Le maire Régis Labeaume à son arrivée au Centre des congrès, pour la cérémonie en hommage à trois des victimes de l'attentat de la Grande Mosquée de Québec.

Le maire veut faire cesser le harcèlement à Québec

Cinq jours après l'attentat meurtrier qui a ébranlé toute la communauté de Québec, le maire Régis Labeaume peine encore à croire que tout ça est arrivé. Il est toutefois déjà prêt à «investir» pour combattre la haine et plus particulièrement le harcèlement sur les réseaux sociaux.
«Je pense sincèrement qu'on ne réalise pas encore. C'est vraiment mon sentiment. On est dans un tourbillon depuis dimanche soir 21h. Ça a été une semaine complètement folle. Elle vient de finir, j'ai l'impression. Je pense qu'on ne réalise pas qu'il y a eu une fusillade à Québec et qu'il y a déjà six personnes mortes. Quand je redis la phrase moi-même, les cheveux m'en dressent sur la tête. [...] À un moment donné, ça va décanter et je pense que ça va nous frapper comme un train», a témoigné le maire de Québec vendredi après avoir été invité à dresser le bilan de sa semaine.
M. Labeaume dit sentir «une volonté dans la communauté que ça cesse tout ça», le climat de méfiance et de haine. Et il entend saisir la balle au bond: «Moi, je pense que c'est un tournant, je pense qu'il y a des choses qui ne pourront plus être dites. Il y a des gens qui devront réfléchir. Le niveau de haine qui existe dans certains milieux ne pourra plus exister. Et il faut vraiment à partir de maintenant combattre ça.»
Pour y arriver, il entend cibler les jeunes. «Les jeunes ne sont pas racistes, ils ne sont pas xénophobes, mais ils sont aussi souvent dans un milieu de haine, de harcèlement. C'est insidieux, c'est vicieux avec les canaux qu'on connaît maintenant», a déclaré le maire en référence aux réseaux sociaux.
«Je suis convaincu qu'il faut investir là-dedans parce qu'on n'a plus le choix. [...] C'est notre devoir nous les élus, surtout municipaux, parce qu'on est près des gens. On sait souvent où sont ces foyers de haine. Nos enfants, nos amis, les amis de nos enfants sont harcelés d'une façon ou d'une autre ou participent à ça. Sur le terrain, il faudra qu'on fasse des choses très, très concrètes», a-t-il poursuivi, convaincu d'obtenir l'appui des gouvernements supérieurs.
La Ville de Québec pourra partir d'un plan sur le thème du vivre-ensemble en élaboration depuis plusieurs mois déjà.
Quant à la répression, M. Labeaume y croit tout autant. L'arrestation d'un citoyen de Québec pour avoir tenu des propos haineux envers les musulmans est pour lui «une excellente nouvelle».
«Parce qu'à un moment donné, il y a un bout, il y a des limites. Pis là, revenez-moi pas avec l'histoire de la liberté d'expression. La liberté d'expression ne sera jamais en danger à Québec, au Québec et au Canada. Vous allez y veiller et je n'ai pas d'inquiétude là-dessus. Le tort souvent irréparable que les trolls, que la haine via Internet, l'impact que ça a sur des individus, sur des jeunes, sur des adolescents, on n'a pas idée», s'est encore emporté le maire.
Un cimetière musulman promis pour Québec
Québec aura son cimetière musulman. Le maire Régis Labeaume en a fait l'annonce vendredi lors de son allocution pendant la cérémonie funéraire où étaient rassemblés des milliers de membres de la communauté musulmane. «Je veux vous dire: vous aurez ce cimetière musulman», a-t-il martelé à la grande satisfaction de la foule.
L'élu municipal n'était toutefois pas en mesure de dire où et quand pourrait se concrétiser ce projet longuement désiré dans la capitale. Il y a actuellement un seul cimetière musulman au Québec et il se trouve à Montréal.
Des discussions ont déjà eu lieu sur le sujet cette semaine et elles devront se poursuivre, mais l'engagement de la Ville de Québec est ferme, a répété M. Labeaume en point de presse. Il n'a pas dit si des fonds publics pourraient être investis pour l'achat des terrains, qui restent à cibler.