces et d’abus sexuels, le révérend Paul Mukendi a emprisonné sa jeune victime «dans une cellule virtuelle», considère le juge Jean-François Émond de la Cour supérieure, qui condamne le pasteur à purger une peine de huit ans de pénitencier.

Mukendi, 42 ans, a été déclaré coupable par un jury d’agressions sexuelles, de voies de fait armées, de voies de fait ayant causé des lésions et de menaces sur une jeune femme aujourd’hui âgée de 31 ans. Les abus ont duré une douzaine d’années.

Dans sa longue décision sur la peine, le juge Émond de la Cour supérieure insiste sur les abus de confiance, véritable toile de fond des agressions, et facteur aggravant. 

«La victime n’était qu’une jeune adolescente lorsque l’accusé s’est subrepticement imposé à elle, en tant qu’homme de Dieu. Il a usé de ce statut et de l’aura de son église pour exploiter sa foi pure, naïve et malléable, déplore le juge. Tout cela pour favoriser une intimité que la victime ne recherchait pas, aux seules fins de satisfaire ses pulsions sexuelles.»

Isolée, la jeune femme était devenue une âme servile, obéissante pour le pasteur. 

Mukendi, originaire du Congo, s’est établi au Canada en 2002. La victime a connu le révérend alors qu’elle était adolescente, à environ 13 ans. Sa famille allait compter parmi les premiers fidèles de l’église Parole de vie fondée par le pasteur.

Les premiers abus se produisent lorsque la victime a 15 ans. Prétextant se rendre dans sa chambre afin de prier pour elle, le pasteur force l’adolescente à un rapport sexuel. Le lendemain, Paul Mukendi approche la jeune fille en lui précisant que «ce qui est arrivé reste entre Dieu, toi et moi». Il lui rappelle le verset biblique où on peut lire : «Malheur à celui par qui le scandale arrive».

Au fil des années, Mukendi aura plusieurs rapports sexuels complets avec l’adolescente. La victime a témoigné que sa mère l’avait offerte en offrande au pasteur et qu’il lui était impossible de refuser.

Lorsque la victime s’est mise à s’opposer aux rapports sexuels, quelques années plus tard, le pasteur commence à la menacer, à l’intimider et à la frapper. Il lui a même déjà fait une entaille au couteau sur la fesse pour obtenir ce qu’il voulait.

La dernière agression sexuelle s’est produite lorsque la jeune femme avait 27 ans. Mukendi l’a prise à la gorge et plaquée au mur avant de la gifler et de la frapper avec sa ceinture. Il l’a forcée de nouveau à avoir une relation sexuelle avec elle. 

Après cet événement, la victime quitte l’église Parole de vie. Elle va dénoncer le pasteur quelques mois plus tard. 

La jeune femme, entourée de quelques proches dans la salle d’audience, semblait soulagée et émue. Elle vit aujourd’hui avec un diagnostic de choc post-traumatique.

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En appel

Paul Mukendi soutient qu’il est victime d’un coup monté et porte sa condamnation en appel.

Il a pris le chemin de la prison jeudi, mais demandera à la Cour d’appel, au cours des prochains jours, d’être remis en liberté durant le processus d’appel.

L’attachée de presse de l’église Parole de vie Marie-Ève Lepage a assuré que toutes les activités du centre chrétien installé dans Vanier se poursuivaient. D’autres pasteurs prendront la relève.

Quelques dizaines de fidèles ont assisté dans le calme à l’imposition de la peine. Après certains accrochages lors d’audiences antérieures, ils avaient été avertis par les constables spéciaux qu’aucune réaction ne serait tolérée.