Après avoir subi son enquête préliminaire, Keven St-Hilaire, 32 ans, a choisi de plaider coupable en juin dernier à l’accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort.
Après avoir subi son enquête préliminaire, Keven St-Hilaire, 32 ans, a choisi de plaider coupable en juin dernier à l’accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort.

Le «coût» de l’ivresse au volant

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Keven St-Hilaire est un bon travaillant, sans antécédent judiciaire. Le 23 mars 2018, il a refusé de confier ses clefs et a conduit sa camionnette même s’il avait bu plusieurs bières. Le jeune Thomas Ratté, 17 ans, en a payé le prix de sa vie. La justice doit maintenant déterminer pour l’accusé le «coût» de ce crime, toujours un des plus mortels au pays.

Après avoir subi son enquête préliminaire, St-Hilaire, 32 ans, a choisi de plaider coupable en juin dernier à l’accusation de conduite avec les capacités affaiblies causant la mort.

Après un 5 à 7 étiré au bar le Dooly’s de Charlesbourg, Keven St-Hilaire, propriétaire d’une entreprise de couvre-plancher, veut rentrer chez lui. Il a repris les clefs qu’il avait pourtant remis à une amie et refuse le plan de raccompagnement qu’elle lui propose.

Dans une portion un peu sombre du chemin Bourg-Royal, le conducteur percute le jeune Thomas, qui roulait sur sa planche en bordure de la route, près de deux amis qui eux marchaient sur le gazon.

Thomas a subi des blessures telles qu’il a été déclaré en mort cérébrale et est décédé quelques heures plus tard.

Keven St-Hilaire avait un taux d’alcoolémie de 0,152 au moment de l’impact.

Après avoir plaidé coupable, Keven St-Hilaire a rencontré un agent de probation pour éclairer le tribunal sur son profil. L’homme affirme, et ses proches confirment, qu’il n’avait pas de problème de consommation excessive d’alcool. Il a cessé complètement de boire depuis l’impact. Ses proches décrivent Keven St-Hilaire comme un individu généreux, toujours prêt à aider.

L’accusé s’est excusé à la famille de Thomas et a témoigné qu’il aurait préféré mourir que d’avoir le décès de l’adolescent sur la conscience. «J’aimerais avoir une chance de vous montrer que je ne suis pas une mauvaise personne», affirme Keven St-Hilaire.

Avant de la prononcer, le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé répétera à quelques reprises que cette suggestion est «clémente». Il estime à trois ans de détention la peine juste et appropriée pour St-Hilaire, compte tenu du plaidoyer de culpabilité, de la feuille de route vierge et du risque de récidive quasi-inexistant.

Selon la jurisprudence, les peines d’ivresse au volant causant la mort les moins sévères se situent entre 18 mois et trois ans de détention.

La peine devrait être accompagnée d’une interdiction de conduire de cinq ans, selon la Couronne.

L’avocat de la défense Me Rénald Beaudry plaide en faveur d’une peine de 18 mois de détention, avec par la suite une interdiction de conduire de deux ans. «Il faut trouver l’équilibre entre l’individu et l’exemplarité», insiste MBeaudry.

Le juge Jean-Louis Lemay de la Cour du Québec rendra sa décision sur la peine à la mi-décembre.

Thomas Ratté

Le coeur handicapé

Deux ans, sept mois et 28 jours. C’est le temps qui a passé depuis que Thomas Ratté a été arraché brutalement aux siens. Sa mère Odette Lachance sait qu’elle ne sortira jamais complètement de cette peine immense. «Je ne suis plus celle que j’étais, je ne suis plus la même maman», témoigne celle qui dit constamment lutter contre sa peur de perdre un autre enfant. Le père de Thomas, Benoît Ratté, a besoin d’une longue pause avant d’être capable d’attaquer la lettre écrite pour la cour. Le papa a le coeur «handicapé», comme il le dit, et ne compte plus les nuits blanches à pleurer son benjamin. 

Les deux grandes soeurs, Marilou et Rachel, s’ennuient chaque jour de leur complice, leur petit frère si attachant. Devant la cour, sa famille décrit Thomas comme un garçon simple, drôle, à la personnalité lumineuse. Il aimait les jeux de société, faire du vtt, chanter, jouer aux quilles.

La copine de Thomas au moment du drame, Camélia Lopez, a assisté elle aussi aux représentations sur la peine. Camélia marchait avec Thomas et un autre ami lorsque le chauffard Keven St-Hilaire a fauché le jeune homme.

Elle a raconté à quel point toute la polyvalente de Charlesbourg a été plongée dans le deuil après la mort de celui qu’ils appelaient «Tomy».