Le conseil a notamment pu entendre Jean-Roch Parent tenir des propos «méprisants» et «sarcastiques» envers des juges de la Cour municipale, de la Cour du Québec et de la Cour supérieure.

L’avocat de défense Jean-Roch Parent radié provisoirement

Pour son comportement «désordonné et hors de contrôle», l’avocat de défense Jean-Roch Parent doit être exclu des salles d’audience, estime le conseil de discipline du Barreau du Québec qui a prononcé une radiation provisoire jusqu’à la fin des procédures disciplinaires.

Dans une costaude décision de 130 pages, le conseil de discipline retient que le bouillant avocat aurait, au cours des derniers mois seulement, «mal agi ou tenu des propos inappropriés envers trois juges, quatre procureurs de la poursuite et un agent du service correctionnel, en plus d’avoir fait preuve de négligence et d’un manque de diligence à l’endroit d’un client».

Le syndic du Barreau a réussi à convaincre le conseil de discipline d’utiliser une mesure exceptionnelle, invoquée en cas d’urgence, pour retirer temporairement son droit de pratique à un avocat, lorsque la protection du public l’exige.

Plusieurs des infractions contenues dans les plaintes reposent sur des enregistrements audio qui laissent peu de place à l’interprétation, note le conseil de discipline, présidé par Me Hélène Desgranges.

Le conseil a notamment pu entendre Jean-Roch Parent tenir des propos «méprisants» et «sarcastiques» envers des juges de la Cour municipale, de la Cour du Québec et de la Cour supérieure. 

Devant le conseil, Jean-Roch Parent s’est défendu en plaidant que, par son attitude combative, il ne faisait que remplir ses obligations envers ses clients.

Le conseil de discipline n’est pas d’accord. «Un avocat de la défense peut représenter ses clients avec vigueur en demeurant respectueux et professionnel et surtout sans se livrer au genre d’excès qui lui est reproché», écrit le conseil. 

Client dans le noir

Le conseil de discipline a centré son analyse sur la dernière plainte disciplinaire portée par le syndic après une absence à la cour de Jean-Roch Parent le 15 novembre à l’occasion des représentations sur la peine d’un client policier, coupable de trafic de drogue et utilisation non autorisée de son ordinateur.

Le client, détenu, s’est plaint au syndic d’avoir appris le matin même qu’il était convoqué à la cour. Il n’avait jamais réussi à joindre son avocat et disait ignorer des offres faites par la Couronne. «Les clients sont en droit de s’attendre à ce que leur avocat fasse preuve d’une disponibilité et d’une diligence raisonnable», rappelle le conseil de discipline.

Même si, au fil des derniers mois, l’avocat a déjà fait l’objet d’une sanction (amende de 3000 $) pour des propos grossiers à une collègue, il n’a pas changé son comportement, constate le conseil de discipline. «L’intimé semble négliger ou peu se soucier du respect de ses obligations déontologiques», juge le conseil de discipline.

Les infractions commises ou alléguées révèlent une désinvolture et un manque d’inhibition et de filtre, note le conseil, sans pouvoir mettre le doigt sur la cause, s’il y en a une, du comportement de l’avocat qui pratique depuis 2002.

Jean-Roch Parent fait présentement face à cinq plaintes disciplinaires distinctes. En décembre, il a été acquitté de trois infractions déontologiques sur quatre dans le seul dossier pour lequel il a eu un procès et présenté une défense.

Il devra aussi subir son procès criminel en février pour entrave à la justice et menace de causer des lésions à un policier. «Si tu me retouches, je vais te cogner», aurait lancé Parent à un policier qui venait de l’intercepter dans une voie réservée aux autobus.

Bouton-panique à la cour d’appel

La décision du conseil de discipline survient au lendemain d’une autre audition houleuse impliquant Jean-Roch Parent. 

Mercredi matin, le ton adopté par l’avocat Parent était très loin des limites du décorum. Les juges siégeant à la Cour d’appel ont appuyé sur le bouton-panique de la salle d’audience lorsque le client de Jean-Roch Parent s’est levé pour s’adresser à la cour. Une dizaine de constables spéciaux, normalement absents en Cour d’appel, se sont précipités dans la salle d’audience. Les juges se sont retirés le temps que les esprits se calment. Ils ont indiqué qu’ils ne tiendraient pas rigueur à l’avocat Parent avant de rejeter son appel.