André St-Cyr estime que les gestes posés ne sont pas «la fin du monde» mais il admet qu’ils ne sont pas corrects.

Le motocycliste aux mains baladeuses s'excuse

TROIS-RIVIÈRES — À peine venait-il de comparaître pour une série d’agressions sexuelles sur neuf femmes que le motocycliste André St-Cyr a présenté ses excuses aux victimes.

À sa sortie du palais de justice jeudi après-midi, l’homme de 58 ans, de Nicolet, a en effet voulu s’adresser aux médias. «Je tiens à m’excuser auprès des victimes, des parents des victimes, de leur entourage, de leurs chums. Je m’excuse aussi auprès de mes collègues de travail, de ma famille et de tout mon entourage. Je le sais bien que ce n’est pas la fin du monde ce que j’ai fait mais ce n’est pas correct. Je le sais et je m’excuse beaucoup. C’est la seule affaire que j’ai faite de mauvais dans ma vie. Je devrais être correct; j’espère que le monde va continuer à me faire confiance», a-t-il déclaré. Interrogé à savoir s’il entendait plaider coupable, il a cependant répondu: «On verra!»

Rappelons que ce cuisinier (il arborait encore son uniforme dans le box des accusés) a été formellement accusé de neuf chefs d’agressions sexuelles contre autant de femmes. Les événements qui lui sont reprochés sont survenus au centre-ville de Trois-Rivières entre le 1er mai 2017 et le 29 mai 2018. Ses présumées victimes étaient toutes des femmes adultes, sauf une qui était âgée de 16 ans.  

À bord de sa motocyclette, il aurait abordé des femmes pour demander des indications. Il les inviterait alors à s’approcher en raison du bruit ambiant. C’est alors que le suspect feint de perdre l’équilibre afin de toucher les seins des femmes.

Les premières infractions auraient eu lieu en mai 2017. À deux reprises au cours de ce mois, il aurait usé de ce stratagème pour agresser les femmes. En septembre, il y aurait eu une récidive. Il serait ensuite revenu à la charge à sept reprises entre le 22 avril 2018 et le 29 mai dernier avant d’être arrêté.  

La Couronne ne s’est pas objectée à sa remise en liberté. Cependant, le prévenu, qui est défendu par Me Pénélope Provencher, devra respecter plusieurs conditions dont celles de garder la paix, de ne pas entrer en contact avec les victimes, ni avoir d’armes en sa possession. Il ne pourra pas non plus se rendre au centre-ville de Trois-Rivières sauf pour se présenter devant le tribunal et rencontrer son avocate.

Sa cause a été reportée au 10 juillet.

L'individu demande à des passantes des indications routières. Il les invite à s’approcher en raison du bruit ambiant. Il feint alors de perdre l’équilibre et s’appuie sur la poitrine des femmes pour éviter de chuter.

La médiatisation de cette affaire et la diffusion sur les réseaux sociaux d’une vidéo où on voit le motocycliste aux mains baladeuses a d’ailleurs entraîné le dépôt de nouvelles plaintes puisqu’au moment de son arrestation jeudi, il était question de cinq victimes. À ce jour, neuf ont maintenant porté plainte mais la police n’exclut pas la possibilité que d’autres présumées victimes se manifestent.

La sexologue Genny Harvey est du même avis. Bien qu’elle n’ait pas rencontré le suspect ni fait d’évaluation officielle, elle ne ferme pas la porte à un plus grand nombre de victimes. «Il peut arriver que certaines victimes aient peur de se retrouver confrontées au système judiciaire. Cela ne pourrait être que la pointe de l’iceberg», a-t-elle indiqué.

Interrogée sur ce qui peut expliquer un tel comportement dans une société où il existe des danseuses nues et des travailleuses du sexe, elle demeure prudente. «Ce qui pourrait l’exciter, c’est peut-être l’absence de consentement et l’effet de surprise. Une sorte de «touch and run», a-t-elle avancé.

Sans émettre non plus d’hypothèse sur son degré de dangerosité, elle soutient néanmoins que des agressions auraient vraisemblablement été commises, ce qui risque de causer des séquelles. «Un individu qui agit de la sorte va dans un endroit où il n’a pas été invité. Pas seulement au niveau du corps des plaignantes mais aussi dans leur cœur et leur intimité. Elles pourraient avoir des séquelles et redouter par exemple la présence d’un motocycliste sur la rue», a-t-elle conclu.