Jaggi Singh

Labeaume au procès de Jaggi Singh?

Le militant anarchiste pense convoquer Régis Labeaume à la cour afin que le maire explique sous serment ses déclarations sur «la gang à Jaggi Singh».

Le 20 août dernier, Singh, figure connue du mouvement altermondialiste et organisateur pour l’organisme Solidarité sans Frontière, manifestait contre le racisme près de l’Assemblée nationale, en opposition à une marche organisée par La Meute.

Lorsque des casseurs masqués ont commencé à faire du grabuge, la manifestation a été déclarée illégale par la police.

Jaggi Singh a refusé de se déplacer et a été arrêté par la police. Lorsque les agents lui ont demandé son identité et son lieu de résidence, l’Indo-Canadien a répondu, à la blague, dit-il, «Michel Goulet, Colisée», au référence au numéro 16 des défunts Nordiques. 

Singh a été relâché au bout d’une heure en se faisant dire qu’une contravention allait suivre.

Dix jours plus tard, le militant a été arrêté près de son travail à Montréal. Il a été amené à Québec, incarcéré une nuit avant d’être accusé d’entrave et de supposition de personne, deux infractions portées par voies sommaires. Après un long débat, il a pu reprendre sa liberté en échange de conditions.

Au lendemain de la manifestation, le maire Régis Labeaume a tiré à boulets rouges sur les «casseurs de Montréal» et sur «la bande de Jaggi Singh pour qui la violence est un moyen d’expression légitime, ce qui est complètement crétin», disait le maire.

Le maire avait déclaré le militant et des groupes comme La Meute persona non grata dans la capitale. «Je dirai à tous ces groupes, La Meute, la gang de Jaggi Singh: allez vous faire voir ailleurs! On ne veut pas vous voir à Québec. Vous nous coûtez cher, vous portez atteinte à la réputation de la ville», a-t-il vitupéré.

Jaggi Singh se demande si les déclarations du maire n’ont pas provoqué son arrestation. «On a l’impression d’être dans une petite ville d’Alabama où le maire dit quelque chose et la police et la Couronne suivent», a lancé le militant à la cour municipale.

Singh songe donc à convoquer le maire Labeaume pour la prochaine audition de son dossier, le 19 janvier afin de lui demander d’où il tient les informations sur sa «gang».

«La seule façon d’avoir une réponse honnête, c’est d’assermenter le maire et de lui demander d’où vient son information, estime M. Singh. Oui, j’ai une certaine réputation, mais je n’ai pas cherché à ce que le maire mentionne mon nom.»

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REQUÊTE EN DIVULGATION : «UNE PARTIE DE PÊCHE!»

Jaggi Bikramjit Singh arrive, seul, du terminus d’autobus de Sainte-Foy. Il s’installe à la place de la défense, ouvre son ordinateur portable, sort ses papiers et place à portée de main son exemplaire de Antifa - The Antifacist Handbook. Le spectacle peut commencer.

Le militant professionnel de 46 ans - qui en paraît facilement 15 de moins - salue le juge Pierre Bordeleau, assigné à son procès. Un juge de Shawinigan, précise le magistrat. «C’est la ville de Jean Chrétien», répond Singh, du tac au tac, en évoquant l’ancien premier ministre canadien qui avait eu une célèbre empoignade avec un autre militant, Bill Clennett. 

Le juge Bordeleau est prêt à entendre le procès pour entrave et supposition de personne. La procureure de la Couronne Me Marie-Ève Guillemette a convoqué ses témoins policiers. Un traducteur est là, mais Singh n’en aura pas besoin.

Jaggi Singh réitère sa requête en divulgation, faite une première fois le 6 septembre.

Le militant dépose La Reine contre Stinchcombe, l’arrêt-phare de la Cour suprême du Canada qui stipule que la Couronne a l’obligation de divulguer à la défense tous les éléments de preuve qui pourraient s’avérer pertinents à la cause. Et ce, peu importe si la Couronne a l’intention de présenter ces éléments de preuve au cours du procès et que la preuve soit favorable ou non à sa cause.

Pour se défendre, le militant réclame des preuves audio et vidéo de la manifestation, mais aussi des documents qui témoignent de la préparation policière et de toutes les communications à ce sujet entre la police et l’hôtel de ville.

Certaines de ses requêtes sont spécifiques; le militant veut savoir combien de policiers étaient déguisés en manifestant le 20 août. D’autres sont très larges; «tout le matériel en possession de la Ville de Québec, incluant le bureau du maire, en lien avec les événements du 20 août 2017».

Le militant de gauche veut aussi obtenir toutes les correspondances entre les corps de police ou la Ville et le groupe La Meute.

La procureure de la Couronne Me Marie-Ève Guillemette affirme qu’elle a déjà remis à Singh «tout ce qui est pertinent». La procureure dit avoir transmis à l’accusé des notes policières ainsi que six heures de bandes audio presque entièrement caviardées.

Elle réclamait du juge Pierre Bordeleau qu’il rejette la requête en divulgation de Singh à sa face même parce qu’elle l’estime frivole et dilatoire. «C’est une partie de pêche! proteste la procureure de la Couronne. Il ne veut pas présenter sa défense, mais il veut seulement comprendre comment les policiers fonctionnent durant les manifestations.»

Le juge a refusé et entendra bel et bien la requête en janvier.