L'artiste peintre Jean Gaudreau dans sa maison atelier du boulevard Henri-Bourassa

L'artiste Jean Gaudreau victime d'un fraudeur

Floué de plusieurs milliers de dollars par un galeriste montréalais reconnu coupable par le tribunal, l'artiste peintre de Québec Jean Gaudreau sort avec beaucoup d'amertume de cette «histoire cauchemardesque» dont il tire des leçons qu'il souhaite maintenant faire profiter les autres créateurs.
«Il faut s'occuper de ses affaires et ne pas hésiter à mettre les choses au clair. Tout artiste a le droit légitime de reprendre les tableaux qu'il a laissés en consignation», explique M. Gaudreau, rencontré dans sa maison atelier du boulevard Henri-Bourassa, qui donne sur un luxuriant jardin intérieur avec jet d'eau.
C'est à la demande du Soleil que l'artiste est revenu sur sa mésaventure judiciaire qui lui valut son lot de stress et de nuits blanches depuis 2008.
À l'époque, M. Gaudreau prête des oeuvres à la galerie montréalaise Studio 261. Tout marche rondement. Des ventes sont conclues et l'artiste reçoit son dû. Or, lorsque vient le temps de s'informer, les mois suivants, M. Gaudreau se fait répondre laconiquement qu'aucune transaction n'a été faite.
À cette période, la demande pour les tableaux de l'artiste est à la hausse. Dans le cadre du 400e anniversaire de la Ville de Québec, le Moulin à images de Robert Lepage contribue à les faire connaître par une projection sur les silos de la Bungee.
Désireux de reprendre ses toiles à la galerie, M. Gaudreau apprend alors que plusieurs ont été vendues pendant l'été, mais que le propriétaire, Yvon Belzile, en difficultés financières, est incapable de le payer. Au total, pour l'artiste peintre, il s'agit une perte sèche de quelque 20 000$.
M. Gaudreau apprendra que 13 autres artistes ont victimes de la même fraude et dépouillés de sommes importantes. «Je ne pouvais me laisser faire, c'était un vol, alors j'ai décidé de porter plainte à la police.» Un long processus judiciaire se mettra en branle, avec ses incontournables reports et remises. L'artiste sera appelé à témoigner en cour, au palais de justice de Montréal, une expérience éprouvante dont il se serait bien passé.
En début d'année, Yvon Belzile a plaidé coupable à deux chefs d'accusation de vol. Les plaidoyers sur sentence auront lieu en septembre. «Est-ce qu'il va me rembourser? J'en doute fort...», glisse M. Gaudreau.
Plus le goût de peindre
La saga a laissé des traces chez l'artiste de 53 ans, également sculpteur et photographe. «Pendant un moment, pour tout dire, ç'a m'a enlevé le goût de peindre. À un moment donné, tu deviens comme une victime. Ça t'affecte beaucoup. C'est un peu comme le viol d'un talent que tu as passé une vie à perfectionner. Depuis l'âge de 10 ans que je dessine. Je suis un des rares artistes de Québec à vivre de son art. À l'époque, c'était encore plus difficile qu'aujourd'hui. Dans ce temps-là, quand je vendais une toile, c'était carrément mon épicerie.»
«Ça prend de l'audace pour faire ça à un artiste, poursuit-il. Se faire voler une oeuvre, ce n'est pas la même chose que quelqu'un qui se fait voler une souffleuse ou un quelconque équipement. L'art, c'est quelque chose d'extrêmement personnel.»
Aujourd'hui, Jean Gaudreau s'est adjoint les services de deux agents pour faire la promotion de ses toiles auprès des collectionneurs privés et des corporations. Il continue à collaborer avec quelques galeries privées à travers le monde. «En général, les galeries sont correctes», mentionne-t-il, quelque peu échaudé par sa mésaventure judiciaire.
«C'est la première fois que ça m'arrive et j'espère que ce sera la dernière (...) Il faut que les artistes apprennent à mieux se protéger. C'est de l'art, mais c'est aussi des affaires.»