Une femme de 52 ans agressée sexuellement par son père adoptif lorsqu'elle était adolescente a eu la satisfaction d'entendre le mot «coupable», vendredi.

La renaissance d'une victime d'agression sexuelle

Aux yeux de tous, Gérald Durocher était le parfait chef-pompier de Saint-Léonard, avec de la prestance et de l'éloquence. Pour sa fille adoptive, il était celui dont elle craignait les visites, toutes les nuits.
L'homme de 74 ans à la chevelure blanche a été reconnu coupable par un jury vendredi matin à Québec d'attentat à la pudeur et de grossière indécence.
Sa fille adoptive, Christiane Quessy, 52 ans, échappe une petite balle anti-stress en se levant pour accueillir les jurés, qui entrent en salle d'audience pour la dernière fois, après huit jours de procès.
Après avoir entendu le mot «coupable» à deux reprises, elle se met à trembler en retenant ses larmes. Les trois cousines qui l'accompagnent resserrent leur étreinte.
Gérald Durocher, en liberté depuis le début des procédures, va lui prendre le chemin des cellules en attendant de connaître la peine que la juge Michèle Lacroix lui réserve.
Une fois la juge sortie, le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé félicite vivement les enquêteurs et s'approche de Christiane. «Wow! lance-t-elle, exubérante. Merci la vie!»
Visites nocturnes
Christiane avait 12 ans en 1977 lorsque son père adoptif, qu'elle appelle «Gerry», s'est mis à venir la voir la nuit. 
Le tout nouveau chef-pompier de Saint-Léonard sur l'île de Montréal venait d'installer sa famille dans un grand logement où chacun des enfants avait sa chambre.
Christiane se réveille une nuit et voit son père adoptif en train de lui caresser l'entre-jambe. L'adolescente, figée, feint de dormir. Elle finit par bouger et Durocher cesse les attouchements.
Mais il reviendra une quinzaine de fois au cours des quatre années suivantes.
Christiane en parle à sa mère dès la première agression. La mère au foyer fait mine de ne pas la croire. Mais elle interdit à sa fille de se maquiller, de porter des jeans serrés. 
À 18 ans, Christiane invite ses deux parents au restaurant et essaye d'amener son père adoptif à s'excuser. En vain. 
Elle tente du mieux qu'elle peut de faire sa vie. En 2005, elle aura à lutter contre de violentes crises de sclérose en plaques.
Le passé remonte à la surface lorsque ses nièces atteignent la puberté et commencent à dormir chez Gérald Durocher. Christiane aborde le sujet avec ses frères et soeurs.
En 2013, Durocher envoie une lettre de dix pages à sa fille adoptive en la traitant de menteuse et lui ordonnant de se taire. Il lui réclame des excuses.
C'est la goutte qui fait déborder le vase de Christiane.
Les quatre années de procédures judiciaires sont longues. Christiane va rager souvent contre la lenteur et la froideur du processus.
Mais en même temps, elle reprend contact avec plusieurs membres de sa famille et s'implique auprès des centres d'aide aux victimes d'agression sexuelle. 
Il y a longtemps que Christiane, elle, ne se voit plus comme une victime. «Je n'ai pas l'impression de survivre à ça, mais plutôt de renaître, décrit-elle. Là, je suis une femme à part entière, je n'ai plus à traîner ça, c'est fini.»
Elle dit avoir pardonné à «Gerry» et garde au fond de son coeur de bons souvenirs de lui et de son amour pour la musique, la cuisine et la culture. «Qu'il aille en prison, ça ne me regarde pas, explique-t-elle. Moi, tout ce que je voulais, c'est l'entendre s'excuser ou entendre le mot coupable.»
* Christiane Quessy a obtenu que soit levée l'ordonnance de non-publication sur son identité.