Le palais de justice de Québec

Le mélange funeste de la drogue et de la maladie mentale

La justice se veut sévère avec les consommateurs de drogue dure. Mais elle sait aussi s’adoucir lorsque la maladie mentale brouille le portrait.

Marc-André, 30 ans, s’est fait prendre le printemps dernier, avec un ami, en train de consommer des méthamphétamines dans un stationnement souterrain du quartier Saint-Roch. Il avait quatre comprimés dans ses poches. C’était la première fois que Marc-André avait affaire avec la justice.

L’homme vit en marge de la société. Il n’a jamais fait de demande pour une prestation d’aide sociale. Sa dernière adresse connue est la maison de L’Auberivière pour sans-abri.

Marc-André est détenu à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec depuis l’été. Il a commis un méfait sur des biens, pour lequel il a été déclaré non criminellement responsable.

Les médecins psychiatres viennent d’en arriver à une conclusion troublante pour Marc-André; il souffre très certainement de schizophrénie.

La maladie mentale ne rendait pas Marc-André incapable de savoir que posséder des drogues dures contrevient à la loi. Au moment de son arrestation, son état mental était perturbé par la consommation de drogue, mais aussi par des symptômes psychotiques, évaluent les psychiatres.

Détention provisoire

Marc-André a déjà purgé l’équivalent de 84 jours en détention provisoire, notamment pour mener tous les examens psychiatriques. Son avocate, Me Marie-Pier Bertrand du bureau de l’Aide juridique, estime, vu sa culpabilité morale atténuée, qu’il a déjà été suffisamment puni. Un sursis de peine avec une probation de deux ans serait approprié, croit l’avocate. D’autant plus que Marc-André est suivi étroitement par le Tribunal administratif du Québec, qui déterminera sous peu s’il peut vivre à nouveau en société.

Le procureur de la Couronne, Me Simon-Pierre Lavoie, a souligné à quel point l’histoire de Marc-André est une triste illustration des dommages liés à la consommation de méthamphétamines.

Il est impératif que Marc-André sorte la drogue de sa vie, insiste Me Lavoie. Pour le dissuader de consommer de nouveau, le procureur suggère d’inscrire une détention (déjà purgée) de 15 jours en plus de la probation de deux ans.

Clémence du juge

Le juge René de la Sablonnière a reconnu que la suggestion de la Couronne était tout à fait légitime. Il a toutefois choisi de s’en écarter pour ne pas inscrire de détention au dossier de Marc-André, et faire de la prison un point de départ pour une peine lors d’une éventuelle récidive.

«Vous avez malheureusement un problème de santé, ce n’est pas de votre faute, a dit le juge à l’accusé. Mais quand vous consommez des stupéfiants, vous ne faites qu’aggraver la situation.»

Si Marc-André se retrouve à nouveau face à la justice pour des infractions liées à la consommation de drogue, la cour n’aura pas la même attitude conciliante, prévient le juge, en acceptant le sursis de peine pour deux ans.

L’homme a semblé vouloir saisir la main tendue. Il dit s’être servi de sa période de détention comme cure de désintoxication et être sobre depuis décembre.