Jean Petit, 59 ans, avocat depuis 35 ans, est une figure connue au palais de justice de Québec.

L'avocat Jean Petit radié pour trois mois

Lion au tribunal, mouton en affaires? L’avocat criminaliste Jean Petit dit avoir tout perdu après s’être fait «arnaquer» par le conjoint d’une cliente fraudeuse. Il vient d’être radié de son ordre professionnel pour trois mois après s’être approprié des honoraires et avoir fait défaut de déposer des sommes dans son compte en fidéicommis.

Jean Petit, 59 ans, avocat depuis 35 ans, est une figure connue au palais de justice de Québec. Au fil des années, il a défendu des agresseurs sexuels, des fraudeurs, des conducteurs accusés d’ivresse au volant, entre autres. 

Me Petit a défendu le meurtrier de la Grande Mosquée Alexandre Bissonnette durant quelques mois.

L’avocat est aussi une figure connue du Conseil de discipline du Barreau du Québec. Au total, Jean Petit a été sanctionné à neuf reprises depuis 2014, dont une fois pour avoir menti à la Cour.

Déjà en 2009, Me Petit avait reçu une mise en garde formelle pour lui rappeler de déposer dans son compte en fidéicommis toute avance qu’il pouvait recevoir de ses clients. Il a malgré tout été pris en défaut à deux reprises. 

Jean Petit a été déclaré coupable l’automne dernier de ne pas avoir déposé sans délai dans son compte en fidéicommis une somme de 5000 $ et de ne pas avoir rendu des services professionnels pour une somme d’au moins 5000 $ reçue à titre d’avance.

Vingt et une autres infractions déontologiques sont toujours pendantes à son dossier.

Ses plus récentes infractions déontologiques vaudront à Jean Petit une amende de 5000 $ et une radiation de trois mois, soit jusqu’au début du mois d’août.

«Dindon de la farce»

Au cours des audiences sur la sanction, l’avocat a admis avoir été «négligent» avec ses finances. Il a tenté d’expliquer ses déboires au Conseil de discipline.

Jean Petit a témoigné avoir été «arnaqué» par le conjoint d’une de ses clientes, une dame accusée de fraude. L’avocat dit être devenu partenaire dans l’importation de boissons énergétiques fabriquées au Portugal. Jean Petit aurait vu la poudre à la base du produit, mais ne connaissait pas le nom de la boisson ni celui des autres associés du projet.

Sans signer de convention d’actionnaires, Jean Petit aurait remis au conjoint de la fraudeuse un chèque de 100 000 $, avec la mention «remboursement d’honoraires». Jean Petit dit avoir investi au total 539 000 $ dans cette aventure qui allait tourner au désastre, dont 100 000 $ appartenant à son épouse. En sus du montant, le père de l’avocat aurait investi 50 000 $.

Jean Petit affirme n’avoir jamais revu la couleur de son investissement. «J’ai été le dindon de la farce», affirme-t-il.

Le criminaliste n’a pas déposé de plainte à la Sûreté du Québec; il dit ne pas avoir confiance en la personne responsable des enquêtes de fraude. L’avocat n’a pas non plus intenté de recours civil et n’a pas tenté de rencontrer son ex-partenaire d’affaires pour retrouver son bien. Jean Petit dit avoir préféré passer à autre chose.

Depuis ce qu’il présente comme un fiasco financier, Jean Petit a perdu l’immeuble où ses bureaux professionnels étaient installés. Il a aussi dû quitter sa maison de l’île d’Orléans, causant une perte de 325 000 $ à son épouse.

Il y a un an, Jean Petit a déposé une proposition à ses créanciers. Il devra les rembourser jusqu’en février 2022, à raison d’une somme variant de 1500 $ à 3500 $ par mois.

Depuis 2015, l’avocat a connu plusieurs problèmes de santé qui l’ont tenu à l’écart du tribunal durant plusieurs mois.

Les fautes commises par Jean Petit se situent «au cœur même de la profession d’avocat» et «au sommet de l’échelle en matière de gravité objective», note le Conseil de discipline dans sa décision. «Il s’agit d’un comportement inacceptable et préoccupant pour un membre du Barreau», ajoute le Conseil.