L'avocat Jean-Roch Parent accusé de menaces envers des policiers [VIDÉO]

Ce qui devait être une simple remise d’un constat d’infraction pour ne pas avoir respecté une voie réservée aux autobus a rapidement tourné au vinaigre pour un avocat de Québec, en mai 2017. «Touche-moi pas, je te cogne!» peut-on entendre dire l’accusé à un policier dans une vidéo déposée en preuve par la Couronne, au deuxième jour de son procès devant jury.

Jean-Roch Parent, 41 ans, doit répondre à des accusations d’entrave au travail des policiers, menaces de causer la mort ou des lésions corporelles, entrave à la justice en intimidant un agent afin qu’il cesse son intervention et intimidation à l’endroit d’une personne associée au système de justice.

Le policier de la Sûreté du Québec (SQ) Damien Bélanger, qui a participé à l’arrestation de Parent, a poursuivi mardi son témoignage entamé la veille.

Au matin du 4 mai, l’agent Bélanger et son coéquipier Bruno Turgeon mènent une opération visant à faire respecter la voie réservée aux autobus, au covoiturage et aux voitures électriques branchables sur l’autoroute Dufferin-Montmorency sud à l’intersection de la rue de la Potasse, en haute ville.

Peu avant 8h, les policiers aperçoivent la Pontiac Transam 1980 rouge que conduit Jean-Roch Parent s’approcher d’eux dans la voie réservée, alors qu’il n’y a seulement que deux passagers à bord — le minimum est de trois pour y circuler. 

L’agent Bélanger explique dans son témoignage qu’il semble se passer quelque chose d’anormal à bord du véhicule, le conducteur gesticulant et parlant très fort à l’autre passager, un garçon d’environ 15 ans. Après s’être approché de la fenêtre du côté passager pour aborder le fautif, le patrouilleur Bélanger lui mentionne qu’il est en infraction et qu’il doit se ranger sur le trottoir où les policiers font stationner les véhicules en attendant de leur remettre leur constat d’infraction, pour dégager la voie publique.

Le conducteur est en crise, affirme le policier. «Je vois l’écume sur le bord de la bouche», dit-il. Parent lui crie qu’il ne montera pas là et qu’il n’avait pas le droit de le faire monter là. «Mange de la marde, tu n’auras pas mon permis», aurait-il lancé après que l’agent Bélanger lui ait demandé ses papiers. Selon le témoin, ces propos seront répétés à de nombreuses reprises au cours de l’intervention. 

Même s’il refuse de monter sur le trottoir, Parent accepte tout de même d’avancer son véhicule de quelques mètres pour permettre à un autre conducteur fautif de s’y garer.

Le jeune passager, lui «très poli», selon le policier, demande s’il peut quitter pour aller à l’école. Le policier acquiesce à cette requête, ce qui rend le conducteur encore plus en colère.

L’agent Bélanger demande une fois de plus à Parent de s’identifier, mais en vain. Devant la réticence de l’individu, l’agent de la paix contourne la voiture et l’interroge une nouvelle fois. Parent rétorque alors en s’enquérant à plusieurs reprises du nom de l’agent.

L’agent Bélanger s’interroge sur ce refus obstiné de s’identifier pour un simple constat d’infraction à 100 $.

Disant craindre que Parent mette les gaz et prenne la fuite, le patrouilleur demande au chauffeur de sortir de son véhicule. Comme les deux hommes se trouvent au beau milieu de la voie de circulation, M. Bélanger indique à Parent de se diriger vers le trottoir. «Ma sécurité est compromise et ça ne me tente pas de me faire accrocher», se remémore l’agent.

Vidéo

En preuve, la Couronne a déposé une vidéo filmée par un automobiliste. On y voit l’avocat qui demande à l’agent Bélanger de s’identifier une nouvelle fois. Accompagné du policier Bruno Turgeon qui est venu prêter main-forte à son coéquipier, Parent «se débat» au moment où un des deux policiers posent une main sur lui pour l’inciter à se déplacer.

Le conducteur pointe alors le patrouilleur Turgeon et lui lance : «Touche-moi pas, je te cogne!». C’en est trop pour les policiers, qui décident de procéder à son arrestation pour menace et entrave.

Lorsqu’il est amené au sol pour être menotté — un processus complexe, puisque le prévenu ne collabore pas, selon le témoin — Parent change de ton. «C’est pas ça que je voulais dire», peut-on l’entendre dire sur la bande vidéo. «Je ne vous menace pas, c’est vous autres qui me poussez», poursuit-il.

Durant l’intervention, se souvient le policier, Parent a souvent fait mention de son métier d’avocat. «Je suis un avocat. Vous avez pas d’affaire à m’arrêter. Vous êtes dans la marde, je vais vous poursuivre», aurait crié le prévenu avant de citer des cas de jurisprudence.

L’exercice de la fouille avant d’embarquer Parent dans l’autopatrouille n’a pas non plus été de tout repos pour les policiers. L’accusé ne fait que crier et n’écoute pas du tout les consignes, relate l’agent Bélanger qui obtient pour la première fois les informations de l’avocat une fois celui-ci dans la voiture de police.

Avant de prendre la direction du poste de la SQ, Parent lance sur un ton calme : «Donnez-moi mon constat pis on oublie ça», des paroles qui ont marqué M. Bélanger.

Arrivé au poste de la rue des Rocailles, Jean-Roch Parent a refusé de signer les papiers qui confirment que ses droits lui ont bien été expliqués.

L’agent Damien Bélanger admet que cette intervention a été éprouvante pour lui, «parce que M. Parent m’est rentré dans la tête». Il explique s’être remis en question durant toutes les étapes de l’intervention en raison de ce que le policier dit avoir perçu comme «des menaces», notamment de poursuites judiciaires et déontologiques.

Rapport remis en doute

L’avocat de Parent, Me Mathieu Giroux, a multiplié ses questions concernant des éléments précis de l’intervention qui a mené à l’arrestation de son client le 4 mai 2017.

«Votre souvenir des événements, vous le qualifierez de comment?» a-t-il demandé à l’agent qui lui a répondu qu’il se souviendrait de cette journée toute sa vie.

Pressé de questions pointues, M. Bélanger a dû avouer que quelques détails lui échappaient.

Me Giroux a également confronté l’agent Bélanger au rapport d’événement qu’il a rédigé à son retour au poste de la SQ. L’avocat de Parent observe qu’il n’est pas indiqué dans le rapport que le policier s’identifie lorsque l’accusé lui demande.

Me Giroux prétend que son client n’a pas voulu garer sa voiture à l’endroit indiqué par les policiers parce qu’il risquait d’endommager le dessous de son véhicule et qu’il aurait préféré se stationner ailleurs, où le risque de dommage était moins grand.

Il a aussi déploré que son client ait dû attendre plus d’une heure après avoir été mis en état d’arrestation pour pouvoir contacter un avocat.

L’autre policier impliqué, Bruno Turgeon, et le citoyen qui a capté la vidéo viendront aussi témoigner lors de ce procès prévu durer deux semaines.