Le conjoint d’Éloïse Dupuis satisfait, sa tante en furie

Ce n’est pas le rapport du coroner Luc Malouin qui réunira la famille d’Éloïse Dupuis, décédée après avoir refusé des transfusions sanguines. Son conjoint, également Témoin de Jéhovah, est satisfait du rapport alors que sa tante, qui ne fait pas partie du mouvement, le considère comme un «torchon».

«Après 13 mois d’attente, je m’attendais au moins à un rapport étoffé, mais ce n’est pas le cas. Le coroner a mis trois paires de gants blancs pour ne pas heurter la Watchtower [Watchtower Bible and Tract Society of New York, Inc., principale entité légale utilisée par les Témoins de Jéhovah]», a déclaré au Soleil Manon Boyer, tante de la défunte.

«Ce n’est pas vrai qu’on est libre de donner son consentement quand on fait partie d’une communauté religieuse comme les Témoins de Jéhovah, qui s’apparente davantage à une secte», poursuit-elle. 

Mme Boyer déplore aussi que le coroner suggère un plan de traitement particulier en cas de pertes sanguines importantes alors qu’il déclare également qu’une transfusion était «la seule solution» dans le cas de sa nièce.

«Moi, je suis pour la liberté de religion, mais pas au prix d’une vie. L’an dernier, le premier ministre Couillard avait dit qu’il fallait travailler en amont pour ne pas que des choses horribles comme ça se reproduisent. Mais qu’a-t-il fait?», s’interroge-t-elle.

Séquestrée

Le coroner a également écrit qu’il considérait que la famille proche d’Éloïse Dupuis, à savoir son conjoint et ses parents, avait le droit de vouloir vivre les dernières minutes de sa vie avec elle en privé. Sa tante estime plutôt que la défunte a été séquestrée puisque l’accès à sa chambre lui a été refusé, de même qu’à certaines amies d’Éloïse.

«Le coroner ne veut pas l’admettre, mais personne ne va pouvoir me dire le contraire : elle a été séquestrée. On le voit dans le rapport : elle n’a pas eu accès à personne qui n’était pas Témoin de Jéhovah, sans ça je suis certaine qu’elle aurait changé d’idée», indique celle qui voudrait voir les lois changer.

«Il faudrait que quand quelqu’un arrive à l’hôpital, on le soigne, sinon tu t’en vas chez vous. Je ne lâcherai pas. Je vais continuer de faire pression sur le gouvernement à ce sujet. Le député de la Coalition avenir Québec, Simon Jolin-Barrette, a demandé que les lois soient revues, mais il n’a pas été écouté. Il y a une élection en 2018», poursuit la femme, dont le groupe Facebook «En Mémoire d’Éloïse Dupuis» compte 15 300 membres.

Le conjoint satisfait

Dans un courriel expédié au Soleil, le conjoint d’Éloïse Dupuis, Paul-André Roy, s’est à l’inverse dit reconnaissant du travail du coroner.

«La mort d’Éloïse est une tragédie qui a bouleversé notre existence. Éloïse nous manque énormément. Comme le coroner l’a noté dans son rapport, les choix qu’Éloïse a faits quant aux soins à recevoir ont été faits de façon autonome et non sous la contrainte. Elle était une femme intelligente aux convictions personnelles et profondes», écrit-il.

Son mari ajoute que ce n’est pas parce qu’elle y était forcée qu’elle a refusé toute transfusion, mais bien par respect pour ses convictions auxquelles elle attachait un grand prix. «Elle comprenait bien les risques et les avantages des autres traitements médicaux qui lui étaient offerts.»

«Elle a réfléchi à ces deux options longtemps avant l’accouchement et elle y a réfléchi de nouveau tout au long de sa dure épreuve. Elle a finalement persisté dans sa volonté de n’être soignée qu’au moyen de techniques médicales autres que la transfusion sanguine», poursuit-il.

Paul-André Roy a également salué le travail du comité de liaison hospitalier des Témoins de Jéhovah, un organisme qui est qualifié de «police du sang» par ceux qui sont opposés au mouvement, et de l’équipe des soins intensifs de l’Hôtel-Dieu de Lévis. 

«Les membres du comité de liaison ont pourvu à des renseignements utiles sans jamais chercher à imposer leur conscience à Éloïse. Notre famille les remercie pour leur aide et leur soutien durant cette période difficile. [...] L’équipe des soins intensifs a fait tout ce qui était en son pouvoir pour aider Éloïse. Ils ont mis en œuvre, rapidement et avec décision, des stratégies visant à la rétablir après son pénible accouchement et après les interventions qu’elle avait subies par la suite», conclut le veuf.

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Éloïse Dupuis

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«Excellent rapport», juge Barrette

Le ministre de la Santé Gaétan Barrette estime que le coroner Luc Malouin a produit un «excellent rapport». 

M. Barrette est heureux que le personnel de l’Hôtel-Dieu de Lévis n’ait rien à se reprocher dans le cas du décès d’Éloïse Dupuis. «L’institution a fait tout, avec respect et délicatesse, pour amener la personne à prendre une autre décision, en respectant ses choix.»

«Je vous dis pas que je suis heureux de la situation. C’est un drame pour cette personne-là et son enfant. Mais on est dans une société de droit, de liberté religieuse», a-t-il soutenu. 

Le ministre de la Santé rappelle que toute personne a le droit de refuser un traitement, comme une transfusion sanguine, même si cette décision a une conséquence vitale. «On attache un qualificatif émotif, religieux, alors que dans les faits, sans aucune raison religieuse, une personne saine d’esprit aurait eu aussi le droit de refuser ce traitement-là», explique-t-il. 

Le ministre en a profité pour casser du sucre sur le dos de la Coalition avenir Québec (CAQ), qui lui demandait d’intervenir dans les hôpitaux l’an dernier, à la suite du décès de Mme Dupuis. Selon lui, la CAQ a «fait de la politique de bas étage». Patricia Cloutier