Le 14 octobre 2016, la série d’introductions par effraction perpétrée par Thierno-Oury Barry dans des chambres de résidentes du pavillon Aphonse-Marie-Parent a semé la panique durant plusieurs heures sur le campus de l’Université Laval.

L’agresseur des résidences de l’UL en prison pour trois ans

Les filles des résidences de l’Université Laval sont «faciles» et «chaudes» s’était fait dire Thierno-Oury Barry. Il n’en fallait pas davantage pour que le jeune étudiant parte à la chasse.

Visage aux traits encore enfantins, corps frêle, Thierno-Oury Barry, 20 ans, a plaidé coupable d’une voix fluette à quatre introductions par effraction avec agression sexuelle et quatre introductions par effraction commises avec l’intention de commettre une agression sexuelle.

Thierno-Oury Barry est arrivé au Québec avec un visa étudiant en août 2016, juste avant la rentrée scolaire. Le jeune étudiant guinéen, qui a aussi la nationalité française, entreprend un baccalauréat en économie.

Il passe la soirée du 14 octobre à fêter avec des copains sur Grande Allée. Au lieu de rentrer à son logement de Sainte-Foy, Thierno-Oury Barry accompagne ses amis au pavillon Alphonse-Marie-Parent.

En grillant des cigarettes sur le balcon, l’un deux raconte s’être fait dire qu’à l’Université Laval, les hommes entrent dans les chambres des filles et qu’il est aisé d’avoir des relations sexuelles avec des partenaires consentantes.

Thierno-Oury Barry décide de partir visiter le 4e, le 7e et le 10e, des étages où sont regroupées les chambres des filles. Un ami l’accompagne, mais ne commettra aucun attouchement. Les caméras de surveillance du pavillon vont capter certains de leurs déplacements.

Thierno-Oury Barry tourne une première poignée de porte. Il entre dans la petite chambre, encore plongée dans la noirceur, et se couche dans le lit. Il se met à embrasser la victime endormie et lui fait une pénétration digitale. Au moment où le jeune homme, les culottes baissées, tente de pénétrer l’étudiante, son ami arrive et l’interrompt.

La jeune fille se réveille, repousse Barry et doit lui crier à trois reprises de partir avant qu’il ne tourne les talons.

L’étudiant guinéen va répéter son manège trois autres fois. Dans chaque chambre, il se couche dans le lit et se met à caresser et embrasser la jeune fille jusqu’à ce qu’elle se réveille. Il finit toujours par partir, mais non sans avoir insisté pour prolonger la rencontre.

Dans l’une des chambres, le copain de l’étudiante était couché à ses côtés. La jeune fille a confié avoir brièvement pensé que c’est son amoureux qui l’embrassait. Lorsqu’elle a compris sa méprise, elle s’est mise à crier et le copain a chassé le jeune Barry.

Dans quatre autres chambres, Thierno-Oury Barry n’aura pas le temps de s’approcher. Les résidentes se réveillent dès son entrée et lui ordonnent de partir même si le jeune homme demande la permission de rester.

La série d’introduction par effraction sème la panique durant plusieurs heures sur le campus de l’Université Laval et mène à un resserrement de la sécurité.

Thierno-Oury Barry sera arrêté le 22 octobre, après quelques jours d’enquête. Des expertises révéleront des traces de sa salive autour de la bouche de l’une des victimes.

Thierno-Oury Barry, 20 ans, a plaidé coupable lundi à quatre introductions par effraction avec agression sexuelle et quatre introductions par effraction commises avec l’intention de commettre une agression sexuelle.

Trois ans de pénitencier

Sous les yeux de son père et de sa soeur, assis dans la salle d’audience, Thierno-Oury Barry, sans antécédent judiciaire, a été condamné à une peine de trois ans de pénitencier, de laquelle il faut déduire quatre mois de détention provisoire.

La Couronne et la défense ont suggéré cette peine à la juge Réna Émond en raison du nombre et de la gravité des crimes, qui s’apparentent à des invasions de domicile, dont les fourchettes de peines varient entre trois et 16 ans de prison.

La peine tient aussi compte du fait qu’en plaidant coupable, Barry évite la tenue d’un procès laborieux, vu le départ outre-mer de plusieurs témoins et plaignantes.

Sans statut au Canada, Barry sera expulsé à l’expiration de sa peine, a indiqué le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé, ajoutant que le jeune homme serait même catalogué comme «persona non grata».

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LA PEUR AU COEUR

Catherine* a longtemps dormi le jour car la nuit, elle craignait de voir un agresseur entrer à nouveau dans sa chambre.

La jeune femme a écrit ce qu’elle veut dire sur une feuille jaune. Elle lit son texte, mais prendra souvent le temps de regarder Thierno-Oury Barry, à qui elle s’adresse directement. 

«Ça t’a pris deux minutes, deux minutes pour introduire en moi le pire des sentiments; la peur», lance Catherine au visage du délinquant qui vient de plaider coupable.

Pendant plusieurs mois après l’agression, Catherine dit s’être réveillée en sentant encore les mains du jeune homme sur son corps, en ayant l’impression d’entendre sa porte s’ouvrir. «J’avais confiance, je me sentais en sécurité aux résidences, se rappelle-t-elle. C’est drôle comme une sensation de bien-être peut s’écrouler rapidement.»

Continuer ses études à l’Université Laval devenait insupportable, a témoigné la jeune femme. Catherine s’est exilée quelques mois et s’est repliée sur elle-même.

Deux autres victimes ont aussi abandonné leurs études et quitté le Canada après la série d’agressions sexuelles.

Catherine voulait assister à la fin des procédures et avait le sentiment que justice avait été faite. Pour elle et pour toutes les autres.

* Prénom fictif. L’identité des victimes d’agression sexuelle est protégée par une ordonnance de non-publication.