La voiture de Mohamed Labidi a été incendiée à 1h30, le 6 août.

L'auto du président du Centre culturel islamique incendiée

Les membres de la communauté musulmane et de la classe politique sont sous le choc, mercredi, alors que la voiture du président du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) ait été incendiée dans la nuit du 5 au 6 août. La police refuse toutefois de parler spécifiquement d'un geste haineux.
Vers 1h30 cette nuit-là, la voiture de Mohamed Labidi était stationnée chez lui lorsque l'incendie s'est subitement déclenché. Mercredi, l'information a été communiquée au public et la police dit enquêter sur un incendie d'origine criminelle. 
Elle refuse toutefois de parler spécifiquement d'un geste à caractère «haineux». «Il faut faire attention. C'est une hypothèse qui est envisagée et toutes les hypothèses sont envisagées, mais on traite l'événement avec sérieux», a commenté mercredi après-midi le lieutenant Jean-François Vézina, du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ). 
Cette déclaration détonne avec la réaction du maire de Québec, Régis Labeaume, qui n'a pas tardé à qualifier de «haineux» l'acte qui, selon lui, serait aussi dirigé vers la communauté musulmane de la capitale. 
La police n'a pas voulu expliquer si un lien était possible entre l'incendie criminel et l'annonce de la vente d'un terrain pour l'établissement d'un cimetière musulman, qui avait été faite deux jours plus tôt.
Martelant que toutes les hypothèses sont étudiées pour l'instant, le SPVQ n'a pas voulu dire si un individu ou un groupe d'individus étaient dans la mire des autorités. 
«L'acte criminel peut aussi avoir été commis par un individu qui n'a aucune mauvaise intention face à M. Labidi ou à la communauté musulmane», a défendu le lieutenant en point de presse. «Que ce soit des groupes précis ou des individus précis, on a tout le temps des gens qu'on peut soupçonner lorsque ce genre d'infraction criminelle-là est commis. Par contre, je n'ai pas d'information précise à vous donner à ce niveau-là», a-t-il commenté.
«Préoccupé» par la situation, le SPVQ explique le silence de plus de deux semaines à parler publiquement de cet événement par le désir de respecter la demande d'anonymat de la famille Labidi. M. Vézina a aussi évoqué des raisons stratégiques.
Faisant appel au public pour obtenir de l'information, la police de Québec a souligné que personne n'avait été arrêté en lien avec l'incendie criminel. On précise par ailleurs que les membres de la famille de M. Labidi ainsi que des voisins ont été rencontrés par les enquêteurs. 
La police de Québec a souligné maintenir une surveillance accrue près des lieux de culte et des résidences des administrateurs du CCIQ, surtout depuis l'événement du 6 août. 
Dans un communiqué de presse, le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) a dénoncé «ce crime haineux» et a précisé que celui-ci s'ajoute à une longue liste de gestes du même acabit commis contre l'organisme et ses membres. Ainsi, quelques jours après que la voiture fut incendiée, des excréments ont été jetés à la porte de la Grande Mosquée de Québec et ce, sans oublier l'attentat de janvier dernier qui a fait six morts, plusieurs blessés et de nombreux endeuillés.
Selon la police, il serait trop tôt toutefois pour établir un lien entre ces gestes et l'incendie criminel. «Oui on peut regarder s'il n'y a pas des liens à faire entre un événement et un autre, mais c'est le cours de l'enquête qui va nous le démontrer», a avancé le lieutenant Vézina. 
Le CCIQ a aussi soutenu qu'il ne «s'agit plus de simples manifestations d'extrémistes contre l'immigration» puisque leurs actes portent désormais atteinte aux vies des musulmans de Québec. L'organisation fait appel à la générosité des citoyens pour dénoncer les gestes criminels et s'y opposer ainsi qu'à ceux qui les perpétuent.
Le Centre exhorte finalement les Québécois ainsi que les politiciens de la province et du pays à prêter une attention particulière «à la montée de l'extrême droite dans la Ville de Québec» ainsi qu'à mettre les moyens en oeuvre pour lutter contre celle-ci.
«Nous devons faire vite pour que ces extrémismes n'aient aucun espace, ni pour semer la terreur dans notre société, ni pour tuer quiconque: la société québécoise et canadienne ne mérite pas cette haine», conclut le communiqué.
Le Soleil a réussi à joindre à M. Labidi mercredi, mais se conformant à la décision prise par l'administration du CCIQ, il a décliné notre demande d'entrevue. Avec Annie Mathieu
Le président du Centre culturel islamique de Québec, Mohamed Labidi
Chronologie
Ce n'est pas la première fois que la communauté musulmane de Québec est ciblée par des gestes haineux. Retour sur les événements de la dernière année.
Juin 2016
Une tête de porc est déposée devant le Centre culturel islamique de Québec (CCIQ). Celle-ci est accompagnée d'une note où il est inscrit : «bonne appétit [sic]». Plusieurs fidèles avaient qualifié le geste de «désolant» et de «très triste».
Janvier 2017
Un homme ouvre le feu à la Grande Mosquée de Québec, faisant six morts et plusieurs blessés. Le tireur, Alexandre Bissonnette, sera arrêté par les autorités le soir même.
Juillet 2017
Deux jours avant le vote sur le cimetière musulman à Saint-Apollinaire, sur la rive sud de Québec, un Coran déchiqueté accompagné d'un couteau et d'un message haineux est laissé devant le CCIQ.
Août 2017
La voiture du président du CCIQ, Mohamed Labidi, est incendiée, deux jours après que la Ville de Québec et le CCIQ ait conclu une entente sur l'achat d'un terrain pour la création d'un cimetière musulman, dans Sainte-Foy.
Jean-Frédéric Moreau